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Boris Eifman enflamme le Théâtre des Champs-Elysées

dimanche 5 décembre 2010 par Hermine Ferrand
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Boris Eifman revient en France avec sa compagnie, l’Eifman Ballet Théâtre de Saint-Pétersbourg. On ne présente plus la compagnie pétersbourgeoise qui tourne partout dans le monde depuis 1977. C’est avec Anna Karénine, un ballet crée 2005 et déjà reconnu internationalement (Prix Benois de la Danse 2006 du meilleur chorégraphe), que la compagnie investit le Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, pour trois dates avant de s’envoler pour Lyon où elle présentera Don Quichotte jusqu’au 12 décembre. Revue d’une troupe au mieux de sa forme.

Ces dernières années, Boris Eifman s’est fait une spécialité d’adapter en ballet les chefs d’oeuvre de la littérature russe. La rencontre de ce chorégraphe flamboyant et déterminé, ayant créée sa propre compagnie contre vents et marées il y a 33 ans, avec l’héroïne de Tolstoï tenait donc de l’évidence, au vu du goût de Boris Eifman pour les héros tourmentés.

La recette d’un spectacle réussi n’a plus de secret pour Boris Eifman. Le drame est ici recentré sur les trois personnages principaux : Anna, Vronsky et Karénine. Kitty ne fait qu’une brève apparition et Lévine n’existe pas. Le fils d’Anna est quant à lui évoqué par la présence de ses jouets, dont un train mécanique qui encerclera Anna à la fin du premier acte, quand son destin est scellé... [1] Le chorégraphe expose ainsi les développements de deux couples antagonistes, chaque personnage étant nettement caractérisé, ce qui rend lisible l’intrigue pour qui ne la connaîtrait pas. Dans une très belle scénographie, le drame se noue par une succession de pas de deux entre Anna et les deux hommes de sa vie. L’intensité et le lyrisme vont crescendo avec Vronski, la rigidité et les gestes saccadés, comme dans un combat, sont de mise avec son époux. On verra par ailleurs Anna chanceler au fil des confrontations avec son mari. Il faut signaler un magnifique pas de deux au premier acte, quand Anna et Vronsky, chacun chez eux, voient leurs pas se rejoindre dans la même chorégraphie. Autre effet saisissant, le dernier solo, poignant, de Karénine est immédiatement suivi par la fête du carnaval de Venise qui, dans ce contexte, glace le sang des spectateurs, en dépit de sa grande beauté. On sait en effet qu’à cet instant, plus rien ne pourra sauver la situation et la fête et la gaieté ne font que masquer la venue du dénouement tragique. On pense à l’effet produit par le bal ouvrant le dernier acte d’Eugène Onéguine, dans le même contexte tragique.
L’avant-dernière scène (les hallucinations d’Anna) laissera plus sceptique en raison de sa rupture totale avec l’esthétique développée précédemment.

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Sur le plan strictement chorégraphique, on remarque l’influence des inventions de l’époque soviétique dans les pas de deux extrêmement virtuoses aux portés athlétiques. L’inventivité est de mise avec l’intégration (parfaitement réussie) des éléments de décor à la chorégraphie. Ce déploiement de virtuosité n’est ici jamais gratuit, et se justifie par l’intensité des sentiments exprimés et par la profondeur des personnages. La musique de Tchaïkovski contribue grandement à la réussite du spectacle (le chorégraphe utilise divers extraits d’oeuvres orchestrales), tout comme l’enthousiasme démesuré des interprètes. Dans le rôle d’Anna, Masha Abashova réalise un véritable marathon (elle est omniprésente en scène) sans sortir un instant de la peau de son personnage. Cette interprète extrêmement convaincante est soutenue par deux artistes tout autant impliqués : Oleg Markov dans le rôle de Karénine et Oleg Gabyshev dans celui de Vronsky.

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- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 03 décembre 2010
- Anna Karénine, ballet sur des musiques de Piotr Ilitch Tchaikovski (1840-1893),
- Chorégraphie, Boris Eifman ; Décors, Zinovij Margolin ; Costumes, Viacheslav Okunev ; Lumières, Gleb Filshtinsky ; Effets spéciaux, Leonid Eremin.
- Anna Karénine, Masha Abashova ; Karénine, Oleg Markov ; Vronsky, Oleg Gabyshev
- Corps de ballet de l’Eifman Ballet Théâtre de Saint-Petersbourg
- Musique enregistrée

[1Dans les précédentes représentations de ce ballet, le fils d’Anna était incarné par un enfant.






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