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Bayreuth 2009 : Das Rheingold

lundi 10 août 2009 par Richard Letawe
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Arnold Bezuyen
© Jochen Quast

Le deuxième cycle de l’Anneau du Nibelung de la programmation du Festival de Bayreuth débutait ce vendredi soir avec un Or du Rhin porté par une distribution de tout premier rang, qui fut triomphalement accueilli par les festivaliers.

La production de Tancred Dorst date de 2006. Il signe un spectacle assez étrange, cohérent et lisible, assez respectueux de l’action, mais qui manque de temps forts, et pèche par une absence tragique de direction des acteurs. Le plus beau décor est celui de la première cène, qui représente littéralement les profondeurs du Rhin, vision magnifique d’un sol constitué de centaines de gros galets, avec au plafond les reflets de l’eau de surface, sur laquelle les Filles du Rhin vont projeter des images de naïades pour attirer et berner Alberich. Et c’est là tout, car pour le reste, la scène est extrêmement statique : les filles sont figées comme des statues, alors qu’Alberich se déplace mollement entre les galets. Ce statisme sera d’ailleurs une constante dans cette mise en scène, qui se contente de montrer des images, mais manque de sens théâtral. Les acteurs bougent lentement, sans trop de conviction, et les approximations sont nombreuses, comme les échauffourées entre les dieux et les géants pour se disputer Freia, qui sont d’une mollesse insupportable, ou encore le meurtre de Fasolt par Fafner, dont les coups ne sont pas synchronisés avec la musique, et qui tombent trop visiblement à côté.

Les scènes II et IV se passent quant à elles dans un lieu urbain désolé et difficile à déterminer, une esplanade de béton, ou bien le quai d’une gare de banlieue. Les dieux, en tenues vaguement spatiales, toutes blanches et laides, les femmes avec les hanches et la poitrine accentuées par des postiches, attendent les géants assis sur les escaliers. C’est dans la deuxième scène qu’ on commence à percevoir l’idée maîtresse du metteur en scène concernant ce Ring : dieux, géants, nains,… vivent leurs aventures dans un monde qui se superpose à celui des mortels ordinaires, mais indépendamment d’eux, sans se voir quand ils se croisent. Les traces que laissent les dieux là où ils passent ne sont pas perçues par les mortels. On voit donc de temps en temps un humain vaquer à ses occupations sans se douter de quoi que ce soit : un homme vient photographier des graffitis pendant la deuxième scène, un technicien vient tourner des manettes dans le Nibelheim, qui est représenté en local technique d’une centrale électrique. D’un coup de lance sur cet immense pan de mur blanc, Wotan fait apparaître l’antre où Alberich amasse ses trésors, effet visuel réussi pour une scène qui est dans l’ensemble convaincante, et souffre moins que les autres de l’apathie de la direction d’acteurs. Ceci posé, cette superposition des différents mondes apporte peu à la scénographie, car à part les rares apparitions des figurants, on ne voit rien qui donne corps à cette idée, qui sera peut-être développée dans les volets suivants. A part cela, on voit un spectacle inoffensif, trop relâché théâtralement, et plombé par des costumes souvent grotesques.

Si cette mise en scène est en fait rapidement oubliée, ce n’est pas le cas de l’interprétation musicale, qui est globalement de très haut niveau. Andrew Shore en Alberich commence pourtant difficilement, la voix bouge et sonne creux dans sa confrontation avec d’excellentes filles du Rhin, mais la suite est bien meilleure. La voix est alors plus ferme, le chant plus énergique et mordant, et l’interprétation du personnage plus dramatique et personnelle. La voix d’Albert Dohmen bouge également un peu, l’émission est souvent engorgée, mais il lui reste la stature d’un grand Wotan, la puissance et la vaillance, un timbre toujours très beau, et un magnétisme étonnant, qui fait oublier ses quelques problèmes vocaux.

Loge est interprété par le toujours excellent Arnold Bezuyen, qui chante le rôle avec une grâce et une légèreté tout à fait surprenantes. Le timbre est magnifique, l’émission d’une clarté et d’une subtilité étonnantes, la souplesse et l’élégance du chant en font un Loge qu’on pourrait presque qualifier de belcantiste ; du reste, habillé d’une manière nettement plus seyante que ses partenaires, mieux dirigé (ou faisant peut-être preuve de plus d’initiative), c’est lui qui est le plus convaincant théâtralement, évoluant avec légèreté et facilité parmi ses pesants comparses.

Les géants sont également très convaincants : Fafner est chanté de façon un peu générique mais très digne par Ain Anger, alors qu’il n’est bien sûr plus besoin de vanter les mérites de formidable Kwangchul Youn, dont l’humanité, la noblesse et la plénitude du chant font un Fasolt déjà légendaire. Wolfgang Schmidt compose un Mime intéressant, au chant stylé, qu’on est impatient de découvrir plus longuement dans Siegfried, alors que Michelle Breedt est un Fricka encore jeune, ardente et bien chantante. Edith Haller a de menus problèmes d’intonation, mais la beauté, la puissance et l’investissement dramatique de son chant en font une Freia très attachante, de même que la sobre Christa Mayer est une impeccable Erda.

Dans la fosse, l’enfant-chéri du festival, Christian Thielemann dirige avec une ardeur et une urgence qu’on ne lui soupçonnait pas. La première scène est encore un peu languide, le chef semblant se mirer avec un peu d’affectation dans les eaux du Rhin, mais ensuite, Thielemann hausse le rythme, et parvient à un résultat à la fois raffiné du point de vue des sonorités, et efficace d’un point de vue dramatique. Sans temps morts, sans effet de manche, avec un vrai sens de la continuité, il fait progresser l’action d’une manière très pertinente, et signe ainsi une direction passionnante.

Formidablement applaudi, ce Rheingold est donc tout à fait prometteur en prévision du reste du cycle.

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- Bayreuth
- Festspielhaus
- 07 août 2009
- Richard Wagner (1813-1883), Das Rheingold. Prologue du festival scénique „L’anneau du Nibelung“
- Mise en scène, Tancred Dorst ; Décors, Frank Philipp Schlosmann ; Costumes, Bernd Ernst Skodzig
- Wotan, Albert Dohmen ; Donner, Ralf Lukas ; Froh, Clemens Bieber ; Loge, Arnold Bezuyen ; Fasolt, Kwangchul Youn ; Fafner, Ain Anger ; Alberich, Andrew Shore ; Mime, Wolfgang Schmidt ; Fricka, Michelle Breedt ; Freia, Edith Haller ; Erda, Christa Mayer ; Woglinde, Christiane Kohl ; Wellgunde, Ulrike Helzel ; Flosshilde, Simone Schröder
- Orchester der Bayreuther Festspiele
- Christian Thielemann, direction











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