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Brahms sans la barbe

jeudi 29 mai 2008 par Richard Letawe

L’actualité de l’Orchestre Philharmonique de Liège était brûlante cette semaine, avec le Festival Brahms, grand rendez vous de cette fin de saison, mais d’abord avec l’annonce que Pascal Rophé ne sollicitera pas le renouvellement de son contrat de directeur musical, qui vient à échéance en septembre 2009. Il part pour des raisons personnelles, en très bons termes, et reviendra souvent diriger l’orchestre. Le nom de son successeur a été rendu public : il s’agit de François Xavier Roth, troisième français d’affilée à occuper ce poste.

Ancien assistant au London Symphony Orchestra (2000-2002), chef associé du Philharmonique de Radio-France pour les deux prochaines saisons, futur premier chef invité de l’Orchestre de Navarre, François Xavier Roth est un homme occupé.

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François Xavier Roth
© Keith Saunders /LSO

Nous l’avons entendu plusieurs fois au Festival Juventus de Cambrai, où il dirigeait l’Orchestre Les Siècles, un ensemble qu’il a lui-même formé, qui passe en un même concert des instruments d’époque aux instruments modernes selon le répertoire abordé. Nous l’avons également entendu la seule fois où il a dirigé l’OPL, la saison dernière pour le concert de Nouvel An. C’est un chef gourmand et enthousiaste, au répertoire très éclectique. Il travaille vite, est très à l’aise pour faire travailler de nouvelles partitions à un orchestre, et a un excellent contact avec le public. Il devrait surprendre ceux qui ne le connaissent pas encore. Son dernier disque, Bizet chez Mirare, à la tête des Siècles, que nous n’avons pas reçu, a divisé la critique.

François Xavier Roth dirigera l’OPL en novembre prochain dans Strauss (Till Eulenspiegel), Schubert (symphonie n°5), et Zemlinsky (Maeterlinck-Lieder). La soliste des lieder sera Isabelle Druet, toute récente deuxième lauréate du Reine Elisabeth.

Après ce long préambule, il est temps maintenant de s’intéresser à la musique proprement dite, avec le premier concert de ce week end placé sous la direction de Louis Langrée. Celui-ci dirigeait pour la première fois les deux œuvres au programme, la Symphonie n°3 et le Concerto pour piano n°1. Cela ne s’est pas entendu, tant la maîtrise du chef fut évidente.

La troisième symphonie n’est pas une œuvre très payante : ambiguë, un peu brumeuse, très difficile à mettre en place, conclue par un finale déroutant, aussi peu triomphal que possible. Langrée la conduit pourtant au succès le plus éclatant en en donnant une lecture aérée et pleine de couleurs, aux rythmes très libres et aux phrasés très diversifiés. Le premier mouvement est un peu moins réussi que les autres car l’équilibre entre les pupitres n’est pas trouvé : les cordes sont chaleureuses, mais un peu trop héroïques, et recouvrent des bois dont les ponctuations sont trop timides. L’ensemble est vif et ne manque pas d’allure, mais cela sonne un peu touffu. La suite est une merveille, avec un Andante tout de poésie discrète et prégnante, sans surcharge, qui a la fraîcheur d’une soirée en montagne, dont le paysage ne se fige jamais. Le Poco alegretto prolonge cette atmosphère calme, pondérée et légère ; la battue du chef y est d’une fluidité et d’une sensibilité remarquables. Quant au finale, Langrée y réussit la gageure d’en faire une véritable dentelle sonore, d’une transparence et d’une finesse de texture incomparables, d’y faire preuve d’une liberté agogique surprenante, et d’en donner une version presque chorégraphique, élancée, vigoureuse et allante. Au long de cette symphonie, tous les pupitres de l’OPL se comportent glorieusement, spécialement les cordes graves, altos, violoncelles et contrebasses, aux phrasés fermes et doux (le début de l’andante !), et au son plein et léger.

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Louis Langrée
© B. Ealovega

Le concerto pour piano n°1 qui suit est moins satisfaisant, non pour l’OPL, toujours aussi admirablement conduit, avec doigté et souplesse, livrant un Brahms dégagé, subtil, d’une beauté sonore intense, porté par un souffle puissant et énergique, mais qui n’est pas brumeux ni bourru, et où le soleil prend souvent le pas sur l’orage. C’est le soliste, Stefan Vladar, brillant et véloce technicien, qui pose problème, car son jeu plein d’intentions et de sous entendus, pas très direct, ne cadre pas tout à fait selon nous avec la franchise et la simplicité de l’orchestre. C’est surtout sensible dans le deuxième mouvement, où le piano est un peu gras, statique et austère. Prestement enlevé, le finale est en revanche tout à fait digne d’éloges : le soliste y est d’une aisance digitale prodigieuse, et les couleurs de l’orchestre et du piano s’y complètent enfin harmonieusement.

Le Festival Brahms de l’OPL débute donc en fanfare, et devant un public aussi nombreux qu’enthousiaste. La suite très prochainement…

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- Liège
- Salle Philharmonique
- 23 mai 2008
- Johannes Brahms (1833-1897), Concerto pour piano n°1 en ré mineur Op.15 ; Symphonie n° 3 en Fa majeur Op.90
- Stefan Vladar, piano
- Orchestre philharmonique de Liège
- Louis Langrée.











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