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Capuçon et Angelich concertent avec les Ebène

mercredi 20 mai 2009 par Carlos Tinoco
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Quatuor Ebène
© Julien Mignot

Commençons par un coup de cœur. N’ayant pas bien lu le programme, nous avons été pris de court par l’entrée en scène, en lieu et place de Renaud Capuçon et de Nicholas Angelich, d’une trentaine de gavroches aux vêtements colorés : le chœur des ateliers chant des concerts du dimanche matin. Tout simplement la progéniture des habitués de ces concerts, conviés à travailler gratuitement tout au long de l’année sous la direction d’un chef de chœur américain, versé dans l’art de la comédie musicale, en vue de se produire le dernier dimanche de la saison. On y était, le grand moment était arrivé et pendant un quart d’heure, ils nous ont chanté Paris (un florilège allant d’Offenbach à Trenet). Ils ont aussi dansé, mimé, exulté et nous n’avons pas boudé notre plaisir à voir leur joie éclater de la sorte. Bravo à Jeanine Roze pour cette très belle idée.

Après quoi les choses sérieuses commençaient avec la sonate pour violon et piano n° 1 de Saint-Saëns. Qu’aurait pensé Proust à l’écoute de cette interprétation, lui qui était si sévère dans son jugement sur les coquetteries de cette œuvre, en dépit du fait qu’elle lui ait inspiré sa « sonate de Vinteuil » (la célèbre petite phrase de violon est celle qu’on entend au milieu du premier mouvement de l’op. 75) ? Nous étions ce dimanche très loin des salons du faubourg Saint-Germain. Renaud Capuçon et Nicholas Angelich, excellents chambristes et complices de longue date, ont fait le choix d’un Saint-Saëns brahmsien, âpre, intériorisé, sans affèteries. Frustrant pour ceux qui prennent un plaisir coupable aux sucreries qui parsèment la partition, mais propre à réconcilier tous les autres avec cette sonate. Car elle contient aussi de magnifiques moments, et ils l’ont fait entendre. Ils y ont fait preuve tout du long d’une articulation sans faille, dans un dialogue subtil où Nicholas Angelich semblait, par l’élasticité de son jeu, embrasser, contenir, et finalement libérer la fougue du violon de son partenaire. Sans jamais se mettre en avant mais dans un geste ferme, qui fait parfaitement écho à la sûreté d’archet de Renaud Capuçon. Vigoureuse mais jamais brutale, et avec un sens toujours aigu de la ligne et de l’équilibre, leur interprétation évoquait le bord d’une rivière dans les frimas du matin plutôt que des prairies ensoleillées. Bref, ils ont été allemands, à leur manière, et se sont inscrits de la sorte dans la plus parfaite tradition des musiciens français.

Le Concert de Chausson est une œuvre peu jouée, qui mériterait d’être entendue beaucoup plus fréquemment, notamment pour son magnifique adagio. Concert et non sextuor avec piano car l’écriture fait du quatuor une sorte de réduction d’orchestre (et en retrouve ainsi les origines) accompagnant un soliste (le violon), le piano faisant le trait d’union. Nous y avons retrouvé les couleurs et l’intelligence du discours de Nicholas Angelich comme le violon viril et sobre de Renaud Capuçon, soutenus cette fois par le Quatuor Ebène. Grande écoute là aussi entre les partenaires, et homogénéité évidente. Les Ebène n’avaient pas à rougir de leurs sonorités (si l’on excepte quelques fins de phrases franchement incertaines, notamment l’accord conclusif du troisième mouvement), mais, à notre goût, ils sont tout du long restés trop sages. L’œuvre est concertante, et il ne faut pas nécessairement y chercher l’affrontement. Néanmoins le dialogue suppose une indépendance des parties. Les Ebène ont semblé se fondre constamment dans les intentions de Capuçon et d’Angelich au point que certains phrasés finissent par paraître sans caractère, voire stéréotypés. Ce fut particulièrement net dans le finale, et d’autant plus frustrant que le niveau d’ensemble et les qualités déployées par les Ebène indiquent qu’ils auraient eu les moyens d’un engagement supérieur. Peut-être se sont-ils laissés intimider ou entraîner par ce rôle inhabituel dévolu au quatuor, la liberté et l’audace qui caractérisent généralement cette formation permet de supposer qu’ils en livreront un jour ou l’autre une version plus aboutie.

Gautier Capuçon figurera au programme du douzième festival Musique et nature en Bauges qui se déroulera du 17 juillet au 22 août 2010.

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- Paris
- Théâtre du Châtelet
- 17 mai 2009
- Camille Saint Saëns (1835-1921), Sonate pour violon et piano n° 1 Op. 75
- Ernest Chausson (1855-1899), Concert en ré majeur opus 21
- Renaud Capuçon, violon
- Nicholas Angelich, piano
- Quatuor Ebène






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