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Carte blanche à Edna Stern

Festival Juventus
mercredi 14 novembre 2007 par Richard Letawe

Le Festival Juventus fête cette année ses 17 ans, dont 10 ans de présence à Cambrai. L’année passée, le festival avait innové en invitant le jeune orchestre Les siècles, dirigé par François-Xavier Roth, qui avait accompagné les lauréats dans plusieurs belles soirées de concertos.

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Cette année, retour à la tradition : les lauréats Juventus, jeunes musiciens repérés et sélectionnés dans toute l’Europe, se produisent exclusivement dans des soirées de musique de chambre à la programmation variée, et comportant bon nombre de raretés.
Le concert de ce soir est bâti autour de la pianiste Edna Stern (lauréate 2001), qui a choisi les œuvres jouées et ses partenaires parmi les lauréats du festival. On débute par la sonate pour flûte et piano BWV 1030 de Jean Sébastien Bach, avec Alexandra Grot à la flûte. Elles en donnent une version sage et patiente, de facture très classique. La flûtiste a un jeu très direct et peu ornementé, à la sonorité franche et pure, alors que la pianiste est très élégante, et allège au maximum son toucher pour obtenir une balance instrumentale satisfaisante. Inconsciemment, nos oreilles entendent ce qu’aurait pu donner un clavecin dans ce répertoire, mais le duo est quand même convaincant et équilibré.

La deuxième pièce du programme est une rareté absolue, le trio n°3 pour piano et cordes en ut mineur de Salomon Jadassohn (1831-1902). Parfait inconnu aujourd’hui, Jadassohn a accompli sa carrière à Leipzig, en tant qu’étudiant, puis comme professeur de piano et de composition au conservatoire. Parmi ses élèves, on peut citer Grieg, Delius, Busoni, et Felix Weingartner. Les critiques antisémites du XIXe siècle lui ont donné la réputation d’un musicien sec et académique, mais ce trio le montre plutôt comme un compositeur facétieux et plein d’esprit, qui débute par un long allegro de grand style, au romantisme puissant et généreux, mais sans surprise. Le deuxième mouvement Romanze (Andante tranquillo) cache bien son jeu, il débute doucement, avec un beau thème chaleureux, très Brahmsien, mais il est interrompu, et conclu, par un épisode vif et bondissant, aux pizzicatos pleins d’humour, et aux allures de finale. Le véritable finale, est un allegro très court qui commence assez doucement, mais se termine de façon frénétique et assez grotesque, comme un pied de nez aux canons académiques. Les partenaires d’Edna Stern dans ce trio sont Shirly Laub (lauréate 2001), entre autres violoniste de l’Ensemble Oxalys, et Julian Steckel au violoncelle, lauréat de l’année dernière.

La soirée se termine avec le rare Quatuor pour piano et cordes Op.47 de Schumann. L’œuvre date de la même année et est dans la même tonalité de Mi bémol majeur que le fameux Quintette pour piano et cordes, mais est beaucoup plus rare que ce dernier. C’est pourtant une œuvre de valeur, équilibrée, au lyrisme typiquement schumannien, moins symphonique et moins abrupte que le quintette.
Pour l’interpréter, Edna Stern est accompagnée d’Alissa Margulis au violon (lauréate 2004), de Julian Steckel au violoncelle, et de Amalia Aubert alto solo du Konzerthausorchester de Berlin (mieux connu sous son ancienne appellation de Berliner Sinfonie-Orchester), qui n’est pas lauréate Juventus, mais qui joue ici à titre amical.
L’interprétation est marquée par la forte personnalité d’Alissa Margulis, à laquelle la partition donne un rôle prépondérant, qui transmet à ses partenaires une fougue et un élan très enthousiasmant. Elle a régulièrement des problèmes de justesse, et ne cultive pas le beau son, mais sa façon très franche d’attaquer la note, l’énergie qu’elle met dans chacune des ses phrases rendent sa prestation captivante, notamment dans le beau mouvement lent, dans lequel son lyrisme généreux fait merveille. Ses partenaires sont un peu plus effacés, et l’ensemble est parfois un peu décousu, mais la prestation reste de grande valeur, et clôture ce concert au contenu original en beauté.
Le Festival Juventus se poursuit au Théâtre de Cambrai jusqu’au 14 juillet.

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- Cambrai
- Théâtre municipal
- 05 juillet 2007
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Sonate pour flûte et clavier BWV 1030
- Salomon Jadassohn (1831-1902), Trio n°3 pour piano et cordes
- Robert Schumann (1810-1856), Quatuor pour piano et cordes Op.47
- Alexandra Grot, flûte
- Alissa Margulis, violon
- Shirly Laub, violon
- Amalia Aubert, alto
- Julian Steckel, violoncelle
- Edna Stern, piano






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