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Beethoven et les Takacs au Théâtre de la Ville : une évidence ?

jeudi 4 février 2010 par Carlos Tinoco
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Takàcs Quartet
© Peter Smith

Dix ans après l’intégrale donnée dans ce même lieu, les Takacs revenaient au Théâtre de la Ville pour les Quatuors n°3, 8 et 12 de Beethoven. Une affiche luxueuse pour un concert qui ne nous a pas vraiment convaincu. Les qualités des Takacs ne sont plus à démontrer mais plusieurs déséquilibres les empêchent d’aller au bout de leur geste interprétatif.

On avait déjà relevé la verticalité du jeu de la formation hongroise. Mais justement, ce dernier qualificatif s’applique-t-il vraiment au Quatuor Takacs ? Il ne s’agit pas d’une question de nationalité de ses membres, mais bien d’une interrogation sur la cohérence de leur propos. Leurs interprétations, toujours attentives à la structure et à la polyphonie, sont empreintes d’une certaine rudesse qui semble bien dans la tradition magyare, et qu’on retrouve aussi bien dans les vieilles cires des Lener que chez les Hongrois ou les Vegh, aujourd’hui chez les Kodaly. Cette âpreté qui irrigue aussi l’œuvre des compositeurs hongrois et dont il faut sans doute chercher les sources dans la nécessité identitaire qui a conduit un peuple et ses créateurs à se distinguer de Vienne. Mais dans la tradition hongroise, ce caractère sauvage va de pair avec un immense lyrisme, et c’est là que l’équilibre actuel des Takacs nous paraît discutable. Edward Dusinberre, qui tient le poste de premier violon depuis 1993, est un excellent violoniste et joue parfaitement le jeu. Mais il y a une brutalité dans sa manière de faire et un manque d’abandon qui trahit une formation musicale très différente. Certes, le son est splendide, et cette formation maîtrise son sujet, livrant souvent des concerts ou des disques impressionnants, mais ce décalage empêche qu’on soit emporté.

D’autant que l’autre jour, au Théâtre de la Ville, peut-être pour des questions de réglage des instruments, les sonorités du violon de Edward Dusinberre (brillante, voire pétaradante) et de celui de Karoly Schranz (infiniment plus veloutée, voire étouffée) creusaient encore le hiatus. Et, parce que décidément ces greffes ne nous paraissent pas entièrement convaincantes, l’alto de Geraldine Walther, toujours précis, toujours vif, nous a paru aussi un peu raide.

Ajoutons à cela des dérapages dans le dernier mouvement du deuxième « Razumovsky » et un manque d’émotion dans l’adagio du Douzième quatuor Op.127, on comprendra que ce concert nous ait laissé dubitatif et frustré. Car la somme des qualités intrinsèques justifie par ailleurs l’ovation qu’ils reçoivent et oblige, par honnêteté, à reconnaître qu’un amoureux de quatuor doit aller entendre les Takacs. Peu d’ensembles ont en effet aujourd’hui cette densité et cette manière de trancher dans les partitions comme si rien ne pouvait leur résister. Remarquables, les Takacs ? Assurément. Bouleversants ? Cela reste à démontrer…

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- Paris
- Théâtre de la Ville,
- 23 janvier 2010
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Quatuor n°3 en Ré majeur Op.18 n°3 ; Quatuor n°8 en mi mineur « Razumovsky » Op.59 n°2 ; Quatuor n°12 en Mi bémol majeur Op.127
- Quatuor Takacs : Edward Dusinberre, violon I ; Karoly Schranz, violon II ; Geraldine Walther, alto ; Andras Fejer, violoncelle






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