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Bayreuth 2010 : reprise du Parsifal mis en scène par Stefan Herheim

samedi 4 septembre 2010 par Karine Boulanger
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Susan Maclean (Kundry)
© Bayreuther Festspiele, Enrico Nawrath

Trois ans après sa création au Festival de Bayreuth, la production orchestrée par le metteur en scène norvégien Stefan Herheim n’a rien perdu de son pouvoir de fascination, la transposition réalisée si intelligemment qu’elle suscite toujours réflexions, débats, lectures et relectures variées et multiples. On admire autant la pertinence des images proposées que la réalisation matérielle d’une rare ingéniosité, employant toutes les possibilités du plateau, sans jamais céder à la gratuité du geste ou de l’effet.

Musicalement, la représentation confirme en grande partie les impressions de l’année précédente. Dirigé de main de maître par Daniele Gatti, l’ensemble se hisse à de nouveaux sommets avec la présence d’une nouvelle interprète dans le rôle de Kundry, Susan Maclean, dotée d’une voix de mezzo plutôt grave, assez homogène, capable de négocier relativement aisément les aigus très tendus du second acte et dessinant un personnage très complet, à la fois séducteur, maternel, désespéré et haineux. L’actrice est aussi très expressive et s’intègre avec bonheur dans la production. Susan Maclean possède son rôle parfaitement et on ne peut qu’admirer la pertinence du ton impérieux employé au premier acte lorsqu’elle apporte le baume (« Nicht Dank ! Fort, fort ! Ins Bad ! », acte I), le personnage est sans cesse à la limite de la schizophrénie, tour à tour provocatrice malgré elle, puis abattue et torturée lors de l’affrontement avec les écuyers, ses réponses étant soutenues par les phrases lyriques et suggestives des violoncelles. La brutalité de Kundry est exposée lors de l’annonce de la mort de la mère de Parsifal (« Den Vaterlosen gebar die Mutter, als im Kampf erschlagen Gamuret », acte I), suivie peu après par l’épuisement poignant sur « Nur Ruhe ». Le deuxième acte est magistralement assuré depuis la colère du réveil face à Klingsor (« Haha ! Bist du keusch ? »), jusqu’à la malédiction impressionnante de la fin de l’acte proférée aux limites des possibilités de la voix. L’interprète gagnerait peut-être à appuyer la diction qui rendrait son incarnation encore plus mémorable. Le duo avec le Parsifal de Christopher Ventris est extraordinaire de tension, dès l’émerveillement de Parsifal face à la Kundry doucement séduisante des premiers appels (« Parsifal ! », acte II), puis majestueuse dans « Fern, fern, ist meine Heimat ». Daniele Gatti utilise pleinement l’effet dramatique du rallentendo sur le baiser, avant le cri de Parsifal (« Amfortas ! ») et la douleur exprimée par Christopher Ventris dans la suite du récit (« die Wunde ! Sie brennt in meinem Herzen ») porté par un orchestre survolté, culminant sur le « Qual der Liebe ! ». Le ténor américain est poignant dans ses implorations (« Erlöse, rette mich auf schuldbefleckten Händen ! »), concluant son monologue par une prière à l’ampleur dramatique (« Erlöser ! Heiland ! Herr der Huld ! »). La colère terrible de Kundry (« Grausamer ! ») trouve un contrepoint dans la fébrilité de l’orchestre (les cordes sur « Ich sah Ihn »).

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Kwangchul Youn (Gurnemanz), Christopher Ventris (Parsifal) et Susan Maclean (Kundry)
© Bayreuther Festspiele, Enrico Nawrath

Ventris, dans une forme éblouissante impressionne de bout en bout, capable de suggérer l’insouciance, la jeunesse et l’enthousiasme du personnage à son entrée (« Gewiß ! Im Fluge treff’ ich, was fliegt ! », acte I), mais aussi les regrets du troisième acte (récit de l’errance du personnage). La scène du baptême de Kundry est grandiose, le chanteur suggérant magnifiquement l’émerveillement et l’étonnement devant la nature (« Wie dünkt mich doch die Aue heut so schön ! »), ainsi que la douceur envers Kundry sur « Du weinest ». Kwangchul Youn se révèle être un superbe Gurnemanz. La voix est magnifique, le chanteur possède l’immense autorité nécessaire au rôle, une diction éloquente qui permet d’exprimer toute la colère de Gurnemanz face à Kundry (« Wo schweiftest damals du umher, als unser Herr den Speer verlor ? », acte I), et un grand sens des nuances (désespoir presque murmuré sur « Das ist ein andres : jedem ist’s verwehrt », acte I). Le troisième acte est marqué par la sévérité du personnage, mais aussi la déférence (« O Herr war es ein Fluch, der dich vom rechtem Pfad vertrieb »), la luminosité et la douceur sur les mesures précédant le baptême. Le reste de la distribution, pourtant soignée, se révèle être un cran en dessous, avec un Amfortas (Detlef Roth) torturé, sans cesse ravagé par la colère. La voix du chanteur est relativement claire et mise en difficulté sur les notes les plus graves, avare de couleurs et de nuances ; l’interprète n’hésite d’ailleurs pas à recourir aux cris à des fins expressives (fin de l’acte III). Thomas Jesatko est un Klingsor sardonique, remarquable acteur, mais faisant un peu trop appel au Sprechgesang. Les petits rôles sont dans l’ensemble excellents et les chœurs admirables d’ensemble et de nuance.

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Parsifal, acte I
© Bayreuther Festspiele, Enrico Nawrath

La direction de Daniele Gatti, après une très belle ouverture, est caractérisée par des tempi assez allants, une volonté d’alléger les moments les plus pesants (cérémonial de l’acte I) qui comporte le risque de perdre la solennité de la partition (acte I). L’acte II est meilleur, l’ensemble plus animé (ouverture et première partie de l’acte) avant un duo incandescent, tendu, emporté et dramatique. Le troisième acte III est le plus réussi, avec une ouverture étouffante et un magnifique enchantement du vendredi saint. L’ensemble se révèle d’une beauté à couper le souffle. Une grande production et une très belle réussite musicale dont on espère qu’elle sera immortalisée par une captation en DVD.

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- Bayreuth
- Festspielhaus
- 07 août 2010
- Richard Wagner (1813-1883), Parsifal festival scénique sacré en trois actes
- Mise en scène, Stefan Herheim ; décors, Heike Scheele ; costumes, Gesine Völlm ; lumières, Ulrich Niepel ; vidéo, Momme Hinrichs, Torge Moller ; dramaturgie, Alexander Meier-Dörzenbach
- Amfortas, Detlef Roth ; Titurel, Diogenes Randes ; Gurnemanz, Kwangchul Youn ; Parsifal, Christopher Ventris ; Klingsor, Thomas Jesatko ; Kundry, Susan Maclean ; chevaliers du graal, Arnold Bezuyen, Friedemann Röhlig ; écuyers, Julia Borchert, Ulrike Helzel, Clemens Bieber, Willem Van der Heyden ; filles fleurs, Julia Borchert, Martina Rüping, Carola Guber, Christiane Kohl, Jutta Maria Böhnert, Ulrike Helzel ; voix du ciel, Simone Schröder
- Chor der Bayreuther Festspiele. Chef de choeur, Eberhard Friedrich
- Orchester der Bayreuther Festspiele
- Daniele Gatti, direction






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