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Aujourd’hui musiques 2011 : le Trio PAJ

lundi 5 décembre 2011 par Gilles Charlassier

Après avoir erré dans plusieurs salles de la ville, le Festival Aujourd’hui musiques inaugure sa vingtième édition dans le Théâtre de l’Archipel nouvellement inauguré. Comme pour souligner la transversalité de la manifestation dans un lieu voué à la rencontre des genres et des cultures, c’est à une formation emblématique du métissage des styles, le Trio PAJ, réunissant Michel Portal, Roland Auzet et Pierre Jodlowski, que revient l’honneur de couper le ruban du festival.

Très attrayante sur le papier, l’idée promet un dialogue entre trois esthétiques, à partir d’une démarche fondée sur l’improvisation, libérant ainsi des carcans que l’écriture figée impose parfois à la création. Pour autant, cette autonomisation à l’égard des codes établis n’affranchit pas pour autant d’une certaine hiérarchisation entre les discours qui se mêlent – même si les rapports entre les protagonistes s’avèrent mouvants. La soirée se compose ainsi d’une suite de séquences à la progression presque cyclique – emprunt à la pratique de la variation enseignée par la tradition de la musique savante. Les six premières improvisations font alterner l’initiation mélodique par la clarinette basse de Michel Portal avec une structuration rythmique et électroacoustique plus proéminente sur laquelle se tressent les contrechants du saxophone ténor. La septième improvisation fait intervenir le bandonéon, provoquant une rupture dans la linéarité rassurante acquise jusqu’alors, faisant de ce moment comme un pivot dans la composition de la soirée. On retrouve ensuite une alternance des pupitres, mais les oppositions initiales s’entremêlent davantage, s’abandonnant à la fantaisie d’une créativité à l’apparence de plus en plus immédiate.

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Trio PAJ
©M.-S. Hel

Le résultat donne souvent la primeur à l’initiative mélodique laissée à Michel Portal, dans un esprit que ne renierait pas le jazz, avec sa virtuosité grumeleuse, s’aventurant dans des déflagrations qui confinent au cri – mais de jubilation et non de douleur. Le soliste n’hésite pas à triturer ses instruments, déanchant par exemple la clarinette pour offrir un souffle sourd et brut. L’amplification de celle-ci brouille d’ailleurs son identité acoustique originelle, et tend à la confondre dans sa métallicité, avec celle du saxophone ténor – et la forme des instruments accroît, peut-être intentionnellement, par l’aspect visuel, le trouble chez le spectateur. Le bandonéon le rassure, dans une poésie simple et émouvante, qui éclot dans un bis baigné du tendre sourire de la nostalgie. Le travail de composition de Pierre Jodlowski développe des cadres spatiaux ingénieux, jouant avec les effets d’éloignement et de rapprochement des sons. Les techniques développées à l’Ircam dans un esprit de recherche parfois plus sévère, procurent ici une jouissance sonore plus immédiate. On pense en particulier à la capture de cellules thématiques dupliquant, instantanément ou en différé, le discours de la clarinette ou du saxophone. Le travail de Roland Auzet avec les percussions, explore quand à lui, la structuration des improvisations, enrichissant cette forme de basse continue, des spécificités des éléments à sa disposition – entre autres, la batterie et le xylophone. L’ivresse de sa puissance de frappe excède parfois l’intention expressive et la moyenne tolérée par les tympans.

La salle modulable du Carré, conçue explicitement pour ce genre de spectacles transversaux, noire conformément à la monochromie chère à Jean Nouvel, requiert parfois un équilibrage des intensités acoustiques parfois défavorable au public à l’avant. L’auditoire réserve néanmoins un accueil chaleureux aux trois interprètes, unis par une complicité évidente, sensible indéniablement aux qualités et aux vertus de l’improvisation.

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- Perpignan
- Le Carré
- Théâtre de l’Archipel
- 05 novembre 2011
- Trio PAJ : Michel Portal, clarinette, saxophone, bandonéon ; Roland Auzet, percussions, composition ; Pierre Jodlowski, machine, composition











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