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Bayreuth 2009 : Die Walküre

jeudi 20 août 2009 par Richard Letawe
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Kwangchul Youn
DR

Au lendemain d’un Rheingold très prometteur, la Walkyrie de ce soir était en cran en dessous du point de vue scénique, mais restait d’un niveau musical superlatif.

La mise en scène de Tankred Dorst ne fait décidément pas grande impression : toujours cette mollesse récurrente, ce manque de poésie et ces costumes absurdes. Ainsi, le premier acte se déroule nonchalamment dans un intérieur bourgeois [1], au point que s’il n’était vêtu de l’obligatoire t-shirt crasseux, on pourrait croire que Siegmund est venu prendre le thé chez ses voisins. Le deux Wälsungen se comportent comme… frère et sœur…, et la présence de cinq suivant de Hunding, déposant leurs masques de loup puis s’asseyant sagement contre le mur du fond n’apporte rien à la scène. Le deuxième acte a lieu dans un parc où sont entassées quelques statues en mauvais état, Wotan se tenant sur la tête de l’une d’elles. Là encore, on ne peut pas dire que la direction d’acteurs brille par son efficacité, en particulier le combat entre Siegmund et Hunding, d’une tiédeur bien peu crédible. On se doit aussi d’évoquer les costumes, loufoques dans le chef des dieux, et en particulier celui de Brünnhilde, rouge vif, comme ses cheveux, fait d’une lourde étoffe qui forme un ensemble mi religieux mi science fiction grandiloquent et inconfortable, au point qu’on ne voit plus que ce douteux uniforme dès que la Walkyrie pointe le bout de sa lance. Toutes vêtues de rouge elles aussi, la réunion de ses sœurs ne fait pas penser à la chevauchée des Walkyries, mais à un conclave. Quant à la scène finale, il faut le voir pour le croire : au milieu d’une carrière de pierres, un petit tas de pavés sur lequel est déposée une palette de bois. C’est sur cette palette que va s’allonger Brünnhilde, avec moult précautions car la manœuvre semble périlleuse pour la chanteuse, pendant que Wotan en tapotant sur le sol avec sa lance allume un brasier qui a un aspect aussi terrifiant et spectaculaire qu’une taque de cuisson à induction. Il est difficile de s’empêcher de ricaner à la vue d’une scène aussi burlesque, et au rythme où va cette Tétralogie, il va bientôt falloir inventer de nouveaux synonymes au mot ridicule.

Heureusement, le niveau musical de la soirée ne pâtit pas de cette indigence scénique, on sort même très enthousiasmé d’un premier acte enflammé, qui restera dans les mémoires comme un des moments forts de ce Ring. Christian Thielemann d’abord dirige avec beaucoup de vivacité et d’intensité, tenant fermement les rênes de son orchestre incandescent, ne laissant jamais retomber la tension, et déployant dans les passages entre Siegmund et Sieglinde une sensualité formidable. Ensuite, le trio de chanteurs s’engage à fond ; Hendrik Wottrich, même s’il n’a pas la voix idéale pour Siegmund, trop sombre, les aigus manquant d’éclat, réalise tout de même une bonne prestation, compensant ses limites vocales et son engorgement par sa passion et son héroïsme. Chantant juste, fermement et avec cœur, il ne mérite pas les quelques huées qui l’accueillent lors des saluts. Toujours merveilleusement bien chantant, Kwangchul Youn est aussi beau en Hunding qu’en Fasolt la veille. Cependant, ses manières vocales très châtiées, et surtout un léger manque de noirceur dans les graves rendent son personnage un tout petit peu moins crédible, pas tout à fait assez menaçant et féroce. Enfin, Eva-Maria Westbroek, d’une beauté vocale renversante, est une Sieglinde idéale, traduisant avec une palette émotionnelle d’une rare étendue tous les affres de son personnage.

Christian Thielemann dirige les autres actes avec autant de maîtrise et de rayonnement, et le plateau vocal, s’il est un peu moins cohérent, contient quand même quelques pépites très appréciables. D’abord, Albert Dohmen est encore plus en voix qu’hier ; l’émission est plus aisée et plus claire, le legato plus souple, et avec une diction toujours très incisive, sa puissance vocale et son engagement, il est un Wotan très en vue, malgré une relative apathie scénique. La Fricka de Michelle Breedt reste une valeur sûre, le chant toujours élégant et assuré, l’interprétation toujours très noble, elle dialogue avec Wotan avec conviction, sans aigreurs.

Les Walkyries sont dans l’ensemble excellentes, et le trio du premier acte continue sur sa lancée. Dans ce contexte glorieux, la Brünnhilde de Linda Watson peine un peu. Le timbre n’a aucune séduction, la voix est puissante mais bouge beaucoup dans les aigus, la ligne de chant est assez raide. Pour autant, il ne faut pas négliger ses mérites, elle assume sans connaître d’accident, et fait preuve d’une certaine vaillance vocale, et si l’oreille n’est pas séduite, on s’habitue rapidement à cette voix sans charme. Scéniquement, elle n’est pas très convaincante, mais est-elle convaincue elle-même, et est-elle dirigée ? Obliger cette femme assez forte à rester engoncée dans cette tenue empesée et saugrenue est inepte, surtout quand on sait la chaleur qui peut régner dans le Festspielhaus, et justifie une large part de sa placidité.

Quand on sourit pendant la dernière scène de Die Walküre, plutôt que d’en apprécier la musique, c’est qu’il y a un problème avec la mise en scène. Celle-ci nous prive d’une soirée inoubliable, car pour le reste, il n’y avait vraiment pas beaucoup à regretter de cette Walkyrie au niveau musical formidable.

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- Bayreuth
- Festspielhaus
- 08 août 2009
- Richard Wagner (1813-1883), Die Walküre. Première journée du festival scénique „L’anneau du Nibelung“
- Mise en scène, Tankred Dorst ; Décors, Frank Philipp Schlosmann ; Costumes, Bernd Ernst Skodzig
- Wotan, Albert Dohmen ; Siegmund, Hendrik Wottrich ; Hunding, Kwangchul Youn ; Sieglinde, Eva-Maria Westbroek ; Fricka, Michelle Breedt ; Brünnhilde, Linda Watson ; Gerhilde, Sonja Mühleck ; Ortlinde, Anna Gabler ; Waltraute, Martina Dike ; Schwertleite, Simone Schröder ; Helmwige, Edith Haller ; Siegrune, Wilke te Brummelstroete ; Grimgerde, Annette Küttenbaum ; Rossweisse, Alexandra Petersamer
- Orchester der Bayreuther Festspiele
- Christian Thielemann, direction

[1] à peine troublé par un poteau électrique écroulé, dans lequel est fichée Nothung











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