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Baisse de régime

mercredi 6 juillet 2011 par Vincent Haegele
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Bernard Haitink
© Clive Barda

Etait-ce le concert de trop, au terme d’une saison manifestement très chargée pour le meilleur orchestre britannique du moment ? On était en droit de se poser la question au terme d’une représentation qui aura vu côtoyer le très bon et le nettement moins bon : une prestation soporifique du Concerto pour piano n°27 de Mozart par Maria João Pires, un chef d’orchestre particulièrement en train pour conclure magnifiquement les mouvements de la Quatrième Symphonie de Bruckner, des musiciens dans un état de forme très variable. En tout état de cause, il est encore difficile de dire de quel côté pouvait bien pencher la balance.

La principale question concerne malgré tout, plus encore que celle portant sur la méforme réelle ou supposée de l’orchestre, ce que Maria João Pires avait à nous dire à propos du dernier concerto de Mozart : sa prestation confine à l’uniformité la plus grise et la plus banale, pas même une légère promenade qu’on aurait pu lui passer sans difficulté si celle-ci avait eu un caractère estival et grave à la fois (ce qu’elle a notamment réussi à faire dans quelques enregistrements du même concerto). Non, malheureusement, si toutes les notes y sont, sans trop d’appui, ni même d’accents, c’est la forme qui pêche bien, et l’accompagnement quasi prosaïque de Bernard Haitink n’arrange guère les choses. On serait en peine de distinguer l’un ou l’autre mouvement (peut-être une timide progression à décerner dans le final, mais trop elliptique et en définitive, arrivée trop tardivement) ; de même, à force de réduire la partition à un seule et même mode d’interprétation, se situant au niveau de la nuance en permanence entre le piano et le mezzo forte, la pianiste finit par en gommer partiellement toute la structure. La déception est à la hauteur des moyens qui sont mis en avant.

Car moyens, il y a avec le London Symphony Orchestra, et c’est bien là le drame : des cordes d’une justesse à toute épreuve, une petite harmonie d’habitude prompte à cracher le feu (ou la glace) et des cuivres percutants. Rien de tout cela dans Mozart : à peine discerne-t-on un peu plus les premiers violons du restant de l’effectif, premiers violons par ailleurs toujours égaux à eux-mêmes, mais il s’agit avant tout d’une distinction qui s’opère sur la nuance, à savoir qu’on les entend plus que les autres. Le chef fait couler l’eau tiède du bain avec un rare savoir-faire, c’est précis, c’est juste, cela manque de sels (de bain…)

Après une telle déconvenue, on pouvait s’attendre légitimement à une toute aussi décevante Symphonie n°4 de Bruckner. Et là, ô surprise (miracle ?), il n’en fut rien. Bernard Haitink, depuis quelques années, a pu développer une lecture très stéréotypée de Bruckner, à base de tempi très lents, de rallentendi pas toujours justifiés et de sculpture de la masse sonore des cuivres, lecture classique s’il en est, mais sans doute très dépassée à notre époque. Eh bien ! Il suffit de dire qu’écrire les lignes précédentes relève également du stéréotype le plus navrant, car Haitink ne s’est manifestement pas arrêté là et continue à progresser dans sa lecture. Sa Quatrième n’a rien de surprenant : massive par endroits, décharnée en d’autres, le chef semble atteindre à certains endroits un relatif degré d’improvisation quant aux tempi, ce qui consiste à faire comprendre aux musiciens de s’accrocher aux rideaux. Et c’est bien là le nœud du problème, car le LSO, ce soir-là, réagit parfois en décalé, notamment dans les mouvements extrêmes : d’un côté les intentions, de l’autres les réalisations. Force est de constater que l’homogénéité, souvent parfaite, ne figure pas au vocabulaire de l’orchestre ce soir : on passera sur les pains innombrables d’un malheureux premier corniste, bien dépité, pour évoquer le manque de construction au niveau de la petite harmonie (les hautbois, remarquables pour le son, mais déconnectés du reste), des trompettes déjà en vacances dans le Scherzo et du pupitre d’altos qui n’y peut mais dans le mouvement lent et la terrible phrase soliste que Bruckner leur a réservée. Tirent leur aiguille du jeu, les trombones, d’une rare excellence et Nigel Thomas, l’impérial timbalier, imperturbable, granitique et en un seul mot, solaire.

Bernard Haitink parvient à ses fins néanmoins, notamment dans le Scherzo, fort bien mené et dans la coda du Final, qui, si l’orchestre avait encore eu un peu d’énergie, aurait mérité de figurer parmi les plus belles réussites de l’histoire de la Quatrième : noirceur, force, courants croisés, le chef néerlandais a encore bien des choses à nous dire dans ce répertoire.

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- Paris Salle Pleyel
- 18 juin 2011
- Wolgang Amadeus Mozart (1756-1791), Concerto n°27 pour piano et orchestre en Mi bémol majeur KV595
- Anton Bruckner (1824-1896), Symphonie n°4 en Mi bémol majeur « Romantique ».
- Maria João Pires, piano
- London Symphony Orchestra
- Bernard Haitink, direction.











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