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Bayreuth 2012 : Tristan und Isolde à fond de cale

dimanche 9 septembre 2012 par Gilles Charlassier
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Jukka Rasilainen, Kurwenal ; Robert Dean Smith, Tristan
© Bayreuther Festspiele, Enrico Nawrath

Créée en 2006, la mise en scène de Tristan und Isolde imaginée par Christoph Marthaler fait désormais figure de doyenne dans le répertoire du festival, reprise cette année par Anna-Sophie Mahler. Dans les décors et les costumes d’Anna Viebrock, elle témoigne, avec son goût pour un certain misérabilisme nostalgique d’une RDA d’artefact, de la marque de fabrique du tandem germanophone.

L’atmosphère marine dans laquelle baigne le drame se résume ici à un décor unique de navire dont on descend les étages au fil des actes : le pont supérieur au premier, puis une salle tapissée de jaune et de fleurs très années soixante-dix au deuxième et enfin une cale salpêtrée où gît Karéol. Pour toute sublimation, les âmes des deux amants coulent à la fin du dernier. Si les chaises volent dans l’exaspération de la promise au I, altérant pour quelques instants la pureté musicale, l’attente au II se trouve étirée à l’extrême, baignée dans une immobilité fascinatoire – celle de l’amoureuse – troublée à peine par les mouvements de gants d’Isolde en tailleur jaune. Seuls les jeux d’éclairages du plafonnier, calqués sur l’arrivée du bien-aimé et la trahison de Melot, viennent ponctuer la progression dramatique – le cache-cache avec le pan de mur latéral de la porte en fond de scène joue assez habilement avec des effets de prémonition. Le piétinement sénile de Kurwenal autour du grabat de Tristan comme la manière de reléguer les morts au pied du mur, tournant le dos à la scène comme dans une mise hors-jeu punitive, reprend les attendus du langage de Marthaler. Si l’on tient assez aisément le mode d’emploi de sa compréhension du mythe wagnérien, elle en procure autant de satisfaction esthétique et herméneutique au fond de cette cale du désespoir que n’illumine guère la rédemption amoureuse.

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Irène Theorin, Isolde
© Bayreuther Festspiele, Enrico Nawrath

Titulaire du rôle dans la production, Robert Dean Smith confère à Tristan les accents de son timbre léger et légèrement mouillé, donnant à l’arrogance initiale du personnage un zeste d’humilité. Le ténor américain trouve de manière intelligente l’endurance exigée par le troisième acte, évitant de se retrouver exsangue avant son dernier souffle, que l’on pourrait espérer plus animal – mais là n’est pas le génie de cette voix sensible. Irène Theorin affirme à ses côtés une énergie constante en Isolde, sans faiblesse aucune dans cet instrument à l’émission vaillante, à défaut d’ivresse. Michelle Breedt démontre un solide métier en Brangäne. Valeur désormais établie sur la Colline Verte, Kwangchul Youn s’empare de la blessure du roi Marke dans un monologue habité d’amertume. On admire une belle consistance vocale, aux basses présentes et nourries, même si elle n’atteint pas la plénitude des René Pape ou Franz Josef Selig. L’autorité royale n’a pas encore achevé sa mue en amour paternel dans l’incarnation du sud-coréen. Chaleureusement applaudi, Jukka Rasilainen incarne un Kurwenal à vif. Le Melot de Ralf Lukas regarde vers une rancune frustre. Lâche, il ne plante son arme que dans le dos de son adversaire – écho à Siegfried – qui se retourne pour l’y aider. Arnold Bezuyen ne dépare pas en berger, non plus que le pilote de Martin Snell ou le jeune marin Clemens Bieber.

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Robert Dean Smith, Tristan ; Irène Theorin, Isolde
© Bayreuther Festspiele, Enrico Nawrath

A la tête de l’Orchestre du festival, Peter Schneider conduit la partition sans heurt vers son climax conclusif attendu, secondé par les interventions du choeur préparées par Eberhard Friedrich.

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- Bayreuth
- Festspielhaus
- 1er août 2012
- Richard Wagner (1813-1883), Tristan und Isolde, Action en trois actes. Livret du compositeur.
- Mise en scène, Christoph Marthaler ; Reprise de la mise en scène, Anna-Sophie Mahler ; Décors et Costumes, Anna Viebrock ; Dramaturgie, Malte Ubenauf.
- Robert Dean Smith, Tristan ; Kwangchul Youn, König Marke ; Irène Theorin, Isolde ; Jukka Rasilainen, Kurwenal ; Ralf Lukas, Melot ; Michelle Breedt, Brangäne ; Arnold Bezuyen, Ein Hirt ; Martin Snell, Ein Steuermann ; Clemens Bieber, Junger Seeman.
- Chor der Bayreuther Festspiele. Chef de choeur, Eberhard Friedrich
- Orchester der Bayreuther Festspiele
- Peter Schneider, direction.











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