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Brigitte Engerer à l’ouverture de Musique et Nature en Bauges

lundi 21 juillet 2008 par Fernand Bretton

Jarsy, petite commune des Bauges d’environ 300 habitants située à 840m d’altitude, au coeur d’une Réserve Nationale de Chasse et de Faune Sauvage à la pointe de la recherche sur la grande faune sauvage, une belle et plutôt grande église pour une petite commune...c’est là que s’est ouvert le dixième festival « Musique et Nature en Bauges » en accueillant la pianiste Brigitte Engerer.

« Côté jour, côté nuit »,ainsi se résumait l’ambiance des oeuvres jouées durant la soirée. Qui mieux que Schubert dans ses compositions (peut être encore plus que dans sa vie ponctuée, semble t’il, plus par la « nuit » que le « jour ») incarne cette dualité de l’ombre et de la lumière, de la douleur et de la paix intérieure ?

Pour commencer, le si nostalgique impromptu D 899, dont Brigitte Engerer fit ressortir le coté sombre dans l’accompagnement à la main gauche de la mélodie jouée par la main droite, dans un équilibre rarement atteint, parce que sans doute pas forcement recherché par les pianistes insistant plus sur la douce lumière de la sublime mélodie.

La Wanderer-Fantaisie, genre de sonate en un mouvement , forme dont s’inspira Liszt pour composer sa célèbre Sonate en si mineur, est l’oeuvre pianistique de Schubert la plus difficile techniquement, le compositeur ayant lui-même bien du mal à en jouer correctement le final. (Mais il n’avait aucune prétention a être un pianiste virtuose, comme Beethoven par exemple).Cette Wanderer-Fantaisie tient son titre du lied « Der Wanderer » (Le Voyageur) dont on retrouve le thème en variations dans le déroulement de l’oeuvre où se succèdent les accents héroïques et rageurs et les moments d’une douceur indicible dont Schubert a le secret.
Brigitte Engerer, grâce à son toucher d’une rare subtilité traduit à merveille tour à tour ce bouillonnement impétueux, et cette rêverie crépusculaire où, alors, ses doigts caressent le clavier mais toujours avec une précision d’horloger.

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Brigitte Engerer
DR

Quant au trois lieder comment ne pas remercier Liszt, qui nous a permis de les savourer, aussi chantants, même en l’absence d’un chanteur et grâce aussi à la poétesse du piano qu’est Brigitte Engerer. Le côté nuit et le côté jour se retrouvent admirablement dans ces trois lieder, à l’intérieur même de chacun. « Standchen », une sérénade qui n’a rien à voir avec celle de Don Giovanni, mais un chant d’amour plein de modestie, d’espoir et aussi de crainte tel le touchant poème de Ludwig Rellstab. Chant d’amour qui se poursuit dans « Litanei auf das fest allerseelen » (Litanie pour un jour des morts) sur un poème Johann Georg Jacobi, amour pour toutes ces âmes parties vers le monde invisible à nos yeux. Une des mélodies les plus sublimement bouleversantes de Schubert (mais il en a tellement dans sa besace de Voyageur !) accompagnée par tout un univers assez sombre du passage sur la terre, le tout chanté au piano avec une sensibilité hors du commun. « Der Müller und der Bach » (Le Meunier et le Ruisseau) n’échappe pas au clair-obscur dans le dialogue entre le meunier qui « se meurt d’amour » et le ruisseau voyant « naître une nouvelle étoile dans le firmament quand l’amour s’arrache à la douleur », selon le poème de Wilhelm Müller.

Après Schubert, Brigitte Engerer est revenue a ses amours de jeune étudiante à Moscou où elle perfectionnait sa formation de pianiste auprès de Stanislav Neuhaus, et étudiait le répertoire russe à la source. Malgré une centaine de numéros, l’œuvre pour piano de Tchaïkovski est assez méconnue, largement occultée par tout le reste, notamment ses symphonies et concertos. Et les 24 courtes pièces constituant son « Album d’enfants », à l’instar des Scènes d’enfants de Schumann qui lui font sûrement de l’ombre, sont probablement une découverte pour beaucoup d’auditeurs, qui découvrent une oeuvre pleine de fraîcheur, où alternent toutes les ambiances qui évoquent si bien l’enfance.

Brigitte Engerer termine son récital par la célèbre romance « Le Rossignol » d’Alexandre Alabiev, transcrite pour piano par Franz Liszt...où le charme du rossignol rivalise avec l’entrain d’une véritable danse folklorique russe.

Le nombreux public, transporté d’enthousiasme et de gratitude pour cette soirée si riche en émotions fût récompensé par trois bis : Polka de Chostakovitch, La Nuit d’Anton Rubinstein et un extrait des Harmonies Poétiques et Religieuses de Franz Liszt.

Brigitte Engerer sera le 23 juin prochain aux Flâneries musicales de Reims.

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- Jarsy
- Eglise Saint André
- 17 juillet 2008
- Franz Schubert (1797-1828), Impromptu n°3 Op.90 D899, Wanderer-Fantaisie Op.15 D760 ; Trois lieder transcrits pour piano seul par Franz Liszt : Ständchen, Litanei, Der Müller und der Bach
- Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893), Album d’enfants
- Alexander Alyabiev (1787-1851), Le Rossignol, transcription par Liszt
- Brigitte Engerer, piano






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