ClassiqueInfo.com




Bayreuth 2012 : Tannhäuser à l’alambic

samedi 6 octobre 2012 par Gilles Charlassier
JPEG - 54.8 ko
Camilla Nylund, Elisabeth
© Bayreuther Festspiele, Enrico Nawrath

On pourrait poser de manière presqu’axiomatique un rapport d’inverse proportionnalité entre l’efficacité d’une mise en scène et la logorrhée commentatrice qui l’entoure. La production de Tannhäuser commandée l’an dernier à Sebastian Baumgarten fournit en effet un exemple d’indigeste conceptualité à la limite de la caricature. Sans un décodage poussé, à l’instar du dithyrambe des Bortnichak reproduit dans le programme, il est peu probable que le spectateur puisse éprouver quelque cohérence dans le fatras qui lui est proposé. La densité des intensions herméneutiques recouvre l’intelligibilité immédiate à laquelle on reconnaît les réalisations théâtrales réussies.

Tout commence par une profanation de la magie et du mystère de Bayreuth. Point de rideau pour scander la rupture du commencement : avant tout préliminaire musical, le dispositif scénographique envahit le plateau, animé par ses figurant. Nul ne serait assez naïf pour ne pas comprendre la volonté de la régie d’immerger le public dans l’action – sans pour autant enrichir la compréhension du drame. La machinerie déployée semble avoir vocation à distiller toute matière pour la recycler en un alcool inconnu, liqueur de quelque endoctrinement scientiste si l’on en croit les élucidations livrées par la brochure de la soirée. Le Vénusberg baigne dans l’incontournable rouge péché, et se résume à une cage qui sort des tréfonds du plateau. Echappé de cet antre de perdition, le héros se frictionne les vêtements dans des ablutions compulsives pour effacer la trace du stupre. Le vestiaire de cuissardes fait ressembler les chanteurs à des égoutiers. Ne reconnaissant pas son aimé dans les pèlerins de retour de Rome, de désespoir, Elisabeth se jette dans une citerne à gaz, Auschwitz de parodie pour son sacrifice d’amour qui avait suscité des remous parmi l’assistance l’année précédente – signe que le transit de l’héritage nazi n’a pas encore atteint sa fluidité de croisière. En guise de conclusion et de rachat ultime, Vénus met au monde un bébé – celui de Tannhäuser probablement – espoir d’une Allemagne en crise démographique. Des projections vidéographiques ponctuent la soirée, relevant souvent d’imagerie médicales, stigmates du voyeurisme thérapeutique de nos sociétés contemporaines, alternant avec quelque Madone, double de la pieuse Elisabeth.

JPEG - 96.5 ko
Michelle Breedt, Venus ; Torsten Kerl, Tannhäuser
© Bayreuther Festspiele, Enrico Nawrath

D’une incontestable vigueur, Torsten Kerl campe un Tannhäuser passablement tortueux – presqu’autant que l’interprétation dramaturgique de Sebastian Baumgarten – à la ligne tourmentée, ornée d’effort audible dans son récit au troisième acte. Michael Nagy se révèle méritant en Wolfram, nonobstant une certaine pâleur vocale, rachetée par une implication poétique sensible dans la « Romance à l’étoile ». Gunther Groissböck assoie son autorité en landgrave. Les concurrents d’Heinrich font souvent bonne figure, tels le Walther caractérisé de Lothar Odinius, Biterolf auquel Thomas Jesatko confère une indéniable présence ou Arnold Bezuyer en Heinrich der Schreiber, sans oublier le plus anecdotique Reinmar dévolu à Martin Snell. L’Elisabeth de Camilla Nylund se distingue par sa fraîcheur touchante, tandis que Michelle Breedt contient Vénus dans les limites d’une émission saine, à défaut d’une incarnation mémorable. Katja Stuber apporte une modeste touche d’innocence au jeune pâtre. Mentionnons enfin les quatre enfants nobles, complétant le tableau d’honnête façon.

JPEG - 99.8 ko
Torsten Kerl, Tannhäuser ; Michael Nagy, Wolfram von Eschenbach
© Bayreuther Festspiele, Enrico Nawrath

Moins inspiré que par le Vaisseau fantôme, Christian Thielemann reprend les rênes du travail musicologique réalisé par Thomas Hengelbrock – permettant entre autres d’entendre la version de Dresde de l’ouverture. L’Orchestre du festival déploie des sonorités solides, mais à la poésie circonscrite par la battue traditionnelle du chef allemand. Essentiellement efficaces, les choeurs préparés par Eberhardt Friedrich, ne peuvent habiter une scène aussi indifférente aux codifications rituelles de la musique.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Bayreuth
- Festspielhaus
- 03 août 2012
- Richard Wagner (1813-1883), Tannhäuser und der Sängerkrieg auf Wartburg, Grand opéra romantique en trois actes. Livret du compositeur.
- Mise en scène, Sebastian Baumgarten ; Décors, Joep van Lieshout ; Costumes, Nina von Mechow ; Lumières, Franck Evin ; Vidéo, Christophe Kondek ; Dramaturgie, Carl Hegemann.
- Günther Groissböck, Hermann, Landgraf von Thüringen ; Torsten Kerl, Tannhäuser ; Michael Nagy, Wolfram von Eschenbach ; Lothar Odinius, Walther von der Vogelweide ; Thomas Jesatko, Biterolf ; Arnold Bezuyen, Heinrich der Schreiber ; Martin Snell, Reinmar von Zweter ; Camilla Nylund, Elisabeth, Nichte des Landgrafen ; Michelle Breedt, Venus ; Katja Stuber, Ein junger Hirt ; Johanna Dur/Stephanie Hanf/Saskia Kreuser/Kirsten Obelgönner, Vier Edelknaben.
- Chor der Bayreuther Festspiele. Chef de choeur, Eberhard Friedrich
- Orchester der Bayreuther Festspiele
- Christian Thielemann, direction






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 812897

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License