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Attila à Marseille : Ou est passée la Rome d’Attila et de Valentinien ?

samedi 3 avril 2010 par Hélène Biard
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©Christian Dresse

Créé avec succès le 17 Mars 1846 à la Fenice de Venise, Attila doit son triomphe à la fibre patriotique qui lui sert de fil conducteur. « Avrai tu l’universo, resti l’Italia a me » (« Tu auras l’univers, je garde l’Italie ») nous dit Ezio et cette seule réplique suffit à insuffler de nouvelles idées révolutionnaires aux italiens qui aspirent depuis longtemps à l’indépendance vis à vis des Habsbourg qui dominaient alors le nord du pays. Si, dès sa création, Attila fait très vite le tour des grandes scènes lyriques internationales l’oeuvre connaît une éclipse de 1860 à ... 1951 date à laquelle on commémore le cinquantième anniversaire de la disparition de Verdi ; dès sa réapparition l’oeuvre a de nouveau un succès qui ne s’est plus démenti depuis. C’est la troisième fois que l’Opéra de Marseille monte une production d’Attila. Quel dommage alors que cette œuvre, qui pourrait bénéficier d’une mise en scène de très belle facture ne fasse, cette fois, l’objet que d’une simple mise en espace, d’autant que la distribution réunie pour l’occasion est relativement homogène.

Yves Coudray en charge de la mise en espace manque cruellement d’idées, et l’absence d’une véritable scènographie avec décors et costumes renforce la désagréable sensation de vide, que ne compensent que partiellement les lumières de Philippe Grosperrin. Le statisme des choeurs et leurs quelques inutiles mouvements de bras ne comblent pas non plus l’impression de vide. Peut-être une version de concert aurait elle été mieux venue au vu de ce résultat décevant, car les chanteurs se trouvent ici dans l’impossibilité de donner la pleine mesure de leurs talents de comédiens.

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©Christian Dresse

Giacomo Prestia qui s’est décommandé est remplacé par Askar Abdrazakov qui, arrivé assez tard à Marseille n’a eu quelques jours pour répéter. Il se montre sur la réserve durant tout le prologue se trouvant ainsi couvert par l’orchestre à deux ou trois reprises ; cependant il se reprend très bien et il nous gratifie d’un très beau premier acte. Nous n’en dirons pas autant de Sylvie Valayre, auteure malgré l’absence de mise en scène d’une très belle démonstration de ses talents d’actrice, mais qui du coup en oublie le chant. Si le début du prologue est prometteur, très vite la ligne de chant devient beaucoup plus aléatoire, les graves sont poitrinés et les aigus mal assurés pendant tout le premier acte. En revanche Vittorio Vitelli donne une leçon de chant exceptionnelle dès sa première intervention. Il campe un Ezio à la fois autoritaire et humain, qui face au roi des Huns ne tremble pas une seconde. Excellent aussi le Foresto de Giuseppe Gipali qui incarne fort bien le héros, chef des survivants aquiléens, le jeune homme amoureux inquiet du sort de sa bien aimée et le comploteur prêt à tout pour arriver à ses fins sans tenir compte des intentions d’Odabella qui ne veut pas se voir voler sa vengeance par un autre, fut-il son fiancé. On apprécie également la belle prestation du ténor français Bruno Comparetti (Uldino) qui joue un double jeu auprès d’Attila pour mieux le tromper et retrouver sa liberté en s’alliant à Foresto et Ezio. La brève intervention d’Eric Martin-Bonnet (le Pape Léon 1er) en fin de première partie lance un finale explosif, et le public ne s’y est pas trompé en faisant un très bel accueil aux chanteurs.

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©Christian Dresse

Si la première partie n’a pas permis à Askar Abdrazakov et Sylvie Valayre de s’exprimer pleinement, les deux derniers actes sont bien plus favorables à la jeune basse russe qui donne au souverain barbare l’autorité et l’éclat qui avaient commencé à poindre au premier acte. Quant à la soprano française elle parvient enfin à allier chant et théâtre et donne à Odabella la personnalité rayonnante que nous n’avions pas véritablement réussi à percevoir jusqu’alors. Mais les deux triomphateurs de la soirée restent Vittorio Vitelli et Giuseppe Gipali qui ont donné une impulsion compensant largement la déception scénique.

Si le choeur de l’Opéra de Marseille, dirigé par Pierre Lodice, fait preuve d’une belle musicalité, la diction est assez aléatoire et du coup les quelques interventions « solistes » perdent un peu en intensité. Dans la fosse Giuliano Carella dirige l’orchestre d’une main ferme, même si les cors ont une légère tendance à jouer plus fort qu’il ne faudrait, défaut qui ne nous avait pas marqué lorsque nous avions vu Mireille la saison dernière. Néanmoins nous notons avec plaisir que l’orchestre joue la partition de Verdi avec un bonheur manifeste.

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©Christian Dresse

S’il est décevant de ne voir qu’une simple mise en espace de cet Attila, alors que l’oeuvre offre pourtant de multiples possibilité de mise en scène avec décors et costumes, cette déception est tempérée par une distribution qui retient l’attention avec des artistes comme Askar Abdrazakov dans le rôle titre qui à défaut de s’imposer immédiatement a su donner au personnage une personnalité réelle et attachante. N’oublions pas non plus les excellents Vittorio Vitelli et Giuseppe Gipali dont les prestations sont d’un très haut niveau. Si Sylvie Valayre ne nous a pas complètement convaincu, elle a un don de comédienne évident qui compense en partie une prestation vocale par trop inégale.

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- Marseille
- Opéra municipal
- 27 Mars 2010
- Giuseppe Verdi (1813 1901), Attilla. Opéra en un prologue et trois actes sur un livret de Temistocle Solera
- Mise en espace, Yves Coudray ; Lumières, Philippe Grosperrin
- Sylvie Valayre, Odabella ; Askar Abdrazakov, Attila ; Vittorio Vitelli, Ezio ; Giuseppe Gipali, Foresto ; Bruno Comparetti, Uldino ; Eric Martin-Bonnet, Le pape Léon 1er
- Choeur de l’Opéra de Marseille. Chef de chœur, Pierre Lodice
- Orchestre de l’Opéra de Marseille
- Giuliano Carella, direction











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