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Bell, Petrenko, Oslo : la grande classe !

mercredi 21 décembre 2011 par Carlos Tinoco
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Vassily Petrenko
© Mark McNulty

Le Philharmonique d’Oslo ne jouit certes pas de la réputation de certaines autres formations européennes, mais, sous l’impulsion de Mariss Jansons, il est devenu ces dernières années un excellent orchestre. On était d’autant plus impatient de l’entendre sous la direction de son nouveau chef, Vassily Petrenko, que celui-ci a dernièrement enregistré des symphonies de Chostakovitch d’excellente facture chez Naxos, et que le programme de ce concert (concerto de Sibelius, Symphonie n°4 de Tchaïkovski) semblait propice à ce que ce mariage produise des étincelles. Quant à la présence de Joshua Bell, elle était la garantie d’entendre du beau violon, mais ne nous mettait pas plus que cela en appétit… nous avions tort !

Nous sommes d’autant plus heureux d’écrire cette critique que nous n’avons pas toujours, loin de là, été pleinement convaincu par Joshua Bell. Non pas comme violoniste, car il a toujours eu une sonorité et une technique irréprochables, mais plutôt comme musicien. Ses interprétations, sans jamais être ostentatoires ni tapageuses, nous ont paru parfois manquer de personnalité, de cette poésie qui nous les auraient rendues bouleversantes. L’ancien jeune prodige made in USA a-t-il mûri, ou notre écoute a-t-elle changé ? La noblesse et l’engagement de son jeu dans le Concerto pour violon de Sibelius (dont il avait déjà laissé un bel enregistrement avec Salonen) nous ont fait rendre les armes. À la subtilité qu’on lui connaissait déjà, Joshua Bell a ajouté une capacité à alterner les registres épiques et lyriques avec une sincérité dont on ne l’aurait pas cru capable. Il faut dire (mais c’était déjà le cas dans le disque), qu’il bénéficiait d’un accompagnement magistral. Écoute du soliste, élasticité des tempos, capacité de faire surgir une phrase de l’harmonie et à la conduire sans effets inutiles, tension, clarté du discours, Vassily Petrenko a tout. Ajoutons-y une science du crescendo qu’on n’entend pas souvent. Déjà, avant Sibelius, la pièce de Rolf Wallin, compositeur norvégien actuel, ressemblait à un morceau de bravoure. Il s’agit d’une sorte d’interminable climax dans lequel nombre de chefs sombreraient corps et biens. Certes, l’écriture assigne aux percussions un rôle de soutien prépondérant mais le risque de saturation, omniprésent, exige de celui qui dirige une maîtrise absolue de la puissance orchestrale. Sur ce qu’a montré Vassily Petrenko, on peut lui confier le Philharmonique de Saint-Pétersbourg sans crainte. Après une telle démonstration, on n’était pas très inquiet pour le concerto de Sibelius, on avait raison. Ayant respiré dans une musique irrespirable (et fort intéressante), il ne pouvait qu’y frayer un chemin d’un naturel confondant.

Avec ce qu’on vient de décrire, le lecteur au fait des difficultés de la Quatrième symphonie de Tchaïkovski aura compris que l’affaire était pliée avant même la première mesure. Quand ce compositeur est joué comme il l’a été, sa grandeur devient indiscutable. Bien sûr, on peut jouir intensément (d’autant plus que s’y mêle toujours un peu de culpabilité), d’un Tchaïkovski où l’on étire les phrases et où l’on se vautre dans chaque intention. D’autres que Mengelberg l’ont fait, avec maestria parfois, pour nos délices. Mais lorsqu’un Petrenko s’empare de la partition et en resserre les fils, tout ce qui, sinon, paraît anecdotique (quand ce n’est pas vulgaire), semble désormais le fruit d’une nécessité si profondément russe qu’on se demande comment on a osé l’interpréter autrement. Par des voies moins implacables, plus souples et plus frémissantes, mais tout aussi tendues que Mravinsky, cette quatrième était marquée par le sceau d’une évidence qu’on n’entend quasiment jamais.

Heureux Philharmonique d’Oslo, heureux Royal Philharmonic de Liverpool, qui ont su mettre la main sur un tel chef (comme le LPO a su dégoter Vladimir Jurowski) ; gageons d’avance que lorsqu’il s’agira de trouver un successeur à Youri Temirkanov, la lutte sera chaude...

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- Paris
- Salle Pleyel
- 30 novembre 2011
- Rolf Wallin (né en 1957), Act
- Jean Sibelius (1865-1957), Concerto pour violon et orchestre en ré mineur Op.47
- Piotr Ilytch Tchaïkovski (1840-1893), Symphonie n°4 en fa mineur Op.36
- Joshua Bell, violon
- Orchestre Philharmonique d’Oslo
- Vassily Petrenko, direction











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