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Bayreuth 2009 : Tristan und Isolde

dimanche 13 septembre 2009 par Karine Boulanger
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Irène Theorin
DR

La production de Christoph Marthaler, créée en 2005, a fait l’objet d’une projection publique en direct cette année le 9 août dernier, ce qui laisse présager qu’elle sera sans doute bientôt disponible en dvd, comme ce fut le cas pour les Meistersinger l’année dernière.

L’ensemble, confié à une équipe bien rodée (dont Anna Viebrock pour les décors et costumes), reprend des constantes du style de Christoph Marthaler avec un plateau dépouillé, des décors minimalistes et un encrage très défini dans le XXe siècle. Il faut bien avouer que la production ne présente pas de caractère exceptionnel, alors que l’exécution musicale qui n’est pourtant pas sans défauts, est plus intéressante.

La distribution est assez inégale. Robert Dean Smith, habitué depuis de longues années du Festival de Bayreuth (Walther, Lohengrin, Siegmund, puis Tristan depuis 2005), a gardé une voix lyrique au timbre clair, légèrement alourdie par la fréquentation de rôles plus exposés. Le chanteur réussit à chanter le rôle sans jamais forcer ses moyens, y compris dans l’acte III, négociant avec élégance les passages les plus exposés (« Isolde kommt ! », puis « Sehnen ! Sehnen ! Im Sterben mich zu sehnen », acte III). Il se confirme comme un interprète exceptionnel, très lyrique, musical, privilégiant la poésie (« Und drauf Isolde », acte III). Le couple formé avec l’Isolde d’Irène Theorin est cependant légèrement déséquilibré, la soprano disposant de moyens exceptionnels et faisant reposer l’essentiel de son incarnation sur l’aspect uniquement vocal du rôle. La voix est ample, aux aigus brillants, mais entachée d’un vibrato qui peut passer dans l’espace du théâtre et dans les forte, mais devient vite notable dans les séquences piano, requérant moins de puissance. Irène Theorin campe une Isolde impérieuse à l’acte I, un peu décalée, semblant contempler le drame en spectatrice désabusée, en accord avec la mise en scène de Christoph Marthaler. La chanteuse est particulièrement attentive aux nuances, n’hésitant jamais à chanter pianissimo, mais la diction reste floue contrairement à celle de Robert Dean Smith. Fatiguée à l’acte III, avec des aigus stridents lors de son arrivée (« Ich bin’s, ich bin’s », acte III), Irène Theorin réussit tout de même une très belle Liebestod, conclue par un fa dièse tenu pianissimo, presque fondu dans l’orchestre.

Michèle Breedt ne semble savoir que faire de Brangäne, présentée comme une nourrice aigrie par le metteur en scène. La voix est insuffisante par rapport aux exigences du rôle, courte d’aigus, courte de graves, courte de souffle. Elle apparaît pourtant comme transfigurée pour les quelques phrases de l’acte III, la voix semblant avoir d’un coup retrouvé rondeur et velouté.

Débraillé, vulgaire, au phrasé haché et sans grâce à l’acte I, le Kurwenal de Jukka Raisilainen, se distingue à l’acte III par une grande implication dans le drame. Le phrasé (« Erwachte er », entrée de Kurwenal, acte III) retrouve même un certain lyrisme et atténue la mauvaise impression du début. Robert Holl campe un très beau roi Marke, à l’expression peut-être un peu trop générique. Les moyens vocaux sont pourtant impressionnants et le timbre superbe. Les seconds rôles étaient dans l’ensemble très bien tenus et les chœurs sans reproches.

La direction de Peter Schneider se distingue par des tempi vifs, au risque parfois de déstabiliser quelques chanteurs et musiciens (débuts de Brangäne à l’acte I, fin un peu brouillonne du même acte). Le chef est comme à son habitude très attentif aux chanteurs et réussit un troisième acte particulièrement tendu et dramatique, après un deuxième acte manquant d’emportement et de variété.

La mise en scène de Christoph Marthaler repose sur la distanciation, l’ironie d’Isolde qui préfère envisager l’ensemble du drame sous l’angle de la dérision plutôt que d’être anéantie. La production se distingue par une direction d’acteur pertinente, mais ne fonctionne réellement qu’au premier acte. La scène du philtre, par exemple, est prise à contre pied : rien ne se passe sur scène, Tristan et Isolde attendent en finissant par réaliser qu’il ne se passera rien, mais qu’ils se sont déjà tout dit. Il n’y a donc plus de dissimulation possible. La fin de l’acte se déroule dans une certaine exaltation, les deux héros découvrant qu’ils peuvent enfin être sincères. Chaque acte se déroule à une époque différente du XXe siècle avec l’accentuation d’une thématique de la lumière, à travers des néons symbolisant le ciel étoilé du premier acte, puis le pouvoir de Marke, le jour interminable et oppressant de l’acte II, et enfin, la vie qui s’éteint ou renaît inexplicablement à l’acte III. Malheureusement, l’ensemble ne convainc guère, la réalisation provoquant parfois les ricanements des spectateurs.

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- Bayreuth
- Festspielhaus
- 13 août 2009
- Richard Wagner (1813-1883) – Tristan und Isolde, opéra en 3 actes
- Mise en scène, Christoph Marthaler ; décors et costumes, Anna Viebrock ; lumières, Ulrich Niepel
- Tristan, Robert Dean Smith ; le roi Marke, Robert Holl ; Isolde, Irène Theorin ; Kurwenal, Jukka Raisilainen ; Melot, Ralf Lukas ; Brangäne, Michelle Breedt ; un marin, Clemens Bieber ; un berger, Arnold Bezuyen ; un pilote, Martin Snell
- Chor der bayreuther Festspiele. Chef des chœurs, Eberhard Friedrich
- Orchester der Bayreuther Festspiele
- Peter Schneider, direction











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