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Capriccio au Metropolitan Opera

lundi 16 mai 2011 par Karine Boulanger
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Renée Fleming
© Ken Howard/Metropolitan Opera

Conçue en 1998 autour de Kiri Te Kenawa et remontée pour servir d’écrin à la star de la maison, Renée Fleming, la production de Capriccio de John Cox reste fidèle à l’esprit de l’œuvre de Richard Strauss et Clemens Krauss, malgré la transposition de l’intrigue dans la demeure d’une riche aristocrate parisienne au cours des années 1920. L’ensemble, esthétiquement très réussi avec un décor unique d’un style que l’on serait tenté de qualifier de néo-rococo, des costumes sobres et élégants, comporte une direction d’acteurs bien réglée, évoquant de façon assez convaincante ce que purent être certaines de ces soirées privées mêlant littérature et musique à Paris dans l’entre-deux-guerres.

Dans le rôle principal de cette brillante discussion autour des arts, Renée Fleming retrouve un rôle dans lequel elle a longtemps brillé et dont l’écriture met en valeur la beauté du timbre, la tenue du souffle et la plénitude des aigus. L’apparition de la Comtesse (scène 2) cependant, laissait craindre une représentation décevante, montrant la cantatrice aux prises avec une voix sourde, paraissant avoir perdu son émail. Par la suite, Renée Fleming a rapidement recouvré ses moyens, malgré quelques graves atones et une diction qui semble avoir perdu une partie de sa précision, sacrifiée au son pur. La scène finale, impeccable, a toutefois été délivrée par une artiste souveraine, attentive aux mots et dotée d’un timbre à l’onctuosité superbe. Actrice convaincante, la chanteuse campe une femme distinguée, peut-être un peu trop futile, paraissant à peine affectée par ses interrogations amoureuses, et n’évitant malheureusement pas les minauderies et les poses dans la dernière partie de la représentation.

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Russell Braun, Sarah Conolly, Joseph Kaiser
© Ken Howard/Metropolitan Opera

La distribution réunie autour de cette chanteuse exceptionnelle était très homogène et globalement irréprochable. Les deux rivaux, Joseph Kaiser et Russell Braun (respectivement Flamand et Olivier), esquissaient deux personnages très crédibles, s’affrontant avec style et à fleurets mouchetés. Joseph Kaiser fait ainsi valoir une très belle voix, aux aigus aisés (belle déclaration à la Comtesse, « Dass ich Euch liebe », scène 7), la déclamation du sonnet mis en musique (scène 6) mettant en valeur la fraicheur de son timbre.

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Joseph Kaiser, Peter Rose
© Ken Howard/Metropolitan Opera

Dans le rôle du régisseur La Roche, Peter Rose esquisse un personnage complexe avec un talent d’acteur remarquable, perdant progressivement sa bonhomie pour une longue tirade remettant le poète et le compositeur à leur place, et culminant avec une épitaphe dont la grandiloquence ridicule inspire tout de même un véritable respect (scène 9).

Sarah Connolly prêtait sa belle voix ample à Clairon et incarnait une actrice au tempérament affirmé. Les chanteurs d’opéra italiens étaient de leur côté parfaits de drôlerie et de suffisance, tout comme le comte séducteur de Morten Franck Larsen, les domestiques (à l’exception peut-être du majordome, Michael Devlin, à la voix un peu aigre et usée) et monsieur Taupe, le souffleur (Bernard Fitch).

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Peter Rose, Russell Braun, Jospeh Kaiser
© Ken Howard/Metropolitan Opera

L’orchestre du Metropolitan Opera était placé sous la baguette d’Andrew Davis, dont la direction très efficace et professionnelle manquait un brin de subtilité et de poésie, mais qui veilla avec soin à l’équilibre entre la fosse et le plateau (une condition primordiale pour cette conversation en musique si délicate). Tous les ensembles étaient remarquablement en place, en particulier le sextuor initial et le tumulte des deux octuors de la scène 9.

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- New York
- Metropolitan Opera
- 19 avril 2011
- Richard Strauss (1864-1949), Capriccio, conversation en musique en un acte, livret de Richard Strauss et Clemens Krauss
- Mise en scène, John Cox ; décors, Mauro Pagano ; costumes et décoration d’intérieur, Robert Perdziola ; lumières, Duane Schuler ; chorégraphie, Val Caniparoli
- Flamand, Joseph Kaiser ; Olivier, Russell Braun ; La Roche, Peter Rose ; la Comtesse, Renée Fleming ; le Comte, Morten Franck Larsen ; Clairon, Sarah Connolly ; chanteurs italiens, Olga Makarina et Barry Banks ; domestiques, Ronald Naldi, Paul Corona, Steven Goldstein, Christopher Schaldenbrand, Grant Youngblood, Scott Scully, Brian Frutiger, Kyle Pfortmiller ; le majordome, Michael Devlin ; monsieur Taupe, Bernard Fitch
- The Metropolitan Opera Orchestra
- Andrew Davis, direction






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