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Aujourd’hui musiques 2011 : Oresteia

mardi 6 décembre 2011 par Gilles Charlassier

Le dixième anniversaire de la mort de Xenakis est l’occasion de rendre justice à l’œuvre originale du compositeur français d’origine grecque. Avec Eschyle, c’est d’ailleurs au corpus dramatique de l’attique ancêtre que le sujet de son opéra Oresteia est emprunté. Donnée une première fois pendant les Flâneries musicales de Reims, en concurrence avec le concert du festival de Montpellier, c’est tout naturellement au cours d’Aujourd’hui musiques que la production revient, dont elle constitue l’un des évènements majeurs.

Afin de familiariser le public avec l’ouvrage puissant et resserré de Xenakis, Daniel Tosi prend le micro et distille ses talents pédagogues auprès des huit cents spectateurs venus combler la grande salle du Grenat – le succès inattendu aurait pu autoriser une extension jusqu’à la jauge optimale de mille cent places. Avec son accent chaleureux, il pose les jalons essentiels de la construction et de la dramaturgie de l’ouvrage, quitte à se montrer parfois un peu redondant. Xenakis a condensé la trilogie du dramaturge grec en cinq parties : Agamemnon, Kassandra, Les Choéphores, Les Euménides, Athéna. Le destin sanglant de la lignée des Atrides a inspiré une musique à la beauté sauvage, parcourue d’archaïsmes, comme une réincarnation des harmonies primitives. L’effectif particulier de cette partition très percussive, obligeant à fabriquer spécialement des instruments – ce qui explique en partie sa rareté dans les auditoriums –, associé à sa brutalité presque physiquement perceptible, contribue à la séduction particulière, presque fascinatoire, qui en émane.

On a compté avec prudence sur l’expérience des deux pupitres les plus exigeants, le baryton et le percussionniste, l’ayant déjà joué à Varsovie, au Théâtre Wielki, dans une mise en scène étrennée l’an passé. Leszek Lorent porte avec efficacité la rythmicité irradiante des soli qui lui sont confiés. Maciej Nerkowski fait preuve d’une virtuosité incroyable dans la tessiture écartelée des duos condensés dans une seule voix. Le combat entre les visions d’horreur qui assaillent Cassandre, falsetto hystérique, et l’incrédulité d’Agamemnon, confinée dans l’autorité du bas du registre, est exprimé avec éclat. Tout juste peut-on noter une composition faciale parfois à la limite de l’histrionisme, éclaboussant dans quelques postillons. Le dialogue final entre Apollon et Athéna contraste avec beaucoup moins de brutalité, suggérant les accords de l’harmonie dialectique des dieux.

Le rôle le plus important de l’opéra est cependant confié aux chœurs, vecteurs vocaux des autres personnages et de l’action du drame – étoffant ainsi les codes de la tragédie antique. Les longues mélopées de la première partie souffrent un peu d’une diction passablement atone, malgré le travail linguistique fourni par un membre de la formation ayant assumé la fonction de répétitrice. La polarisation croissante des rythmes soutient ensuite plus aisément les chœurs. Ceux des enfants qui concluent la partition favorisent trop l’innocence de la couleur, ce qui fait passer à côté de l’effet hypnotique attendu. L’excès de vivacité du tempo ne contribue guère il est vrai à laisser les rythmes se sculpter d’eux-mêmes, et maintient la transe finale dans les limites du plateau. Ces réserves n’entravent cependant pas le succès légitime de la soirée.

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- Perpignan
- Théâtre de l’Archipel. Le Grenat
- 06 novembre 2011
- Iannis Xenakis (1922-2001), L’Oresteia
- Maciej Nerkowski, baryton ; Leszek Lorent, percussions
- Ensemble polyphonique de Perpignan ; Mireille Morbelli, direction
- Maîtrise du CRR Perpignan Méditerranée ; Aline Rico, direction
- Maîtrise du CRR de Toulouse ; Mark Opstad, direction
- Orchestre Perpignan Méditerranée
- Daniel Tosi, direction











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