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C’était vraiment pas la peine !

jeudi 21 juillet 2011 par Philippe Houbert
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Gianandrea Noseda
© Sussie Ahlburg

Dans une saison, il est des concerts (heureusement, assez rares) dont on se demande quel en était l’enjeu et ce qu’on est venu y chercher. Ce ne sont pas obligatoirement les pires sur un plan qualitatif. Seulement des soirs où on ne comprend pas bien de quoi était fait le programme, ce que le chef a voulu y exprimer et, tout simplement, pourquoi on y était. C’est ce qui s’est passé avec ce dernier concert de la saison de l’Orchestre de Paris.

Quelle drôle d’idée que de conclure la première saison d’un chef à la tête d’un orchestre par un concert sans ce chef ! Au lieu de boucler ce premier tour par un programme où Paavo Järvi aurait essayé de résumer ce qu’il avait commencé à inculquer à l’Orchestre de Paris, c’est à un nouveau venu, Gianandrea Noseda, qu’était laissée la baguette. Avouons humblement notre méconnaissance : en dépit d’une abondante discographie chez Chandos (de Smetana à Dallapiccola, de Liszt à Karlowicz, de Rachmaninov à Rufinatsha !!), nous ne connaissions pas ce chef italien né en 1964 et actuellement directeur du BBC Philharmonic et du Teatro Regio de Turin. Chef semble t-il apprécié de Valeri Gergiev puisqu’il fut son assistant à Rotterdam et le premier chef non russe à diriger au Mariinsky. Est-ce cette proximité musicale qui incita Noseda à débuter son concert par les mêmes Ouverture et Danses polovtsiennes du Prince Igor de Borodine (mais cette fois avec chœur) que Gergiev avait dirigées avec l’Orchestre de Paris il y a quelques années ?

Si l’Ouverture nous apparut bien en place, réussissant même à faire briller les cordes, il fut vite évident (et l’écoute de nombreux extraits de ses disques sur le site Chandos a confirmé cette impression) que Gianandrea Noseda cherchait plus à faire sonner son orchestre qu’à essayer de dégager le moindre idiomatisme. Confirmation immédiate dans des Danses aussi peu polovtsiennes que russes, jouées toutes voiles dehors, sans la moindre subtilité (il faut dire que ça n’est pas la qualité première de l’œuvre), avec un chœur flottant bigrement dans sa première intervention, balbutiant son russe, et dont on ressentit très clairement les dégâts engendrés par l’absence prolongée d’un chef titulaire.

Venait ensuite le Concerto pour violon de Sibelius avec Viktoria Mullova. Sans doute la présence de cette dernière était elle l’unique justification de notre présence salle Pleyel ce soir là, tant notre admiration pour cette violoniste, son parcours personnel et artistique, est forte. Curieux attelage que celui constitué par Mullova, subtile jusqu’au soupçon de discrétion, et Noseda, alternant totale absence (les deux premiers mouvements) et extraversion (le finale). Nous rendons compte ici du concert du mercredi (fut-ce meilleur le lendemain ?) et voulons bien croire que l’entente entre chef et soliste n’était pas facile à trouver. Toujours est-il que nous avons rarement entendu Viktoria Mullova jouer comme on marche sur des œufs, évidemment impeccable techniquement mais semblant comme bridée dans l’expression lyrique. Nous eûmes la vague impression qu’elle fit assez rapidement son deuil d’une complicité avec un chef absent et un orchestre dont les failles (les vents !) réapparurent aussi vite qu’elles avaient disparu le temps d’un Borodine. On passera sur la gestuelle de Noseda, aussi véhémente et comique qu’elle semble peu efficace, et sur l’éducation d’un public qui croit bon d’applaudir à la fin du premier mouvement « car ça s’est fini en faisant beaucoup de bruit ».

En seconde partie, le chef italien, fidèle au répertoire russe, dirigeait la cantate Alexandre Nevski de Prokofiev, musique qui n’est à peu près supportable qu’avec les images du film d’Eisenstein et que seuls de grands chefs (Ancerl, Reiner, Svetlanov, Masur, Abbado ….) parviennent à sauver du pompiérisme stalinien. Ce que ne fit pas Gianandrea Noseda, pas plus dans « La Russie sous le joug mongol » (1) manquant totalement du caractère grinçant requis, que dans le « Chant sur Alexandre Nevski » (2) où le chœur flotta à nouveau dangereusement, ni dans « les Croisés dans Pskov » (3) (Noseda aurait été bien inspiré de relire les notes prises par Prokofiev résumant les directives d’Eisenstein), sans la moindre tension. Pas plus que dans « Debout ! peuple russe » (4), beaucoup trop raide pour susciter une quelconque ferveur. Il fallait s’attendre à une « Bataille sur la glace » (5) tonitruante. Elle le fut, grâce un orchestre bien en place et à des cuivres bien sonores. La tension manqua mais la partie festive finale fut plutôt réussie. On oubliera facilement le dernier mouvement, immonde musique de peplum stalinien, pour souligner l’extrême qualité d’Elena Zhidkova dans le « Chant des morts » (6). La mezzo russe y fit montre d’un timbre chaud sans affectation, d’une parfaite projection des mots sans en rajouter : une oasis de simplicité et d’émotion dans un océan de vacuité.

Donc, un concert qui ne s’imposait vraiment pas, un chef qu’on laissera gentiment à nos amis anglais et italiens (et américains car Pittsburgh l’aurait choisi comme chef invité– on ne dira jamais assez le désastre qu’est le choix des chefs par les grands orchestres américains depuis trente ans !) et un Orchestre de Paris dont on attend avec impatience les progrès que devrait amener une deuxième saison avec Paavo Järvi.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 29 juin 2011
- Alexandre Borodine (1833-1887), Le Prince Igor : Ouverture et Danses polovtsiennes
- Jean Sibelius (1865-1957), Concerto pour violon et orchestre en ré mineur opus 47
- Serge Prokofiev (1891-1953), Alexandre Nevski, cantate pour mezzo-soprano, chœur et orchestre, opus 78
- Viktoria Mullova, violon
- Elena Zhidkova, mezzo-soprano
- Chœur de l’Orchestre de Paris
- Orchestre de Paris
- Gianandrea Noseda, direction






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