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Bayreuth 2009 : Die Meistersinger von Nürnberg

mercredi 16 septembre 2009 par Karine Boulanger
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Klaus Florian Vogt
DR

Il est parfois des impressions trompeuses, et il vaut mieux voir sur scène la production de Katharina Wagner plutôt que de se fier au dvd, trop réducteur, la caméra privilégiant certains angles, certains éléments, le montage suggérant des enchaînements qui nuisent à la lisibilité de la mise en scène. L’ensemble ne suscite plus guère de scandale par rapports aux premières représentations, et les huées mêlées aux bravos qui ont accueilli aux saluts l’arrivée sur scène de la fille de Wolfgang Wagner ne sont plus que de pure forme.

L’ensemble est très cohérent, stigmatisant les thuriféraires de la tradition, qu’elle soit littéraire, musicale, scénique ou plastique, enfermant l’art dans des canons sans cesse reproduits dans les conservatoires ou les écoles d’art et détruisant les personnalités des élèves, leur originalité, pour les faire entrer dans le moule de l’artiste parfait. Le traitement du premier acte est à cet égard plus pertinent, Walther n’étant au fond qu’un étudiant gentiment provocateur, sachant exactement comment agacer les professeurs dont l’érudition semble se mesurer à la pile de classiques qu’ils caressent jalousement, soigneusement ordonnée devant eux. Dans ce contexte, Beckmesser est un professeur de province tiré à quatre épingles, méticuleux, aigri et vipérin, tandis que Sachs ne se démarque en réalité des autres maîtres que par son attitude. La vision de Katharina Wagner est finalement assez pessimiste, ou tout simplement réaliste : Walther, après le chaos de la nuit de la saint Jean, efface lui même certaines de ses œuvres, et finit par rentrer dans le rang, devenant un artiste consensuel et traditionnel modèle. Eva, un instant entraînée dans la voie de la rébellion, doit faire rapidement volte face : elle ne sera que la femme de Walther, une épouse et une mère parfaite comme le suggère le traitement du quintette à l’acte III (« Selig wie die Sonne ») où les couples prennent la pose avec leur future progéniture, bien nets dans leurs cadres photographiques. Sachs, en voulant canaliser Walther, ne fera que révéler son propre conformisme et ce sera Beckmesser qui connaîtra finalement l’évolution la plus radicale en choisissant sciemment la provocation pure et simple lors du concours.

Cette vision intéressante n’est pourtant pas sans faiblesses, en particulier au début de l’acte II, lorsqu’aucun des protagonistes ne regarde son interlocuteur (scènes d’Eva et Pogner, d’Eva et Sachs, puis d’Eva et Magdalene), ou encore lors de la Festwiese, vaste délire qui finit tout de même par démontrer que ses instigateurs (un pauvre metteur en scène et un malheureux chef d’orchestre) finiront par être évacués manu militari, pour la plus grande satisfaction de la bonne société de Nuremberg. Le pessimisme n’empêche pas le comique, et certains traits provoquent l’hilarité du public comme la fureur de Walther à son entrée à l’acte II, en décalage avec la musique jubilatoire des retrouvailles avec Eva, l’agacement de Kothner à l’acte I, ou encore la prestation si « attendue » de Walther au concours.
La distribution a été en partie renouvelée, ce qui a permis de rehausser le niveau musical. Klaus Florian Vogt est un Walther à la voix très claire, parfois presque blanche et avare de couleurs, chantant régulièrement un peu bas. Le chanteur convainc tout de même dans ce contexte, le timbre évoquant la jeunesse et l’inexpérience de l’artiste. La voix possède l’éclat requis pour venir à bout des airs, même si l’on sent parfois l’interprète poussé dans ses derniers retranchements (concours de l’acte III).

Alan Titus possède l’autorité naturelle nécessaire au rôle de Sachs. Le timbre est magnifique, le rôle superbement chanté, malgré une légère fatigue à l’acte III, et l’acteur particulièrement convaincant dans les passages comiques, avec une complicité idéale avec le Beckmesser de Adrian Eröd. L’introspection lui fait cependant défaut et les deux airs de l’acte I et de l’acte II n’émeuvent guère. Adrian Eröd est un Beckmesser parfait, la voix possédant des aigus faciles (il chanta d’ailleurs Loge dans le Rheingold à l’Opéra de Vienne en juin 2009). Le personnage est parfaitement campé, avec sa méchanceté, son aigreur, son orgueil et sa suffisance, mais aussi une certaine fragilité (« Sachs ! Seht, ihr bringt mich um ! », acte II, presque atone lorsqu’il se rend compte du fiasco de sa sérénade) en accord avec la mise en scène de Katharina Wagner.

Norbert Ernst est un excellent David, caractérisant parfaitement le jeune homme désireux de bien faire, la voix se pliant sans effort aux exigences du rôle. L’Eva de Michaela Kaune est dans l’ensemble bien insuffisante, la voix trop mure, pouvant parfois presque passer pour Magdalene, parlant parfois presque dès le bas médium et aux aigus trémulants. Le personnage dessiné par la chanteuse ne possède malheureusement ni jeunesse, ni charme, ni caractère.

Artur Korn est un Pogner peu paternel (échanges très froids avec sa fille à l’acte II), cherchant dans le futur mariage de sa fille, arrangé en partie par ses soins, à asseoir sa réputation de grand bourgeois « protecteur des arts », le reste de la distribution est sans reproches. Les chœurs, quant à eux, sont excellents.

La direction d’orchestre de Sebastian Weigle se distingue par des tempi mesurés, une raideur ainsi qu’une certaine lourdeur, plombant le spectacle dès l’ouverture. La fin du second acte en pâtit d’autant plus que la fugue, l’effervescence de la scène et la production très animée de Katharina Wagner gagneraient à une exécution plus brillante et moins compassée. De même, tout le talent des interprètes des rôles de Sachs et Beckmesser suffit à peine à insuffler de l’esprit et du mordant à leurs échanges. En outre, l’ensemble frise parfois l’accident (décalage entre l’orchestre et les chœurs lors de la Festwiese).

Un spectacle scéniquement cohérent et assez séduisant, servi dans l’ensemble par une distribution à la hauteur de l’œuvre, même s’il détourne quelque peu le propos initial des Meistersinger.

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- Bayreuth
- Festspielhaus
- 14 août 2009
- Richard Wagner (1813-1883)
–Die Meistersinger von Nürnberg, opéra en 3 actes
- Mise en scène, Katharina Weigle ; décors, Tilo Steffens ; costumes, Michaela Barth et Tilo Steffens ; lumières, Andreas Grüter
- Hans Sachs, Alan Titus ; Veit Pogner, Artur Korn ; Kunz Vogelgesang, Charles Reid ; Konrad Nachtigall, Rainer Zaun ; Sixtus Beckmesser, Adrian Eröd ; Fritz Kothner, Markus Eiche ; Balthazar Zorn, Edward Randall ; Ulrich Eisslinger, Timothy Oliver ; Augustin Moser, Florian Hoffmann ; Hermann Ortel, Martin Snell ; Hans Schwarz, Mario Klein ; Hans Foltz, Diogenes Randes ; Walther von Stolzing, Klaus Florian Vogt ; David, Norbert Ernst ; Eva, Michaela Kaune ; Magdalene, Carola Guber ; le veilleur de nuit, Friedemann Röhlig
- Chor der bayreuther Festspiele. Chef des chœurs, Eberhard Friedrich
- Orchester der Bayreuther Festspiele
- Sebastian Weigle, direction






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