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Besançon 2011 : Un régime contre l’obésité, l’excès de sucres et une prévention contre les otites

vendredi 14 octobre 2011 par Nicolas Mesnier-Nature

Commençons par la fin, une fois n’est pas coutume.

Les personnes ayant eu la chance d’assister à la prestation du même chef dans la même symphonie à l’Auditorium de Dijon le 24 mars 2011 (voir notre critique) pourront avec profit comparer les deux versions. Et ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que la meilleure, à notre avis, n’a pas eu lieu là où l’on aurait pu le croire. Sans doute, la salle y est-elle pour quelque chose. L’aspect plus confiné et compact du théâtre bisontin n’a rien à voir avec l’une des meilleures acoustiques de France, d’une autre taille également. Mais justement, il semble que le chef se soit adapté au lieu.

Nous n’avions pas manqué de noter l’effet parfois excessif et « pétaradant » à la limite du hors sujet, pour cette symphonie en tout cas. Vladimir Jurowski fut ovationné à Dijon, à croire que plus ça fait du bruit, plus le public est content. Impression confirmée par les applaudissements nourris mais sans hurlements de joie pour cette Symphonie n°4 de Brahms. Pour notre cas, cela a été une vraie joie d’entendre un Brahms détaillé, très raffiné, où chaque instrument avait ses notes à dire sans chercher à jouer du coude avec des voisins trop bruyants. Miracle d’équilibre donc entre la grande et la petite harmonie. Et les cordes compactes et homogènes parlaient d’une seule voix lors des parties à l’unisson, très denses, presque chorales (ce qu’il faut). Vladimir Jurowski nous a étonné par son calme et l’économie de sa gestuelle, elle aussi complètement différente de celle vue à Dijon. L’homme donne des indications et des départs sans chercher à modérer les élans d’un orchestre dont il semble établi d’avance qu’il ne va pas faire exploser les murs de la salle. Grand bénéfice pour nos oreilles et confort supplémentaire pour le soliste intervenant en première partie.

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Nikolai Lugansky
DR

Après une mise en bouche beethovénienne qui n’a eu le mérite que de nous donner un avant-goût de ce qui allait nous attendre, Nikolaï Lugansky entre en jeu. Et là encore, là d’abord, l’entente entre le soliste et le chef est parfaite au niveau du style adopté. Toujours prêt à mettre en valeur les détails de l’orchestration, ici un contre-chant de violoncelles peu entendu, là un solo dans la petite harmonie, ou encore des pizzicati très en relief, Jurowski considère son pianiste comme un membre de l’orchestre. Il y prête peu d’attention et le laisse jouer un peu à sa guise, sans forcément le lâcher. L’impression recoupe encore une fois celle de Dijon, mais concernant le Concerto de violon de Brahms : absence d’échanges de regards répétitifs et insertion stylistique dans l’orchestre, encore plus évidente du fait de l’écriture même de ce Rachmaninov qui laisse souvent bavarder le pianiste en de longues guirlandes athématiques. Le plaisir d’entendre ces interprètes dans cette œuvre de jeunesse d’avant l’exil fut certainement terni par une grande majorité du public du fait que Rachmaninov dut assumer en plein vingtième siècle un romantisme tardif complètement anachronique eu égard à l’histoire de la musique. Peu importe d’ailleurs, l’essentiel étant de trouver du plaisir sonore. Mais justement, cette aura stylistique imprime une fâcheuse tendance à en rajouter dans la guimauve la plus abjecte (si elle est mal contrôlée), à grands coups de manches pianistiques ou grands coups d’archets violonistiques. Ici, on se trouvait plus près de l’atmosphère d’une cabane en bois au milieu de la steppe russe que d’un doux foyer de datcha près d’une grande ville. On appréciera ou pas, mais force est de reconnaître que l’on y gagne en clarté et que l’on se rapproche de la vision même du compositeur telle que l’on peut l’entendre dans les enregistrements qu’il nous a laissés de ses propres concertos.

Ce jeu assez sec donc, et bien en phase avec la conception actuelle de l’interprétation musicale, on le retrouvera dans lebis chronologique donné par Lugansky : la première arabesque de Debussy, publiée l’année même de la conception du Concerto n°1 de Rachmaninov, a la même couleur, déromantisée, aussi peu impressionniste que possible. Un point de vue hors habitude déconcertant mais pas inintéressant.

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- Besançon
- Théâtre Musical
- 30 septembre 2011
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Les créatures de Prométhée, ouverture en Ut majeur
- Sergei Rachmaninov (1873-1943), Concerto pour piano n°1 en fa dièse mineur Op.1
- Johannes Brahms (1833-1897), Symphonie n°4 en mi mineur Op.98
- Nikolaï Lugansky, piano
- London Philharmonic Orchestra
- Vladimir Jurowski, direction











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