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Brahms chambriste et Bruckner a capella à Saintes

dimanche 13 juillet 2008 par Benoît Donnet
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Collegium Vocale Gent
© Michiel Hendrick

Les deux concerts de ce soir à l’Abbaye aux Dames étaient consacrés à la musique romantique de l’Empire austro-allemand : à 20h, Philippe Herreweghe dirigeait la musique religieuse, assez injustement méconnue, d’Anton Bruckner, et à 22h30, Alessandro Moccia, Ronald Brautigam et Renée Allen se donnaient rendez-vous pour une interprétation remarquable de deux œuvres de musique de chambre de Brahms.

A priori, pas grand-chose de commun, à part l’origine germanique, entre Bruckner et Brahms : le premier est perçu comme un compositeur caricatural, auteur de symphonies massives à la monumentalité souvent indigeste, et le second, comme un romantique introverti et sentimental. Les deux concerts de ce soir nous apportent la preuve que ces jugements sont simplistes. De Bruckner, Herreweghe nous a présenté non une symphonie, mais des œuvres religieuses pour chœurs et petit orchestre, tout à fait passionnantes, et la musique de chambre de Brahms a bénéficié de l’interprétation vive et point du tout larmoyante de trois musiciens admirables.

Le programme du concert de 20 heures mettait à l’honneur une partie méconnue et oubliée de l’œuvre du maître de Saint-Florian, à savoir la Messe pour chœurs et vents en mi mineur, trois motets pour chœur a cappella, et deux pièces pour trombones d’une durée très brève, intitulées Equales n°1 et n°2. Voici une série d’œuvres qui mériteraient d’être entendues plus souvent : c’est un Bruckner dépouillé, sobre, austère qui s’y dévoile, loin de l’opulence sonore intimidante du monde clos des symphonies. On apprécie ici le talent d’harmoniste du compositeur : la tension mise en jeu dans ces pièces, constamment renouvelée par un travail modulatoire très avancé, a de quoi intéresser le savant et passionner le simple curieux. Tant les motets que la messe nous entraînent dans un monde captivant, à l’émotion prenante. Les deux Equales mettent en jeu trois trombones, qui construisent un univers harmonique abouti et méditatif, au lyrisme troublant – les trois instrumentistes d’Il Solisti del Vento, dont la très belle et noble sonorité a su convaincre le public, ont interprété ces pièces avec inspiration.

Dans les trois motets a cappella, Philippe Herreweghe, habitué de ce répertoire puisqu’il a enregistré de la musique chorale religieuse de Bruckner par le passé, a pris la direction du Collegium Vocale Gent, qui avait déjà fait forte impression dans le concert d’ouverture. Le chœur s’est encore une fois révélé admirable, stupéfiant, au-delà de toutes les espérances : sa prononciation très exacte, sa justesse à toute épreuve brossent le tableau d’un ensemble rigoureux et poète, aux compétences musicales évidentes. Tous les pupitres ont rivalisé de puissance et de ferveur – on salue en particulier la performance des sopranos et des ténors, remarquables. La direction d’Herreweghe, visuellement précise et pleine d’attention, n’a sans doute pas été pour peu dans la qualité d’interprétation de ce chœur irréprochable. Dans la Messe, d’ailleurs, le résultat était d’une qualité comparable – le chœur chante juste, suffisamment fort et très bien. Aux chanteurs, venait s’adjoindre un petit orchestre à vents, d’une dizaine de musiciens, qui s’est très bien tiré des difficultés, relativement minimes il est vrai (les instrumentistes servent d’accompagnement et de support aux voix plus que de centre d’attention), de la partition. On notera la très belle sonorité des bois. Herreweghe, là aussi, se montre extrêmement à l’aise dans ce répertoire, et sa direction a convaincu l’auditoire, qui applaudit à tout rompre, réclame – et obtient – deux bis copieusement salués.

Après ce succès très enthousiasmant, la musique de chambre de Brahms a suscité un intérêt plus qu’honorable. Deux pièces majeures étaient présentées : la Troisième sonate pour violon et piano, et le Trio pour cor, violon et piano en Mi bémol majeur. Au piano, Ronald Brautigam a fourni deux prestations impeccables, très musicales et poétiques, avec une grande délicatesse de toucher. Mais il faut regretter que son instrument ait inexplicablement pâti d’un son voilé et confus, qui nous a empêché d’apprécier comme elle le méritait la performance du pianiste. Le violon d’Alessandro Moccia ne souffrait pas de ce problème, et le premier violon de l’Orchestre des Champs-Elysées a montré une pertinence très louable dans la compréhension stylistique de la musique de Brahms, alternant vibrato et coups d’archet droits, exploitant les portamenti sans en abuser. Il prouve une nouvelle fois qu’il est un musicien sensible, qui sait interpréter véritablement ce qu’il joue avec émotion – le deuxième mouvement de la sonate était d’une intensité bouleversante.

Dans le trio, les deux musiciens sont rejoints par la corniste naturelle Renée Allen ; l’idée de jouer cette œuvre de Brahms avec un cuivre sans pistons répondait à une volonté du compositeur lui-même, mais c’était un pari risqué, compte tenu du danger que représente l’instrument en lui-même. Renée Allen s’en est très bien tirée, avec certes quelques attaques difficiles et de petites scories, mais en insufflant à ce trio une poésie très bienvenue. Le cor naturel a un coloris qui convient assez à la musique de Brahms, même si cela n’enlève rien aux mérites des interprètes sur instruments actuels. Sa sonorité donne au troisième volet une poésie particulière, plus brillante, plus extravertie, mais réellement intéressante.

Deux concerts très réussis, que le public a su apprécier. Souhaitons que le festival se poursuive sur sa lancée d’inspiration et de partage de grande qualité.

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- Saintes
- Abbaye aux Dames
- 12 juillet 2008
- Anton Bruckner (1824-1896), Motets : Ave Marie, Os justi, Locus Iste, 2 Equales pour trombones, Messe en mi mineur pour choeur et orchestre
- Collegium Vocale Gent
- I Solisti del Vento
- Philippe Herreweghe, direction

- Johannes Brahms (1833-1897), Sonate pour violon et piano n°3 ; Trio pour cor, violon et piano
- Alessandro Moccia, violon
- Renée Allen, cor naturel
- Ronald Brautigam, piano






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