ClassiqueInfo.com




Chanticleer comme dans un rêve

jeudi 28 janvier 2010 par Philippe Houbert
JPEG - 36.2 ko
Chanticleer
© Matthew Washburn

Il y a dix-huit mois, notre confrère Fernand Bretton a eu, ici-même, l’occasion de louer la perfection de Chanticleer.
Nous allons faire chorus à cet enthousiasme, tellement l’impression laissée par le concert donné en l’Oratoire du Louvre à Paris pourrait nous inciter à disserter à loisir sur la notion de perfection.

Rappelons tout d’abord que cet ensemble vocal californien, rassemblant douze voix d’hommes allant du soprano à la basse, tire son nom du « chant clair » du coq dans l’un des « Contes de Canterbury » mettant cet animal en scène face au renard.

Trente-deux années d’existence, avec de fréquentes modifications d’effectif qui doivent, à chaque fois, poser de gros problèmes d’équilibre ; de nombreuses récompenses ; de multiples enregistrements malheureusement mal diffusés en Europe pour ce qui est des derniers et aussi, exigences commerciales obligent, une malencontreuse tendance à concentrer les plus récents disques sur un répertoire de chants de Noël ou de musiques du monde au détriment du répertoire médiéval et renaissant qui avait fait leur gloire et contribué à leur renommée internationale dans les années 80 et 90. Mais, fort heureusement, c’est à la polyphonie de la fin de la Renaissance, et particulièrement au « divin Orlando », Roland de Lassus, que ses contemporains nommaient « Prince de la musique », que le concert du 22 janvier était consacré.

La messe « Tous les regretz » est, comme la plupart des mises en musique de l’ordinaire de la messe en ce XVIème siècle tardif, une œuvre dite parodique, car s’appuyant sur une pièce polyphonique préexistante lui servant de modèle. Lassus fit comme la plupart de ses contemporains, piochant soit dans ses propres œuvres, soit dans celles de grands anciens, ici une chanson mélancolique à six voix de Nicolas Gombert, compositeur franco-flamand de la génération précédente.

Point de tentation à la facilité dans ces emprunts mais plutôt le souci de se fixer, à chaque fois, de nouveaux défis en tirant le maximum d’effets d’un matériel de départ. Comme dans la plupart des messes parodiques, le Kyrie introductif constitue une variation très reconnaissable de l’original, ainsi que le feront les compositeurs baroques, classiques et romantiques lorsqu’ils emprunteront un thème pour en tirer des séries de variations (la première étant toujours une sorte de décalque à peine altéré du modèle).
Au fur et à mesure du déroulement musical de la messe, l’original de Gombert est de plus en plus masqué par la polyphonie sans égale développée par Lassus.

Ce que Chanticleer accomplit, tant dans la chanson de Gombert donnée comme en apéritif sonore, que dans la messe de Lassus, fut absolument ahurissant. Homogénéité des voix dans chacune des tessitures, équilibre sonore jamais mis en défaut, cohésion de l’ensemble en vue de délivrer le message spirituel que porte l’œuvre, musique de chambre à douze (rappelons que l’ensemble, appelé par les américains « An orchestra of voices », n’a pas de chef attitré et donc que chaque chanteur se doit de veiller à être en phase parfaite au sein de sa « voix » mais aussi par rapport aux autres, le tout dans une musique d’une complexité rare) magnifiquement rendue dans la très belle acoustique de l’Oratoire du Louvre.

Nous peinerons à trouver d’autres termes pour décrire l’interprétation de la seconde partie du concert, consacrée à deux des sept « Psaumes de pénitence » que Lassus créa au Collège des Jésuites à Munich, le Jeudi-Saint de l’an 1580. La tradition de l’exécution de ces œuvres en ce même lieu et à cette même occasion s’est d’ailleurs perpétuée jusqu’au début du siècle dernier.

Chanticleer avait choisi le psaume 50 « Miserere mei Deus » (texte repris par Allegri un demi-siècle plus tard), déploration grave et obsédante, et le double psaume 148/150 « Laudate Dominum de caelis », prière allègre ramassée en quatre grandes sections.

Le bibliothécaire de la cour de Bavière, Samuel Quickelberg, salue le talent de Roland de Lassus « pour exprimer la force des sentiments individuels et placer l’objet presque vivant sous nos yeux ». A croire que ce Quickelberg était dans le public de l’Oratoire du Louvre, car c’est exactement l’impression laissée par ces œuvres et par l’interprétation de Chanticleer, bien plus convaincante à notre sens que celles laissées au disque par des chœurs plus fournis où le lisibilité du texte se perd trop souvent dans une recherche d’hédonisme sonore.

En bis, les californiens nous proposèrent un Ave Maria d’un compositeur américain contemporain dont nous n’avons malheureusement pas capté le nom.

Comme souligné par notre confrère, les membres de Chanticleer poussent le respect du public et le professionnalisme jusqu’à se mettre à la disposition des auditeurs à la sortie, répondant aux questions et dédicaçant leurs disques. « A touch of perfection » …

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Paris
- Oratoire du Louvre
- 22 janvier 2010
- Nicolas Gombert (c.1495-c.1560), « Tous les regretz », chanson à six voix
- Roland de Lassus (c. 1530-1594), Missa « Tous les regretz » LV. 626, à six voix ; « Miserere mei Deus » LV. 797, à cinq voix, extrait des « Psalmus Poenitentialis » ; « Laudate Dominum de caelis » LV.953, à quatre voix, extrait des « Psalmus Poenitentialis »
- Chanticleer : Dylan Hostetter, Michael McNeil, Gregory Peebles, sopranos ; Cortez Mitchell, Alan Reinhardt, Adam Ward, altos ; Matthew Curtis, Brian Hinman, Ben Johns, ténors ; Eric Alatorre, Gabriel Lewis-O’Connor, Jace Wittig, barytons et basses






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 829462

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique vocale et chorale   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License