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Bicentenaire Franz Liszt par l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris

mardi 3 janvier 2012 par Gilles Charlassier
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© Mirco Magliocca/ Opéra national de Paris

C’est par un pan méconnu de la production de Liszt que l’Opéra de Paris referme les commémorations qu’il a consacrées au bicentenaire de la naissance du compositeur hongrois. L’amphithéâtre se posait comme le format idéal pour recevoir un récital consacré à ses mélodies et lieder, révélant sa carrure européenne – à côté des idiomes consacrés par ce répertoire, le Français, et surtout l’Allemand à l’âge romantique, on trouve quelques pages en Italien. Pour cet exercice de polyglottisme musical, on a aménagé une tribune aux chanteurs de l’Atelier lyrique, faisant de ce concert davantage une promotion des talents de demain que la mise en avant de pages encore laissées dans l’ombre.

Pour ouvrir le bal, c’est Agata Schmidt, vrai mezzo opulent, qui interprète trois lieder, dont la version lisztienne de la Ballade du Roi de Thulé, avec Philip Richardson au piano. Andreea Soare lui emboîte le pas, avec le même accompagnateur, en enjambant le Rhin. Le soprano roumain distille une belle expressivité dans la Lorelei, qui pourrait cependant s’épancher un peu davantage à la fin – on attendrait moins de sécheresse et plus d’écho de l’envoûtement de la jeune fille aux cheveux d’or et au chant fatal. On retrouve un peu ces tensions dans les deux mélodies françaises, sans pour autant renier la qualité de la vocalité et l’honnêteté de la prononciation.

Baryton un peu empâté, Florian Sempey interprète avec une emphase presque datée La Tombe et la rose, sur le poème de Victor Hugo, et J’ai perdu ma force et ma vie, d’Alfred de Musset. La richesse des harmoniques n’aurait sans doute pas besoin d’être enrobée de la sorte. On peut au moins goûter la délicatesse des trilles d’Alissa Zoubritski. Jorge Giménez la remplace pour le troisième morceau du baryton girondin, Enfant si j’étais roi, page de Victor Hugo résumant avec une admirable concision le vœu amoureux.

En compagnie des mêmes mains sur le clavier, Anna Pennisi fait résonner la transalpinité linguistique des vers de la princesse Therese von Hohenlohe. La mélopée de la perle de l’huître, image poétique de l’exil et de la Sehnsucht de l’homme romantique, s’exprime avec une féminité acidulée dans les cordes de la jeune sicilienne. La première partie de la soirée se referme sur les Tre Sonetti di Petrarca, n°104, 47 et 123. C’est un autre regard sur le lyrisme de Pétrarque que celui des Années de Pèlerinage qui se dévoile. Avec Alissa Zoubritski, Cyrille Dubois exhibe une sensibilité intéressante et des aigus vaillants.

Le retour après la césure physiologico-mondaine se fait sous les auspices exclusifs de la langue germanique. De sa voix de ténorino, João Pedro Cabral allège d’une manière caractéristique la ligne dans les poèmes de Uhland et Nordmann. Un relatif défaut de souplesse et un accompagnement parfois brutal pénalisent ce dernier. L’arrivée de Michał Partyka coïncide avec le retour de la musicalité au piano, sous les doigts de Françoise Ferrand. La stabilité de l’émission chez le baryton polonais étonnerait presque par sa maturité, et fait regretter une prononciation souvent défaillante – le déploiement de l’articulation semble confit dans les sinus.

Ilona Krzywicka ravit les oreilles par son soprano brillant, quoique d’aucuns le trouvent passablement monochrome. Elle a encore le temps de développer l’expressivité – et il n’est pas impossible que les lieder de Rellstab, Goethe et Freiligrath ne constituent guère son répertoire naturel : le programme de cette soirée fonctionne comme un excellent exercice, mais ne peut rien contre les limites des typologies vocales.

Marianne Crebassa, récente récipiendaire du prix de l’AROP, couronne la soirée avec deux pages de Goethe et une de Lenau. Le Mignons Lied, très coloré, forme presqu’un clin d’œil, tant la version de l’opéra de Thomas relève du répertoire du mezzo français. Sa belle sensibilité se montre encore dans Über allen Gipfeln, d’un resserrement remarquable. Die drei Zigeuner conclut avec brio ce talentueux tercet. Enfin, il convient de saluer également l’accompagnement d’excellente qualité de Françoise Ferrand. Les dernières impressions se doivent d’être les meilleures.

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- Paris
- Amphithéâtre Bastille
- 02 décembre 2011
- Franz Liszt (1881-1886), Lieder et mélodies : Ihr Glocken von Marling (Emil Kuh) ; Es muss ein Wunderbares sein (Oscar von Redwitz) ; Es war ein König in Thule (Johann Wolfgang von Goethe)
- Agata Schmidt, mezzo-soprano
- Philip Richardson, piano
- Die Lorelei (Heinrich Heine) ; Il m’aimait tant (Delphine Gay) ; Oh quand je dors (Victor Hugo)
- Andreea Soare, soprano
- Philip Richardson, piano
- La tombe et la rose (Victor Hugo) ; J’ai perdu ma force et ma vie (Alfred de Musset) ; Enfant si j’étais roi (Victor Hugo)*
- Florian Sempey, baryton
- Alissa Zoubritski/Jorge Giménez*, piano
- La Perla (Prinzessin Therese von Hohenlohe)
- Anna Pennisi, mezzo-soprano
- Jorge Giménez, piano
- Tre Sonetti di Petrarca, n°104, 47 et 123 (Francesco Petrarca)
- Cyrille Dubois, ténor
- Alissa Zoubritski, piano
- Hohe Liebe (Ludwig Uhland) ; Kling leise, mein Lied (Johannes Nordmann)
- João Pedro Cabral, ténor
- Jorge Giménez, piano
- Im Rhein, im schönen Strome (Heinrich Heine) ; Vergiftet sind meine Lieder (Heinrich Heine) ; Der du von dem Himmel bist (Johann Wolfgang von Goethe)
- Michał Partyka, baryton
- Françoise Ferrand, piano
- Es rauschen die Winde (Ludwig Rellstab) ; Freudvoll und liedvoll (Johann Wolfgang von Goethe) ; O lieb, so lang di lieben kannst (Ferdinand Freiligrath)
- Ilona Krzywicka, soprano
- Alissa Zoubritski, piano
- Mignons Lied (Johann Wolfgang von Goethe) ; Über allen Gipfeln ist Ruh’ (Johann Wolfgang von Goethe) ; Die drei Zigeuner (Nikolaus Lenau)
- Marianne Crebassa, mezzo-soprano
- Françoise Ferrand, piano






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