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Ballets russes au Grand Théâtre de Genève

mercredi 26 octobre 2011 par Gilles Charlassier
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Le Spectre de la Rose
© GTG/Vincent Lepresle

L’ombre de Nijinski et des Ballets russes s’étend sur l’histoire de la danse du vingtième siècle, et aujourd’hui encore. Les créations de la mythique compagnie de Diaghilev appartiennent désormais au patrimoine chorégraphique, et comme toute œuvre intronisée dans ce panthéon, elles se prêtent à la relecture contemporaine. C’est ainsi que cent ans après les légendaires tournées européennes, le Grand-Théâtre de Genève a commandé un Petrouchka au duo formé par Laurence Yadi et Nicolas Cantillon, lequel fait ses débuts sur la scène de la place de Neuve, et que Benjamin Millepied, habitué des lieux, s’est penché sur Le Spectre de la Rose et Les Sylphides.

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Petrouchka
© GTG/Vincent Lepresle

La soirée s’ouvre sur cet épitomé de folklore et de pantomime qu’est Petrouchka. Qui a vu la version originale de Fokine reprise à Paris il y a deux ans peut y mesurer l’importance que la couleur locale. En optant pour un monochrome de noirs tant pour les costumes que pour les décors, Laurence Yadi et Nicolas Cantillon ont tenté de dépouiller l’histoire de ses oripeaux ethnographiques. Le résultat en perd une partie de lisibilité narrative, au profit d’une certaine raideur sémiologique. Les tourments du magicien prennent l’ascendant sur les marionnettes : évoluant toujours à distance, leur trop évidente facticité n’émeut guère. La sapidité de l’illusion chamarrée originelle s’est dissoute. L’aveuglement provoqué par les néons arachnéens n’y changera rien, pas plus que l’engagement des interprètes.

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Le Spectre de la Rose
© GTG/Vincent Lepresle

On avait ainsi réservé à Benjamin Millepied la seconde partie de la soirée – et le meilleur restait à venir. Dans Le Spectre de la Rose, Paul Cox a imaginé un décor de géométries bigarrés. La jeune fille, Sarawanee Tanatanit, s’amollit au retour du bal et ses mouvements sont comme ensommeillés. Les sylphes jaillissent de l’ouverture ménagée dans le fond de scène, l’écharpe noire sur les déhanchés, tels des toréadors. L’humour et les clins d’œil soutiennent le travail de Millepied, où le vocabulaire de Robbins se mêle à des allusions à Roland Petit – la sortie finale à travers la fenêtre, Arlésienne autant que Jeune Homme et la Mort. Le trio masculin se prête à des variations virtuoses d’ensemble, inversant l’éclairage sur les portés : la soliste féminine sert presque de faire-valoir en comparaison avec l’énergie dépensée par les hommes. La jubilation rythmique, calquée sur l’Invitation à la valse de Weber, dans les habits de Berlioz, est évidente, et sait condenser l’essentiel de la narration sans s’attarder sur le pittoresque.

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Les Sylphides
© GTG/Vincent Lepresle

Les mêmes qualités se retrouvent dans Les Sylphides. Avec ses partenaires habituels, Paul Cox aux costumes et aux décors, et Madjid Hakimi aux lumières, Benjamin Millepied a composé un exemple typique de ballet d’ensembles, dont le réglage ne subit aucune faiblesse et où l’on retrouve le génie du New York City Ballet. Le rideau s’ouvre sur des praticables zébrés qui peuvent évoquer Olivier Debré. Sur cet écrin onirique et le Dixième Nocturne de Chopin évolue le groupe féminin, auquel succèdent les hommes avec la Vingt-troisième Mazurka. Le Septième Prélude jette un regard en direction du Concert de Robbins, où pas et gestes se concluent dans la maladresse, avec cependant plus de fermeté ici dans le fini. La Valse n°7 en ut dièse mineur est un duo émouvant et rêveur, préparant la profusion du grand ensemble final, sur la Grande Valse Brillante. L’adaptation des pages de Chopin par Glazounov favorise une certaine homogénéité, toute de romantisme imprégnée, explorant ainsi une autre facette de l’univers visuel suscité par la musique du franco-polonais que celle proposée, plus décalée, dans Le Concert de Robbins. La cohérence du ballet de la maison exalte vigoureusement l’inspiration de la chorégraphie. A la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande, David Parry soigne la présence musicale, partenaire parfois négligé dans le succès d’un spectacle de danse.

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- Genève
- Grand-Théâtre
- 11 octobre 2011
- Petrouchka, musique d’Igor Stravinski (1882-1971) ; Laurence Yadi et Nicolas Cantillon, chorégraphie et scénographie ; Philippe Combeau, costumes ; Patrick Riou, lumières
- Petrouchka, Grégory Deltenre ; La Ballerine, Yo Otagaki ; Le Maure, Pierre-Antoine Brunet ; Le Magicien, Loris Bonani
- Le Spectre de la Rose, musique : Carl-Maria von Weber (1786-1826), L’Invitation à la valse opus 65, orchestration d’Hector Berlioz (1803-1869)
Benjamin Millepied, chorégraphie ; Paul Cox, scénographie et costumes ; Madjij Hakimi, lumières
- Sarawanee Tanatanit, Joseph Aitken, Vladimir Ippolitov, Pierre-Antoine Brunet
- Les Sylphides, musique : Frédéric Chopin (1810-1849), Nocturne n°10 en la bémol majeur opus 32, Mazurka n°23 en ré majeur opus 33, Mazurka n°24 en ut majeur opus 33, Mazurka n°44 en ut majeur opus 33, Prélude n°7 en la majeur opus 28, Valse n°11 en sol bémol majeur opus 70, Valse n°7 en ut dièse mineur opus 64, Valse n°1 en mi bémol majeur opus 18 « Grande valse Brillante »
- Benjamin Millepied, chorégraphie ; Paul Cox, scénographie et costumes ; Madjid Hakimi, lumières
- Ballet du Grand Théâtre de Genève
- Orchestre de la Suisse Romande
- David Parry, direction






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