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C’est toujours Leningrad !

dimanche 21 décembre 2008 par Frédéric Pottier
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Yuri Temirkanov
DR

La mondialisation ne semble pas encore avoir atteint la Philharmonie de Saint-Petersbourg ! Cet orchestre garde une personnalité unique et l’on espère que cela durera encore longtemps.

En première partie de concert, le troisième concerto pour piano de Prokofiev, cheval de bataille de nombreux pianistes. En introduction une clarinette d’une belle couleur, suivie par des cordes très précises, le piano qui suit semble le prolongement de l’orchestre ; dès le début on sent la complicité entre le chef et le soliste. Les tempi sont naturels, et Matsuev fait preuve d’une belle maitrise ; dans son jeu rien de superflu, aucun rubato, mais une ligne directrice claire et précise et on ne peut que penser à ce que disait Poulenc du compositeur :« Prokofiev jouait sans faux effet avec une technique impeccable ».« Le rubato l’horripilait ». Le pianiste n’a pas pour autant joué platement, bien au contraire, et tout le mouvement est joué avec une certaine malice, et la coda est éblouissante.

Dans le deuxième mouvement, Thème et variations, le choix des tempi est là aussi très pertinent, les variations s’enchainent naturellement ; l’entente entre le chef et soliste continue de fonctionner parfaitement. Matsuev déroule un piano sans concession, mais d’une grande beauté. On admire sa délicatesse dans la variation IV, son énergie et la fusion avec l’orchestre dans la variation russe.

Le redoutable final est introduit par des bassons très bien caractérisés. L’entrée du piano est puissante et enivrante, et l’orchestre est en véritable symbiose ; l’enchainement au Poco più mosso (mesure 83) est exemplaire, donnant l’impression que tout le monde avance dans une même envolée. Autre passage à souligner dans ce final : le Listesso tempo, où le dialogue entre les bois et le piano (mesures 184 à 199) est cinglant. Le pianiste sait alors éviter les trop grands épanchements dans la suite, tout en gardant ce qu’il faut de lyrisme. Mais le meilleur est à la fin, où la course poursuite de l’allegro conclusif est une véritable démonstration de virtuosité dans le sens le plus noble du terme.

Le plus remarquable dans ce concerto fut la cohérence et l’accord entre le chef, son orchestre et le soliste. Youri Temirkanov et Denis Matsuev parlent le même langage et nous ont donné un dialogue enthousiasmant. En bis, le pianiste nous a offert avec une infinie douceur mais sans mièvrerie La boîte à musique de Liadov, puis une étude de Scriabine, jouée de manière très démonstrative.

En seconde partie des extraits des deux premières suites tirées du ballet Roméo et Juliette. Le début est décevant : l’orchestre est pâle et le chef ne donne pas l’impulsion nécessaire pour séduire, et dans le célébrissime Les Montaigus et les Capulets on s’attend à d’autres sensations. Les deux passages suivants Juliette jeune fille, et Moine Laurent ne sont pas non plus très excitants, même si de temps en temps quelques soli intéressent. Après ces quatre premiers extraits on arrive à Roméo auprès de Juliette avant leur séparation, et là tout se met en place : l’alto solo est excellent, et enfin l’orchestre nous raconte une histoire, on commence à vibrer, il était temps ! Ensuite nous n’avons pas eu la Danse des jeunes filles des Antilles, certainement pour ne pas rompre la progression. Dès le début de Roméo au tombeau de Juliette, on est saisi par les sonorités déchirantes de l’orchestre, et l’émotion de Roméo est palpable ! La sonorité de cet orchestre est inhabituelle, mais quelle émotion se dégage de ce passage !

Ensuite avec Masques l’orchestre nous offre un moment de détente bienvenu. On remarque alors des cordes étonnantes, aux couleurs étranges mais o combien intéressantes ! La Mort de Thybald clôt ce concert. Ce mouvement est aussi réussi que Roméo au tombeau de Juliette : la course folle nous entraine jusqu’au drame, et la progression finale est terrible ; la sublime laideur des cuivres couronne prodigieusement ce mouvement.

L’orchestre est atypique ! On est très loin de la somptuosité de certaines phalanges prestigieuses, mais quelle vie ! On sent le drame comme jamais. Le son est unique, qui semble nous parvenir des années Mravinsky. Tant mieux ! Pour finir deux bis, dont la célèbre marche de L’amour des trois oranges. L’Orchestre de Leningrad n’a pas disparu il est toujours bien là pour notre plus grand bonheur !

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- Paris.
- Théâtre des Champs Elysées.
- 3 novembre 2008.
- Serge Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre n°3 opus 26 ; Roméo et Juliette suite n°2 opus 64 ter n°1 à 5 et 7 et suite n°1 opus 64 bis n° 5 et 7.
- Denis Matsuev, piano.
- Orchestre Philharmonique de Saint-Petersbourg.
- Yuri Temirkanov, direction.






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