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Bayreuth 2009 : Siegfried

mercredi 26 août 2009 par Richard Letawe
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Albert Dohmen
DR

Dure soirée à Bayreuth avec ce Siegfried. On le sait, la mise en scène de Tankred Dorst n’est guère intéressante, et il fait encore pire ici ; mais en plus, le niveau musical de cette deuxième journée de la Tétralogie est franchement décevant par rapport aux premiers volets.

Christian Thielemann semble avoir aujourd’hui perdu le feu sacré. Sa direction est lourde et bruyante, manque de poésie, de fermeté et de raffinement. L’articulation est assez lâche, l’orchestre si brillant les deux premiers soirs est plus indiscipliné, et commet quelques accidents, rares, mais notables.

La distribution ne brille pas par son homogénéité. Au dessus de tout soupçon bien sûr, le Wanderer d’Albert Dohmen, qui confirme sa forme ascendante, réalisant des prodiges d’éloquence, de clarté dans la diction, de mordant et de puissance dans le chant. L’Alberich d’Andrew Shore est également parfaitement à l’aise, autant que dans le Rheingold, de même que l’Erda poignante de Christa Mayer, qui rien que pour le fait d’oser porter son costume, une robe moulante noire avec cagoule, sur laquelle sont fixés des ressorts métalliques, mérite amplement les applaudissements du public. Ain Anger est aussi un excellent Fafner, aux graves profonds, et au chant d’une probité parfaite. Ce qui n’est pas le cas de l’oiseau de Christiane Kohl, qui a des problèmes de justesse dans les aigus, et chante sans charme particulier.

Les premiers rôles sont décevants, à commencer par le Mime de Wolfgang Schmidt, qui ne tient pas ses promesses. Son chant est sonore, mais dur et peu nuancé, il a tendance à crier ses aigus, et se révèle vite fatigant. Le constat est à peu de choses près le même dans le cas du Siegfried braillard de Christian Franz, endurant certes, mais métallique, décousu, trompétant, incapable d’alléger la ligne au deuxième acte. A deux, les ténors rendent l’acte I éprouvant, et la suite ne s’élèvera jamais à des niveaux notables de beau chant et d’inspiration. Ce Siegfried prosaïque rend finalement la Brünnhilde de Linda Watson très acceptable, car elle tente au moins de donner du relief à son interprétation, en soignant son chat et en évitant rudesses et approximations.

Scéniquement, on pensait avoir touché le fond au cours du dernier acte de La Walkyrie. Pourtant, le premier acte de ce soir creuse encore un peu plus profondément. Tankred Dorst situe la scène dans une classe de sciences naturelles désaffectée, ce qui n’est pas une mauvaise idée en soi, à condition d’en faire quelque chose. Que l’action est mal dirigée, sans aucun dynamisme théâtral, avec des gags pas drôles et mal réalisés, et des invraisemblances flagrantes, dont la principale est bien la refonte de Nothung, dont Siegfried, qui semble avoir aussi hérité du t-shirt de son papa, mais sans qu’on l’ait jamais lavé depuis, passe les débris dans un hachoir à viande pour en faire da la limaille. Cette limaille est versée dans un fût métallique, et quelques coups de baguette magique plus tard, l’épée du héros en ressort flambant neuve ! C’était bien la peine d’avoir un Nibelung avec soi, si c’était pour réaliser un tel défi aux lois de la sidérurgie…

Au deuxième acte, une autoroute en construction est enchevêtrée parmi les arbres. L’acte est plus regardable, car il ne contient pas d’extravagances manifestes, mais l’épisode du combat entre Siegfried et Fafner est d’une platitude attristante. Au III, on retrouve la carrière et la fameuse palette, sur laquelle est toujours couchée Brünnhilde, qui a changé de vêtements pendant son sommeil- un grand manteau rouge a remplacé l’ensemble tarabiscoté de la première journée, et dont les cheveux ont poussé blond. Quelle vue ! Et quel réveil ! Siegfried l’aperçoit de loin, il aurait un petit mètre de falaise à dévaler, ce qui lui donnerait un peu de prestance, mais courageux mais pas téméraire, notre héros préfère faire un détour moins difficile, et passer par l’entrée de service. Et quand il s’en approche et la réveille, on dirait qu’il est venu administrer les saints sacrements à une mourante, ils lui donnent une pomme, qu’elle laisse tomber négligemment, puis ils tournent autour de la carrière comme des prisonniers à la promenade. Une scène aussi insignifiante, aussi pauvre en poésie, en passion, sur une musique pareille, on en pleurerait !

Rheingold et Walküre n’étaient pas irréprochables, mais ils contenaient assez d’éléments intéressants pour compenser les errements d’une mise en scène qui n’était elle-même pas aussi désastreuse. A part pour avoir eu le plaisir de saluer une dernière fois Albert Dohmen, on n’aurait jamais pensé sortir aussi déçu de ce Siegfried.

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- Bayreuth
- Festspielhaus
- 10 août 2009
- Richard Wagner (1813-1883), Siegfried. Deuxième journée du festival scénique „L’anneau du Nibelung“
- Mise en scène, Tancred Dorst ; Décors, Frank Philipp Schlosmann ; Costumes, Bernd Ernst Skodzig
- Siegfried, Christian Franz ; Brünnhilde, Linda Watson ; Der Wanderer, Albert Dohmen ; Erda, Christa Mayer ; Fafner, Ain Anger ; Mime, Wolfgang Schmidt ; Alberich, Andrew Shore ; Waldvogel, Christiane Kohl ; - Orchester der Bayreuther Festspiele
- Christian Thielemann, direction











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