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Beethovenfest 2010 : Concert d’ouverture par la Deutschekammerphilharmonie

mercredi 15 septembre 2010 par Richard Letawe
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Hélène Grimaud et Paavo Järvi
© Danetzki&Weidner

La Beethovenfest de Bonn prenait son envol ce vendredi avec un premier concert très attendu, celui de Paavo Järvi et de la Deutsche Kammerphilharmonie de Brême, orchestre en résidence au festival depuis 2005. Au programme, évidemment Beethoven la gloire de la ville, et aussi Schumann, dont le bicentenaire est célébré cette année, et auquel on peut malheureusement décerner le titre de mort musical le plus célèbre de Bonn.

Après presque une heure de discours officiels, celui du bourgmestre de Bonn, qui annonce son intention de « redonner vie » au projet de construction d’une nouvelle salle- serpent de mer qui a suscité beaucoup de discussions, et que nous évoquerons plus tard-, celui de la ministre-présidente du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, puis celui du Dr. José Antonio Abreu, fondateur et âme d’ « El Sistema », le programme vénézuélien d’accès à la musique pour les jeunes, et désigné parrain de cette édition de la Beethovenfest, un discours intéressant, mais qui a dû être traduit ensuite en allemand, ce qui en a du coup doublé la durée, le concert pouvait enfin commencer. Il débutait par l’ouverture Manfred de Schumann, le compositeur que Paavo Järvi a décidé d’explorer désormais avec son orchestre brêmois après le célèbre cycle Beethoven qui leur a valu tant de succès au disque et lors de multiples concerts. Une ouverture de Manfred qui met tout de suite en valeur les affinités de Paavo Järvi avec Schumann, dans lequel il a autant de choses à dire que dans Beethoven, tout comme son orchestre qui y est parfaitement à l’aise.

Paavo Järvi n’a pas oublié que cette ouverture n’est pas une pièce destinée initialement à être jouée seule en concert, mais qu’elle ouvre un drame théâtral, ce qui se ressent parfaitement bien dans son interprétation, tendue et dramatique, où l’on sent l’action prête à se dérouler, et où les personnages sont déjà presque incarnés par l’orchestre. Volontaire, effervescente- la conclusion est proche de l’ivresse- cette ouverture est déjà une magnifique leçon de direction, où le chef ne laisse rien au hasard, et a un parfait contrôle de son instrument, un orchestre qui fait preuve d’une maîtrise collective éblouissante.

Le Concerto n°5 de Beethoven est plus problématique, non par manque de qualité d’exécution, mais parce que la soliste, Hélène Grimaud, et le chef n’ont pas la même conception de l’œuvre, et appartiennent à des univers trop radicalement différents. En caricaturant, on peut dire que Hélène Grimaud joue- très bien d’ailleurs- en grande soliste romantique, et de façon très traditionnelle, alors que Paavo Järvi se montre beaucoup plus inventif, va dans le détail, et essaie de donner l’accompagnement le plus net, tendu et précis possible, ouvrant des horizons aventureux par une recherche très pertinente sur les rythmes et les phrasés, à la fois naturels et originaux, et une conduite dynamique magistrale. L’entente est donc loin d’être évidente, et on frôle parfois l’accident durant le premier mouvement entre un orchestre léger et explosif, et une pianiste qui ne semble pas accorder beaucoup d’attention à ses partenaires. Heureusement, les musiciens de la Deutsche Kammerphilharmonie sont des virtuoses extrêmement réactifs, que leur chef mène de main de maître. Il a aussi assez de tact pour ne pas provoquer l’affrontement avec la soliste, mais lui laisse la vedette et se contente assez rapidement de se caler à ses intentions. Cela donne donc un premier mouvement brillant mais un peu instable, un Adagio assez fluide, où la pianiste régale l’assistance par un toucher d’une remarquable finesse, malgré qu’il ait dû être repris presque en entier à cause du malaise d’une personne de l’auditoire, et un finale très solide, où elle fait preuve de tempérament. Reste que cette interprétation laisse l’impression d’avoir entendu un « Empereur » de plus, alors qu’Hélène Grimaud a donné un excellent enregistrement de l’œuvre, mais avec Vladimir Jurowski un chef avec lequel elle s’entendait, et que Paavo Järvi a donné au début des parties orchestrales vives et musclées, absolument pas ronflantes ou boursouflées, qui étaient extrêmement prometteuses pour la suite.

Deux heures après le début de la soirée, la pause bien méritée arrive enfin, pour laisser la place ensuite à la Symphonie n°3 de Schumann. Dire que l’interprétation de Paavo Järvi et de ses troupes a été magistrale est presque un euphémisme, tant l’inspiration fut au rendez-vous. Paavo Järvi aborde cette symphonie avec un regard neuf, sans s’embarrasser de fausse tradition, analysant la partition en profondeur, mais sans jamais adopter une attitude dogmatique ou systématique, car le geste de Paavo Järvi est toujours souple, et le résultat sonore toujours naturel. Triomphant et tonique comme de juste, le premier mouvement, est ainsi soulevé par une force motrice particulièrement impressionnante, mais garde malgré sa vivacité une clarté polyphonique parfaite, ce qui est un véritable tour de force. Järvi peut ensuite se reposer sur la virtuosité et l’attention de ses musiciens, capables de rendre le plus minime changement de rythme dans un deuxième mouvement au caractère populaire remarquablement rendu, puis dans un Nicht schnell à l’aspect assez traditionnel, mais qui se démarque pourtant par une admirable légèreté de sonorité des cordes, et par des bois lumineux, aux couleurs riches et franches. Le chef continue d’étonner avec un Feierlich âpre et mordant, d’une formidable puissance, à l’atmosphère fantastique légèrement inquiétante, très éloignée de la pompe mystique qu’on y entend souvent. Le finale est le plus beau de tous, car le chef en traduit tout le cheminement narratif, depuis le début quelque peu hésitant jusqu’à la délivrance de la triomphale conclusion. L’orchestre est fourmillant de vie, chaque mesure étant nourrie et éclairée par des pupitres déchaînés. IL y a de l’électricité dans l’air, mais aussi beaucoup de poésie, car les phrasés sont d’une souplesse constante, aucune dureté ou brusquerie ne venant banaliser le propos.

Très chaleureusement accueilli, ce concert est prolongé par un bis délicieux, le finale de la Symphonie n°1 de Beethoven, joué avec un humour et une tendresse rarement entendus. Malgré les multiples fois qu’ils ont pu jouer ce mouvement au cours des dernières années, l’habitude et l’assurance ne se sont pas transformés pour Paavo Järvi et ses troupes en routine. On sent que chaque soir ils peuvent en donner un nouvel éclairage, allant toujours un peu plus loin dans leur quête de perfection musicale.

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- Bonn
- Beethovenhalle
- 10 septembre 2010
- Robert Schumann (1810-1856), Ouverture Manfred Op.115 ; Symphonie n°3 en Mi bémol majeur Op.97
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Concerto pour piano n°5 en Mi bémol majeur Op.73
- Hélène Grimaud, piano
- Deutschekammerphilharmonie Bremen
- Paavo Järvi






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