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Cambrai

Autour de Peter Laul

Festival Juventus
samedi 24 novembre 2007 par Richard Letawe

Cette soirée du Festival Juventus de Cambrai est centrée autour du pianiste Peter Laul, originaire de Saint Petersbourg, et lauréat de l’édition 2000.

La première partie du concert est constituée par un récital du pianiste, qui joue la sonate Op. 10 n°3 de Beethoven, puis les Trois Klavierstücke D946 de Schubert.

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Il attaque la sonate de Beethoven bille en tête, à un tempo très rapide, qu’il ne relâchera jamais au cours d’un premier mouvement impressionnant de force et de vivacité. Vient ensuite le Largo e mesto, cœur expressif de l’œuvre, dont il traduit très justement la gravité, en adoptant un tempo très retenu mais fluide, et en laissant le temps se dérouler avec patience. Le court menuet est un peu raide, mais l’allegro final retrouve le juste fil, porté par des doigts très prestes, mais sûrs et jamais cogneurs. Ce jeu rapide, solide et musclé ne cherche pas la complication, il va droit au but, et est aidé par une magnifique sonorité, sombre, ronde et corsée.

Son interprétation des Klavierstücke de Schubert reprend la même recette, et impressionne par sa rigueur, son contrôle, et sa carrure, assumant parfaitement la longueur et les difficultés, aussi bien pianistiques que de concentration, de ces pièces qui figurent parmi les dernières du compositeur pour le piano. Cependant, ce jeu très droit et très sérieux manque un peu de subtilité, de nuances et de variété. Le son est toujours pareil, les tempi semblent implacables, et on aimerait de temps à autre un peu plus de souplesse, et pouvoir souffler et contempler la beauté des développements schubertiens , plutôt que d’être emporté par un tourbillon pianistique. Solide et vigoureuse, cette vision en impose par la maîtrise pianistique de son interprète, mais elle n’émeut guère.

Après la pause, Graf Mourja fait son entrée pour le Prélude et fugue pour violon en ré mineur Op. 117 n°6 de Max Reger. C’est une œuvre académique et sèche, dans laquelle une fugue rébarbative, semblant avoir été composée au mètre, succède à un prélude passionné mais très conventionnel. Pour une fois, une découverte un peu décevante dans ce festival au répertoire souvent rare et original.

La soirée se termine par la réunion d’un des ensembles les plus marquants qu’a engendré le Festival Juventus, avec Peter Laul, Graf Mourja et Françoise Groben au violoncelle. Les trois musiciens ont beaucoup joué ensemble, à Cambrai et ailleurs, et forment un trio désormais bien installé, qui a entamé sa carrière discographique par l’enregistrement complet des trios de Brahms pour le label Integral, dont le premier volume est paru l‘année dernière. Ils en jouent justement ce soir le troisième trio, Op. 101 en ut mineur, dont-ils donnent une version musclée et épique, très semblable à celle de leur disque.
Le premier mouvement est attaquée avec une violence exacerbée, qui pourrait sembler exagérée si nos jeunes musiciens ne mettaient pas dans leur engagement tant de fougue et de sincérité. Le contraste entre cet Allegro energico rude et pathétique et les deux mouvements suivants est saisissant. Le Scherzo, noté Presto non assai, est d’une finesse de trait remarquable et son caractère fantasque et à demi inquiétant est rendu avec subtilité. Ils donnent ensuite un Andante grazioso très mobile, entre le lyrisme simple et pacifique du thème principal, au climat un peu irréel, et un épisode central très fiévreux. On retrouve cette fièvre dans la dernière partie, le très tourmenté Allegro molto, enlevé avec la même vigueur, et le même engagement, avant une coda triomphale et enfin optimiste.

Avec cette interprétation tendue et puissante, sans concession, aux sonorités austères, le trio Groben, Laul, Mourja, auquel il ne manque plus qu’un nom, a impressionne le public. Celui-ci, toujours aussi nombreux, attentif et passionné fait honneur au Festival Juventus, au même titre que les prestations des musiciens.

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- Cambrai
- Théâtre Municipal
- 09 juillet 2007
- Ludwig Van Beethoven (1770-1827), Sonate pour piano n°7 en Ré majeur Op.10 n°3
- Franz Schubert (1797-1828), Drei Klavierstücke D946
- Max Reger (1873-1916), Prélude et fugue pour violon en ré mineur Op.117 n°6
- Johannes Brahms (1833-1897), Trio n°3 en ut mineur Op.101
- Peter Laul, piano ; Graf Mourja, violon ; Françoise Groben, violoncelle






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