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Besançon 2012 : La prairie, le désert et la forêt noire

dimanche 23 septembre 2012 par Nicolas Mesnier-Nature

Heureux public acquis d’avance dans une salle presque comble pour un concert orienté vers la musique de chambre avec comme vedette principale Philippe Cassard, né bisontin.

Le jeune Quatuor Voce entama la soirée avec le Quatuor n°1 de Beethoven, premier d’une longue série fondatrice dans l’histoire de la musique, mais qui reste finalement assez peu joué au regard des monuments qui allaient suivre. Le quatuor se chauffe, on le sent, même si l’engagement est réel au niveau de l’Adagio, qui met en avant les coups de butoir et les non-dits de silences assourdissants qui s’entendent autant que la sublime mélodie qui naît du néant.

Puis viendra, après présentation de la compositrice elle-même, Terres rouges, écrit en 2006 pour quatuor à cordes. Si notre enthousiasme commençait à monter lors du finale beethovenien, la douche froide japonaise nous est violemment tombée dessus. On n’hésitera pas à l’asséner, quitte à polémiquer : il n’y a aucun intérêt à ce genre de prestation qui nuit gravement à l’équilibre d’un programme, surtout placé entre deux classiques. Les horreurs écrites par Misato Mochizuki n’ont de raison d’être qu’une virtuosité technique certaine, purement gratuite, dont on se demande comment on peut encore concevoir de telles gabegies imbuvables soi-disant à la recherche de nouveaux effets sonores sur les instruments à cordes. Évidemment sans mélodies – ce qui a priori ne nous gêne pas – et tout en rythmes, la compositrice à beau chercher à se justifier sur scène en évoquant une nouvelle sophistication de l’art du quatuor et l’imaginaire de danses tribales, tout cela ne nous donne que l’envie de sortir en attendant la suite. Quel est le but de cette musique ? Quel plaisir peut-on en ressentir ? On aura bien d’autres tentatives des plus extraordinaires en matière d’exploitation à outrance, jusqu’à leurs dernières limites, en ce qui concerne les cordes avec les innovations d’il y a cinquante ans, pourtant toujours d’actualité, d’un Penderecki, pour ne citer que lui, qui a su nous pétrifier d’angoisse avec Thrènes ou Polymorphia voire avec son Quatuor n°1 dans lesquels non seulement un énorme travail de rythmique mais aussi et surtout une ambiance extraordinaire réussissaient à nous clouer sur notre siège. Les cordes étaient percussions, vents et même voix, avaient un sens, loin du bruitisme gratuit et horripilant de Misato Mochizuki. On souhaite bon courage aux futurs candidats du concours de jeunes chefs d’orchestre de l’année à venir lorsqu’elle leur concoctera une pièce symphonique à diriger ! Bref, une pièce applaudie par politesse, car on ne sifflera pas un compositeur en résidence, dont on peut s’étonner d’entendre des bravos surgir de la salle. Mais il est toujours bon de se faire remarquer.

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Quatuor Voce
© Sophie Pawlak

Enfin, après un entracte bénéfique qui a permis de passer à la grande lessive nos oreilles martyrisées par dix-sept minutes insupportables, l’unique Quintette avec piano de Brahms, chef-d’œuvre absolu, une des œuvres préférées de leur auteur. Engagement total, dès les premières mesures, fortissimos vertigineux, douceur veloutée, occupation habitée de l’espace et du temps, conduite du texte remarquable, tout mélodique et rythmique, sonorités amples et très symphoniques, le Quatuor Voce était bien en symbiose avec un pianiste très attentif, par ses nombreux regards envers le groupe des cordes. Une générosité musicale qui se fait entendre, un plaisir retrouvé. En bis, le scherzo de l’autre unique Quintette de Schumann, fougueux et fulgurant. Du très grand art, enfin.

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- Besançon
- Scène nationale - Le Théâtre
- 21 septembre 2012
- Ludwig van Beethoven (1770–1827), Quatuor n°1 en fa majeur op.18
- Misato Mochizuki (née en 1969), Terres rouges pour quatuor à cordes
- Johannes Brahms (1833–1897), Quintette pour piano et cordes en fa mineur op.34
- Philippe Cassard, piano
- Quatuor Voce : Sarah Dayan, Cécile Roubin, violon ; Guillaume Becker, alto ; Florian Frère, violoncelle











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