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Automne musical de Spa 2010 : Les Muffatti et la famille Bach

mardi 19 octobre 2010 par Richard Letawe
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Les Muffatti
© Stéphane Puopolo

Très réputé dans le domaine de la musique sur instruments anciens en Belgique, l’Automne musical de Spa en est à sa 25ème édition cette année, une édition qui accueillera entre autres le Ricercar Consort, les Witches, Boyan Vodenitcharov, ou encore l’ensemble Clematis de Leonardo Garcia Alarcon.

Le deuxième concert du festival proposait au public de la cité thermale d’entendre l’ensemble les Muffatti dirigé par Peter Van Heyghen dans un programme judicieusement élaboré à partir de pièces orchestrales pour cordes seules de membres de la grande famille Bach, un programme dont le lumineux texte de présentation a été rédigé par le chef lui-même, qui éclaire les liens de famille des Bach, et explique très intelligiblement les raisons qui l’ont amené à choisir les œuvres interprétées ce soir.

Un mot d’abord sur le lieu du concert, le Théâtre de Spa, une très belle petite salle à l’italienne, joliment et confortablement restauré, mais dont l’acoustique est très piégeuse. Les tapis généreusement placés sur les planchers et les murs absorbent très tôt le son des instruments, ce qui coupe toute réverbération naturelle et empêche les sonorités de s’homogénéiser, rendant ainsi audible la plus légère imprécision de l’un d’entre eux. On entend donc plutôt une collection d’individus qu’un véritable ensemble, ce qui posera quelque problème en première partie principalement.

Le concert débute avec Johann Bernard Bach, grand-oncle de Johann Sebastian, dont la carrière se déroula principalement à Eisenach. La plupart de ses œuvres ont été perdues, à part des pièce pour clavier et quelques suites pour orchestre, qui nous sont parvenues grâce à Johann Sebastian qui les a faites jouer à leipzig. Son Ouverture en sol mineur, fort influencée par la manière de Telemann est composée dans un style assez français- ce qui va bien plus loin que la simple dénomination des mouvements-, ce que souligne fort à propos la direction de Peter Van Heyghen, très carrée, un rien pompeuse, et qui rend parfaitement à l’œuvre son caractère de suite de danses, en particulier, dans les dernières, Loure, Fantaisie et Passepied, qui ont une grâce bondissante irrésistible. Johann Sebastian tenait donc en haute estime cette suite de son grand-oncle- et pourtant presque contemporain, il n’était que de neuf ans son cadet et ne mourut qu’un an après lui-, dont il utilisera certains thèmes dans ses œuvres, et dont on sent l’influence dans la coupe de sa propre Ouverture n°3. Ici jouée dans sa version pour cordes seules, elle est menée avec de manière efficace, vive et rythmée par le chef, qui obtient une réponse très enthousiaste de ses pupitres. Cependant, les bonnes intentions de l’orchestre sont parfois trahies par l’acoustique, qui transforme par exemple le célèbre Air de la Suite n°3 en un quasi-concerto pour luth. On remarque également, un violon-soliste assez inconstant : brillant et sensible dans la Fantaisie ou le Passepied de l’ouverture de Johann Bernard, où l’on goûte sa fine sonorité, mais aussi grinçant et imprécis dans les premiers mouvements de cette ouverture, et jouant assez faux dans le Rondeaux. Moins exposé et plus à l’aise, il réussit beaucoup mieux dans la suite de Johann Sebastian.

La deuxième partie du concert est consacrée à l’un des fils de Jean Sébastien, Carl Philip Emmanuel, le Bach de Berlin, dont on joue d’abord le Concerto pour violoncelle en Si bémol majeur. Le contraste avec les deux œuvres de la première partie est très marqué, le style galant, plus homophonique et plus simple est déjà en train de poindre dans cette pièce composée entre 1750 et 1753, où le soliste commence à s’émanciper de l’orchestre. Cette écriture convient mieux à l’acoustique de la salle : les pupitres sont moins exposés, le son plus homogène, et les petites imprécisions inévitables en concert sont beaucoup moins remarquées. On entend donc une version très honorable de ce concerto, où l’orchestre se montre très concerné et offre une réponse pleine d’allant à la soliste Marian Minnen. Celle-ci affronte courageusement les difficultés de l’œuvre, mais fait entendre quelques faiblesses et dérapages dans le finale. Ailleurs, elle fait valoir une jolie sonorité et un jeu sensible, mais elle a un peu de peine à affirmer sa personnalité face à l’orchestre. Le concerto y perd ainsi un peu de son caractère, et en devient un peu fade.

En revanche, il n’est pas question de fadeur dans la Sinfonia en mi mineur, d’abord parce que c’est l’un des chefs d’œuvre de son auteur, à l’expressivité douloureuse et au climat préfigurant le « Sturm und Drang ». Les Muffatti en donnent une version nerveuse et pleine de fougue, où l’énergie ne se change pourtant jamais en brutalité. Peter Van Heyghen obtient une grande variété d’accents de la part de ses pupitres, dont la cohésion est ici à son plus haut niveau, ce qui donne de cette œuvre très personnelle l’exécution la plus aboutie et la plus passionnante de ce concert. Une magnifique conclusion à une soirée qui prouve le haut niveau de qualité du festival spadois.

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- Spa
- Théâtre du Centre culturel
- 02 octobre 2010
- Johann Bernhard Bach (1676-1749), Ouverture n°1 en sol mineur pour violon, cordes et basse continue
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Ouverture n°3 en Ré majeur BWV 1068a pour cordes et basse continue
- Carl Philip Emmanuel Bach (1714-1788), Concerto pour violoncelle, cordes et basse continue en Si bémol majeur Wq.171 ; Sinofnia en mi mineur Wq.177
- Marian Minnen, violoncelle
- Dmitry Badiarov, violon solo
- Les Muffatti
- Peter Van Heyghen, direction






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