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Besançon 2012 : De la virtuosité, oui, de la poésie moins

lundi 24 septembre 2012 par Nicolas Mesnier-Nature

Après un ciné-concert très original qui nous a permis de découvrir l’un des rares films muets ayant survécu intégralement du prolifique cinéaste japonais Kenji Mizoguchi Le fil blanc de la cascade (1933) accompagné par six musiciens jouant alternativement ou ensemble des instruments classiques européens (violon, harpe, percussion) et japonais (koto, shamisen,shakuhachi) mêlés de bandes électroniques, nous voici de retour au Kursaal de Besançon où la nouvelle de la défaillance de Krystian Zimerman nous attend sur la porte d’entrée. Du mécontentement dans le public ? Pas vraiment mais certainement une part de déception. Pourtant, Bertrand Chamayou, venu des États-Unis, a pris sur lui de bouleverser son emploi du temps et de remplacer au pied levé un des très grands pianistes actuels.

Du programme Debussy prévu, sans en connaître l’exacte composition, on en aura tout de même des lambeaux à travers les cinq pièces données. La cohérence du nouveau contenu est trouvée dans l’image que l’on s’est faite d’une certaine virtuosité au travers des deux siècles qui nous ont précédés. Ainsi, le Prélude, Choral et Fugue de César Franck déploie des guirlandes d’arpèges et transforme le piano en orgue, inscrit dans la rigueur formelle propre à l’auteur. Franz Liszt a été choisi, avec des extraits des Années de Pèlerinage – Italie, comme évidemment incontournable pour tout virtuose. Avec comme toujours le piège habituel de se fourvoyer complètement dans un broyage d’ivoire intempestif, matraquant et assourdissant. Le pianiste français, s’il est un virtuose consommé, succombe en partie à ce défaut, attiré par les fulgurances impossibles du hongrois. Les passages notés fortissimo sonnent effectivement très fort, mais la douceur perlée des notes suraiguës vient rééquilibrer l’expression. Tout reste très net avec le piano symphonique de Bertrand Chamayou, mais dans des œuvres au long souffle comme la Fantasia quasi sonata Après une lecture du Dante, on aura du mal à trouver un sens autre que la virtuosité pure. L’œuvre de Liszt est imprégnée de références littéraires, et gageons jusqu’à preuve du contraire, que Bertrand Chamayou n’a pas pris le temps de lire ni Pétrarque, ni Dante. Les tempos sont constamment vifs, et le style pianistique finalement assez pressé. On ne prend guère le temps de profiter des très romantiques mélodies lisztiennes, mais reconnaissons que cela peut ne pas être qu’un défaut dans le sens où une déromantisation en règle vaut mieux qu’un alanguissement fadasse de mélodies qui ne demandent qu’à être vulgarisées, ce qui n’est pas le cas ici, mais reste insuffisant au niveau de l’expression.

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Bertrand Chamayou
© Richard Dumas

Autre forme de virtuosité, qui cette fois demande bien autre chose qu’un alignement de notes vides, les pièces de Claude Debussy sont redoutables. Là encore, pas d’alanguissement, et tempo pressé. La fameuse Terrasse des audiences du clair de lune perd de son indispensable poésie, davantage terrasse que clair de lune, mais quelle clarté dans le discours ! On remarquera que Bertrand Chamayou se déplace fréquemment sur son siège de manière à être bien en face des touches à faire sonner. Une façon comme une autre de donner le maximum d’énergie à une partie ou à un trait. Un choix esthétique qui se défend, et qui s’entend !

Les trois rappels, généreux (dont une époustouflante étude de Camille Saint-Saëns), nous donnent une dernière impression d’un artiste encore jeune, plein de promesses, qui ne doit pas sacrifier aux phares de la facilité et de la médiatisation à outrance.

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- Besançon
- Kursaal
- 19 septembre 2012
- César Franck (1822-1890), Prélude, Choral et Fugue
- Claude Debussy (1862-1918), D’un cahier d’esquisses, Masques, Ondine, La terrasse des audiences du clair de lune, Feux d’artifices
- Franz Liszt (1811-1886), Sposalizio, Il penseroso, Sonetto 104 del Petrarca, Sonetto 123 del Petrarca, Après une lecture du Dante
- Bertrand Chamayou, piano











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