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Caccini et l’être persan. « Les Roses d’Ispahan » par Doulce Mémoire

mercredi 21 janvier 2009 par Philippe Houbert
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Denis Raisin Dadre
©Fabrice Maître

Le monde de la musique ancienne et baroque est peuplé de drôles de créatures cumulant toutes sortes de talents : interprètes, organisateurs, musicologues, chercheurs, professeurs, programmateurs.
Denis Raisin Dadre est le parfait exemple de cette sympathique faune, sa curiosité semblant sans limite. Fondateur de l’ensemble Doulce Mémoire en 1990, il n’a eu de cesse de fouiller ce répertoire des musiques de la Renaissance et de l’orée du baroque, d’Attaingnant à Morales, de du Caurroy à Gagliano, à chaque fois avec le même enthousiasme. Sa riche discographie d’une rare qualité (Naïve) en porte témoignage.

Comme il l’a exprimé lui-même en préambule de ce concert, les beaux projets naissent dans la joie et rarement dans la douleur. En l’occurrence, le bonheur fut apporté par une rencontre faite au cours d’une répétition de l’ensemble en la bonne ville de Tours, résidence de Doulce Mémoire. Rencontre de Taghir Akhbari, chanteur classique persan, d’où naquit l’idée de « faire quelque chose ensemble ».
Mais quoi ? Quand on refuse, comme c’est le cas de Denis Raisin Dadre, la facilité du « melting pot » culturel, tarte-à-la-crème nivelant toutes les cultures et refusant l’exigence, le « faire quelque chose ensemble » peut prendre quelque temps.

C’est le désir de s’intéresser à l’univers de Giulio Caccini, membre de la célèbre Camerata Bardi florentine, puis au service des Médicis, et surtout quasi créateur de la monodie dans le « Nuovo Stile », qui donna l’envie à Denis Raisin Dadre d’associer ces deux expressions (le chant classique persan et la monodie florentine du tout début du XVIIème siècle) fondées sur quelques principes communs : la primauté du mot, l’émotion née du mariage de la poésie et de techniques n’excluant pas la virtuosité (les fameux passages avec technique de « gorgia » très proches de ceux employés dans le chant persan), une extrême liberté d’écriture (alternant musique non mesurée et rythmes chorégraphiques).

Chaque pièce interprétée est admirablement vécue par les deux chanteurs (Taghir Akhbari et l’excellent et jeune baryton Marc Mauillon), accompagnés dans leur parcours par un joueur de târ, Nader Aghakhani et quatre membres de Doulce Mémoire (Pascale Boquet aux luth et théorbe, Angélique Mauillon à la harpe, Denis Raisin Dadre lui-même aux flûtes et Bruno Caillat aux zarb, daf et tambourin).
D’où vient cette sensation d’ivresse, voire de lévitation qui nous gagne ? Sans doute, l’art des transitions très bien amenées entre chants persans et pièces florentines y est-il pour beaucoup.

Dans ce bouquet de roses (le titre du programme fait référence au beau poème de Leconte de Lisle mis en musique par Gabriel Fauré), nous retirons pour les garder en mémoire, Vedro il mio sol, Odi Euterpe, Amor ch’attendi de Caccini et la plupart des chants persans dont les titres originaux n’étaient pas fournis dans le programme mais dont nous extrayons ici un fragment de traduction :
« Douce est la brise au printemps caressant la joue des roses
Doux un visage charmant dans les fleurs fraîches écloses.
D’hier qu’est ce que tu me chantes ? Tu m’attristes, tu m’ennuies.
Goûtons ce bel aujourd’hui, car douce est l’heure présente ».

Un programme captivant à retrouver, entre autres, le 13 septembre prochain au Festival baroque de Pontoise.

Ce programme avait déjà été commenté par notre confrère Vincent Haegele au Festival des Cathédrales de Picardie. (NDLR)

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- Paris
- Vingtième Théâtre
- 19 janvier 2009
- « Les Roses d’Ispahan »
- Musiques de Caccini, Palestrina, Galilei, Cyprien de Rore, Dalza et chant classique persan
- Ensemble Doulce Mémoire :
- Taghi Akhbari, chant persan
- Marc Mauillon, baryton
- Nader Aghakhani, târ
- Pascale Boquet, luth et théorbe
- Angélique Mauillon, harpe triple
- Denis Raisin Dadre, flûtes
- Bruno Caillat, zarb, daf et tambourin






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