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Béatrice Uria-Monzon dans Tosca à Avignon : une formidable prise de rôle !

lundi 11 juin 2012 par Emmanuel Andrieu
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Béatrice Uria-Monzon, Tosca
© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

Première mise en scène de Nadine Duffaut, Tosca revenait à l’affiche de l’Opéra-Théâtre d’Avignon, neuf ans après sa création in loco. Si en 2003 le rôle-titre avait permis à la grande Françoise Garner de faire ses adieux à la scène - après 40 ans d’une carrière bien remplie -, la mouture 2012 a offert à Béatrice Uria-Monzon (BUM pour les intimes et autres aficionados) une prise de rôle aussi fébrilement attendue que remarquablement réussie.

Avant de s’attarder sur le bonheur procuré par un plateau vocal en tous points enthousiasmant, un mot sur le travail de Mme Nadine Duffaut. Après avoir ouvert la saison 2011-2012 avec une Thaïs ratée, la metteure en scène française la clôt avec une Tosca sans intérêt. Car il n’y a rien à retenir de ce que l’on qualifiera plutôt de « mise en place », qui n’aurait pas déparé avec ce qu’on pouvait voir Salle Favart dans les années cinquante : une lecture sommaire, vieillotte, vide de toute direction d’acteurs, plate comme un jour sans soleil, dans des décors d’Emmanuelle Favre qu’on a connu plus inspirée. L’un et l’autre semblent avoir été contraints par l’exiguïté du plateau sans parvenir à en tirer un parti original. Un réalisme de carton-pâte, dépourvu du moindre éclat, un manque d’espace et un dénuement dont on a pas su faire le principe d’une mise en scène rigoureuse et concentrée sur l’essentiel. Passons…

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Riccardo Massi, Mario
© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

Pour sa première Tosca, la mezzo française Béatrice Uria-Monzon effectue un changement de tessiture très convaincant. Alors qu’elle ne nous avait guère enthousiasmé dans ses récentes prises de rôles à Marseille (Chimène du Cid ou Sarah dans Roberto Devereux), BUM offre en Tosca un portrait vocal riche, mêlant en un bel équilibre, souci du phrasé, legato et mezza voce, et ne sacrifiant jamais la musicalité (enfin, serait-on tenté de s‘exclamer…) aux accents qui savent se faire impérieux, autoritaires, justement dramatiques. La voix, dans ce rôle, fait valoir ses assises, son ampleur, ses couleurs. Quant à l’actrice, elle demeure hors pair, trouvant dans cette héroïne hautement dramatique un de ses meilleurs emplois.

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Riccardo Massi, Mario
© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

Le ténor italien Riccardo Massi ne connaît aucun problème en Caravadossi, avec un timbre suffisamment lyrique pour rendre justice à ses grands moments de bravoure (« Recondita armonia », « E lucevan le stelle »). La fermeté du chant et la variété du phrasé concourent à faire de ce jeune interprète un espoir du chant lyrique, mais il doit absolument travailler son jeu de scène, relativement gauche et sommaire.

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Seng Youn Ko, Scarpia
© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

Autre grand bonheur, le Scarpia du baryton coréen Seng Hyoun Ko, aussi remarquable acteur que chanteur ; quelques œillades bien ajustées, le geste coupant, la démarche volontaire suffisent à poser son personnage d’aristocrate tyrannique et sarcastique. Pervers et séducteur, ce Scarpia qui joue autant avec les nerfs de Tosca qu’avec ceux des spectateurs, emporte totalement l’adhésion. Par ailleurs, l’exacte couleur du baryton-basse, puissamment efficace dans le Te Deum, nourrit une ligne sinueuse, d’une admirable malléabilité.

Parmi les seconds rôles, il convient de souligner les fort bonnes prestations de Lionel Peintre (Sacristain), de Jean Teitgen (Angelotti) et de Spoletta (Vincent Ordonneau).

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Seng Youn Ko, Scarpia ; Riccardo Massi, Mario : Béatrice Uria-Monzon, Tosca
© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

Après avoir été directeur musical de la phalange maison de 1975 à 1981, Alain Guingal était la baguette ce soir, comme quasiment une fois par saison depuis maintenant trente ans. Attentif au moindre détail instrumental, au moindre changement d’atmosphère dans la fosse, le chef français maintient de bout en bout la cohésion et la force dramatique du discours puccinien, avec un sens admirable de l’architecture sonore. Même s’il est difficile, dans une démarche aussi cohérente, de détacher tel ou tel passage, on signalera un extraordinaire prélude de l’acte II, baigné d’une tristesse toute malhérienne.

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- Avignon
- Opéra-Théâtre
- 29 mai 2012
- Giacomo Puccini (1858-1924), Tosca, opéra en trois actes. Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica.
- Mise en scène, Nadine Duffaut ; Décors, Emmanuelle Favre ; Costumes, Gérard Audier ; Lumières, Philippe Grosperrin.
- Floria Tosca, Béatrice Uria-Monzon ; Mario Cavaradossi, Riccardo Massi ; Il Barone Scarpia, Seng Youn Ko ; Cesare Angelotti , Jean Teitgen ; Il Sagrestano, Lionel Peintre ; Spoletta, Vincent Ordonneau ; Sciarrone, Jean-Marie Delpas.
- Chœur de l’Opéra-Théâtre d’Avignon. Chef des chœurs, Aurore Marchand.
- Orchestre lyrique de région Avignon-Provence
- Alain Guingal, direction






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