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Aujourd’hui Musiques 2011 : Pulsaxion

mercredi 14 décembre 2011 par Gilles Charlassier

Exemple emblématique de l’esprit de transversalité du festival Aujourd’hui musiques, le programme du concert Pulsaxion fait honneur à l’électronique musicale. A côté des recherches intellectuelles, promues entre autres par l’Ircam, la manifestation catalane autorise davantage la jouissance immédiate du public. Les quatre partitions données explorent différentes esthétiques et en révèlent les forces – et les faiblesses.

La première, Mixtion, de Pierre Jodlowski, pour saxophone ténor et dispositif électroacoustique, est une nouvelle mouture d’une création de 2002. Le compositeur français utilise les ressources de la spatialisation pour nimber le spectateur d’un flux sonore perpétuellement malaxé. La matière musicale se fait visuelle : les réglages lumineux scandent la progression du discours et de la masse de sons dans la salle, la rendant presque palpable. Si l’on peut avoir parfois l’impression que la virtuosité extrême du travail excède des intentions expressives plutôt modestes, il n’en reste pas moins que les moyens employés et le résultat obtenu coïncident ici avec brio.

Entendre ensuite la création mondiale Auditif Points, pour saxophones, percussions et électronique, commande du festival à Jakub Sarwas, ne procure pas les mêmes satisfactions. Les traits percussifs et les figures des saxophones se dupliquent jusqu’à une certaine redondance, questionnant ainsi la légitimité de la durée de l’œuvre – similaire à l’opus de Jodlowski. Tandis que dans cette dernière, le format correspondait exactement au développement nécessaire du matériel et des idées musicales, la trame souffre ici de relâchement.

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Traces IV de Martin Matalon, pour marimba et électronique, composé en 2006, réalise avec une économie de moyens admirable des miracles de poésie musicale et intellectuelle. Le dispositif informatique joue sur les translations de plans sonores, crée des effets de miroir et d’échos, qui, dans la pénombre dans laquelle ils sont baignés, vont à l’essentiel. Avec le minimum, Matalon évoque l’infini. La transsubstantiation réciproque de l’électroacoustique et de l’instrument « traditionnel » s’opère dans une sorte d’épure – à l’opposé de la rivalité pyrotechnique de Mixtion.

Bruno Letort, dans Après le tremblement de terre, pour saxophone, percussions, guitare électrique, dispositif électroacoustique et vidéo, également commande de cette vingtième édition d’Aujourd’hui musiques, s’appuie sur le visuel mouvant de la vidéographie, pour élaborer un nouvel avatar d’art total. La consonance de l’univers musical de Letort, répétant les cellules mélodiques jusqu’à la fascination hypnotique, rappelle René Aubry. Il se garde cependant d’élever le formatage musical au rang de produit, sans doute parce qu’il s’abstient de sentimentalisme monnayable. Il n’en reste pas moins que ce sont les projections qui assume la dramaturgie, que l’élément sonore accompagne, en l’illustrant. La performance, d’une demi-heure, pourrait se prolonger, comme une extraction n’altérerait pas de manière dommageable la structure linéaire de la partition. Reconnaissons au moins à Bruno Letort le mérite de prouver que la création musicale peut toucher le grand public. L’assistance présente au Carré ne s’y est pas trompée, et lui a fait un accueil chaleureux.

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- Perpignan
- Théâtre de l’Archipel, Le Carré
- 08 novembre 2011
- Pierre Jodlowski (1971), Mixtion, pour saxophone ténor et dispositif électroacoustique
- Jakub Sarwas (1977), Auditif Points, pour saxophones, percussions et électronique
- Martin Matalon (1958), Traces IV, pour marimba et électronique
- Bruno Letort (1963), Après le tremblement de terre, pour saxophone, percussions, guitare électrique, dispositif électroacoustique et vidéo
- Philippe Spiesser, percussions
- Radek Knop, saxophones
- Bruno Letort, vidéos, machines, guitares préparées
- Cécile Bracq, vidéo
- Christophe Bergon, mise en espace





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