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Charlotte Bonneton, jeune hussarde du violon

jeudi 25 juin 2009 par Carlos Tinoco
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Charlotte Bonneton
DR

Jeune, Charlotte Bonneton, du haut de ses 22 ans ? Mais c’est l’âge auquel Julia Fischer enregistrait les sonates et partitas. Et Hillary Hahn avait déjà une longue carrière. Les grincheux ajouteront que le cursus ne comporte pas de grands prix majeurs et que la virtuosité n’est pas son point fort. La cause est entendue ? Pas sûr… Ce concert aux Bouffes du Nord, certes inégal, laisse entrevoir des promesses intéressantes. Après tout, cette jeune violoniste (maintenons-le) n’a pas achevé son développement et, si le marché du disque s’en soucie, la musique n’a que faire des phénomènes de foire (comme certaines institutions en fabriquent désormais à la chaîne) ni de l’âge du capitaine.

Un programme copieux et audacieux, la sonate pour piano et violon KV 306 de Mozart, la sonate n° 1 op. 78 de Brahms, le Rondo Brillant op.70 de Schubert, la Partita de Lutoslawski et la Polonaise de concert de Wienawski : Charlotte Bonneton n’a pas froid aux yeux. Mais les sonates de Mozart sont un juge de paix impitoyable. Soutenue avec conviction par le piano de Vincent Coq, chambriste accompli, elle ne parvient pas à trouver l’unité du discours, ni, surtout, cette simplicité que l’œuvre exige. À force de conviction, elle évite de se laisser porter par la grâce trompeuse de cette partition de jeunesse, mais au prix d’un volontarisme qui est d’autant plus dommageable qu’elle n’a pas les moyens instrumentaux de masquer les faiblesses de l’interprétation. Le son de Charlotte Bonneton est beau, surtout lorsqu’elle se détend (ce qui est venu très progressivement durant ce récital) mais assez sec, et il ne déploie pas une séduction qui permettrait de s’en contenter. Il lui faut être musicienne, ce qu’elle parvient mieux à montrer au cours du mouvement lent, où, sans s’abandonner, elle chante avec plus de naturel. Las, le troisième mouvement confirme qu’il manque encore à son archet comme à son approche de Mozart, la légèreté qui permet d’en extraire le tragique.

La sonate n° 1 de Brahms lui convenait nettement mieux. Ici l’engagement de Charlotte Bonneton et son tempérament la font entrer avec beaucoup plus d’évidence dans le mouvement de la musique. Les phrases se déploient plus librement en une lecture plus fougueuse qu’incandescente, dont le lyrisme est indéniable. C’est même un Brahms qui a des accents Mitteleuropa, sans pour autant tomber dans l’emprunt stylistique forcé.

Malheureusement, un choix peu heureux fait succéder au Brahms une œuvre tout aussi piégeuse que la sonate de Mozart, mais pour d’autres raisons : que venait faire ici le Rondo Brillant de Schubert ? Cette partition qui ne compte pas parmi les plus profondes de son auteur exige une virtuosité que Charlotte Bonneton ne possède pas tout à fait. Ne lui permettant pas d’exposer ses qualités interprétatives, elle trahit ses limites actuelles d’instrumentiste.

Beaucoup plus judicieuse, la Partita de Lutoslawski, ne serait-ce que par le plaisir qu’on prend à écouter une œuvre superbe rarement jouée en concert, dans sa forme pour piano et violon. Mais aussi parce que, comme pour la sonate de Brahms, et pour des raisons finalement similaires, la poésie abrupte de cette pièce convient à la sensibilité de la violoniste. La palette de sonorités requise par l’écriture n’appelle pas un traitement virtuose mais expressif où le dialogue entre Bonneton et Coq trouve sa plénitude. Par un jeu sobre, mais tendu, ils tiennent serrée la trame où s’enchevêtrent, comme souvent chez Lutoslawski, des accents résolument contemporains et de fréquentes références au passé.

Libérée par cette traversée ? Charlotte Bonneton conclut sur un nouveau morceau de bravoure, la Polonaise de concert de Wienawski, qui lui permet de montrer qu’une fois en confiance, elle peut aussi se risquer aux acrobaties sans démériter.

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- Paris
- Théâtre des Bouffes du Nord
- 15 juin 2009
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Sonate pour piano et violon en Ré majeur KV 306
- Johannes Brahms (1833-1897), Sonate pour violon et piano n°1 en Sol majeur Op.78
- Franz Schubert (1797-1828), Rondo brillant Op.70
- Witold Lutoslawski (1913-1994), Partita
- Henri Wieniawski (1835-1880), Polonaise de concert
- Charlotte Bonneton, violon
- Vincent Coq, piano






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