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Cendrillon à l’Opéra de Lille

mercredi 13 juin 2012 par Richard Letawe
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Kathleen Kim, la Fée
© Frédéric Iovino

Massenet est à l’honneur en cette fin de saison dans nos contrées nordistes. Manon va être très bientôt montée à l’Opéra de Wallonie, alors que c’est Cendrillon qui occupe avec succès les dernières soirées de l’Opéra de Lille dans une production créée à Santa Fe puis montrée à Covent Garden et au Théâtre de la Monnaie.

Reprise à Lille par Benoît de Leersnyder, cette production est l’œuvre de Laurent Pelly, qui en était à l’époque de la création en 2006 à son premier Massenet, et qui a depuis également monté un Don Quichotte à la Monnaie en 2010. On peut de temps à autre reprocher à Laurent Pelly l’exubérance forcée de certaines de ses mises en scène, dans lesquelles une profusion de gestes théâtraux empiète parfois sur la musique. Ici au contraire, la sobriété est de mise : un décor unique- superbement éclairé- fait de murs et de portes sur lesquels est projeté le texte du conte de Perrault, un minimum d’accessoires, et surtout une action concise et dense, qui n’a pas besoin d’une foultitude de gags pour être efficace. Evidemment, l’humour des situations est parfaitement rendu, le rythme de l’action est calé sur la musique, avec des ballets bien réglés et pleins de fantaisie, le tout restant léger et subtil. Le merveilleux y est montré avec délicatesse, sans niaiserie ni bouffonnerie, alors que les scènes où Cendrillon se retrouve seule sont traitées avec une pudeur qui laisse pour autant une émotion sincère affleurer. Cela donne au final un spectacle au classicisme sensible, aussi réussi pour des yeux d’adulte que pour des yeux d’enfant.

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Renata Pokupic, Cendrillon
© Frédéric Iovino

Musicalement, le succès est également au rendez-vous avec un Orchestre national de Lille en excellente forme, fin et précis, aux vents scintillants sous la direction de l’expérimenté Claude Schnitzler, un chef qui sait parfaitement doser les équilibres entre fosse et plateau, et trouve des accents légers, presque mozartiens, qui donnent un attrait tout particulier à cette partition.

Vocalement, on est plutôt gâté avec une distribution au sein de laquelle les chanteurs français tiennent le haut du pavé. Portant hardiment leurs tenues loufoques et prétentieuses, les deux sœurs Noémie et Dorothée sont deux pestes, teigneuses et grotesques, parfaitement jouées et chantées par Valérie Condoluci et Sarah Jouffroy. Aussi arrogante que ses filles, leur mère Mme de la Haltière bénéficie du fort tempérament de Marie-Ange Todorovitch, vocalement très à l’aise dans un rôle qui sollicite souvent son grave confortable, et qui se montre une excellente actrice, fielleuse avec sa belle-fille, dédaigneuse et autoritaire avec son faible second époux. Celui-ci, incarné par René Schirrer fait aussi figure d’atout de ce plateau : la diction est d’une clarté irréprochable, le chant d’une belle tenue, avec un vibrato léger et des aigus solides, compensant un timbre un peu chiche de couleurs. De plus, l’interprète sait rendre toute la faiblesse de caractère de son personnage si docile face à son épouse sans être pour autant veule ou larmoyant.

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Gaëlle Arquez, le Prince charmant
© Frédéric Iovino

Le prince charmant de Gaëlle Arquez brille d’un éclat très spécial, la silhouette de jeune homme est idéale, et le chant d’une sûreté extrême, somptueusement phrasé, les aigus éclatants de puissance et de brio, l’expression généreuse, l’émotion culminant avec une scène de retrouvailles avec Cendrillon d’une rare poésie.

Il est dommage dès lors que la Cendrillon de Renata Pokupic soit légèrement en retrait. Elle s’investit pourtant sincèrement dans le rôle, son port de scène étant digne d’une princesse, le chant bénéficiant d’un timbre voluptueux et de phrasés chatoyants, mais on la sent à la peine dans le haut de la tessiture, avec des aigus manquant de fraîcheur et une diction pas toujours intelligible.

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Valérie Condoluci, Noémie ; Marie-Ange Todorovitch, Madame de la Haltière ; Sarah Jouffroy, Dorothée
© Frédéric Iovino

Enfin, le joyau de cette soirée est assurément la soprano Kathleen Kim, particulièrement soignée par la production qui lui offre des robes fastueuse, et qui délivre un chant d’une limpidité de cristal, aigus dardés, vocalises d’une précision horlogère, timbre d’une fraîcheur exquise. Un festival pour les débuts scéniques de cette ravissante chanteuse en France.

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- Lille
- Opéra
- 29 mai 2012
- Jules Massenet (1842-1912), Cendrillon. Opéra en quatre actes sur un livret de Henri Cain
- Laurent Pelly, mise en scène et costumes ; Benoît De Leersnyder, reprise de la mise en scène ; Jean-Jacques Delmotte, costumes ; Barbara de Limburg, décors ; Duane Schuler, lumières ; Laura Scozzi, chorégraphie ; Karine Girard, reprise de la chorégraphie
- Renata Pokupic, Cendrillon ; Gaëlle Arquez, Le Prince charmant ; Marie-Ange Todorovitch, Madame de la Haltière ; René Schirrer, Pandolfe ; Kathleen Kim, La Fée ; Valérie Condoluci, Noémie ; Sarah Jouffroy, Dorothée ; Christophe Fel, Le Roi ; Artavazd Sargsyan, Le doyen de la faculté ; Jean-Michel Ankaoua, Le surintendant des plaisirs ; Maxime Cohen, Le premier ministre
- Chœur de l’Opéra de Lille. Chef de chœur, Yves Parmentier
- Orchestre national de Lille
- Claude Schnitzler, direction






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