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Atelier lyrique de Tourcoing : Don Giovanni

lundi 21 juin 2010 par Richard Letawe
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© Danielle Pierre

Comme les volets précédents de la trilogie Mozart Da Ponte, le Don Giovanni de l’Atelier Lyrique de Tourcoing a connu un très beau succès de foule. Fidèle spectateur à Tourcoing depuis une demi-douzaine d’années, nous n’avions pas le souvenir d’avoir jamais vu le Théâtre municipal aussi rempli que ce soir de dernière de la saison, avec comme d’habitude une très belle proportion de jeunes.

De la trilogie Da Ponte mise en scène par Pierre Constant, Don Giovanni était l’œuvre qui avait été reprise il y a le moins longtemps, c’était le cas en décembre 2006. Le spectacle a peu changé depuis et reste une indéniable réussite. Vivant, fouillé, très sombre, le Don Giovanni de Pierre Constant convainc par sa fidélité au texte, sa crudité et sa sensualité assumés, et par sa sobriété, qui permet de se concentrer sur un jeu d’acteurs qui ne laisse rien au hasard. Certaines idées ne sont pas complètement exploitées, comme la toute première, où le Commandeur fait fonction de maître d’une confrérie de pénitents, ce qui fait une image plutôt impressionnante et rappelle bien le cadre andalou de la pièce, mais dans l’ensemble, le spectacle est aussi vivant que magistralement réalisé, et donne à voir une belle série de scènes très intenses.

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© Danielle Pierre

Musicalement, ce Don Giovanni est cependant le moins convaincant du cycle, et représente même par rapport aux deux autres volets un sérieux et surprenant pas en arrière. D’abord, malgré un orchestre en assez bonne forme, la direction de Jean-Claude Malgoire apparaît mal contrôlée, velléitaire et sans nuances. Les décalages avec le plateau sont nombreux, les tempi sont peu variés, et on ne sent jamais les différentes scènes véritablement habitées par l’orchestre, qui se contente de former un arrière-plan sonore indifférencié. Quelle différence avec le Figaro ou le Cosi si vivants et inspirés cette saison, ou bien encore avec la puissance et l’exaltation de la reprise de 2006 !

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© Danielle Pierre

Ensuite, la distribution n’est pas non plus très homogène, avec en premier lieu un Don Ottavio absolument atroce. Donat Havar n’était déjà pas le point fort de la Matthaüs-Passion de la saison dernière, mais il y tenait quand même bien mieux la rampe que ce soir, où il n’est pourtant pas annoncé souffrant. Malgré ses talents d’acteurs, le Leporello de Laurent Naouri n’est vocalement pas non plus très convaincant. La voix est sans charme, l’émission grossière et gutturale, le legato rudimentaire, et le sens du belcanto tragiquement absent. Voilà une erreur de distribution pour le moins difficile à comprendre quand on a entendu un Joan Martin Royo absolument magnifique dans Guglielmo et Figaro quelques semaines plus tôt. Beaucoup mieux chantant, Nicolas Rivenq est cependant à la limite de ses moyens actuels dans le rôle-titre, et semble ce soir bien fatigué et régulièrement en problème de justesse. Il reste cependant relativement carnassier, et compense ses faiblesses vocales par sa présence scénique et sa connaissance infaillible de cette production.

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© Danielle Pierre

Marie Camille Vaquié remplace Véronique Gens dans le rôle de Donna Elvira, dans lequel elle se montre assez à son affaire, malgré un vibrato un peu trop prononcé et quelques aigus forcés. Pour le reste, la voix est belle et souple, le chant est mordant et passionné, et l’incarnation est assez vivante. Mis à part quelques légers défauts de justesse, Ingrid Perruche est une bien jolie Zerlina, pétulante et excellente actrice, à la gestuelle expressive, qui était déjà de la reprise de 2006, et dont la voix a depuis gagné en rondeur et en confort. Son amoureux Masettto est bien chanté par Christian Helmer, un peu fâché avec la rythmique, mais très beau timbre sombre. Très ingambe, François Lis est un commandeur somptueux, au chant habité et passionnant, au point qu’on regrette- et c’est rare- la brièveté de ses interventions. Enfin, il faut parler de l’incandescente Donna Anna de Sandrine Piau, qui valait à elle seule le déplacement. La voix est évidemment magnifique, petite, mais supérieurement projetée, la technique superbement maîtrisée, et l’investissement dramatique de la chanteuse est total, offrant un « Non mi dir » d’anthologie.

Cette Donna Anna et quelques autres rachètent donc les errements musicaux de ce Don Giovanni qui restera aussi un beau souvenir théâtral.

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- Tourcoing
- Théâtre municipal
- 20 mai 2010
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Don Giovanni
- Mise en scène , Pierre Constant ; Assistant, Grégory Voillemet ; Décors, Roberto Platé ; Lumières, Jacques Rouveyrollis ; Costumes, Jacques Schmidt et Emmanuel Peduzzi ; Chorégraphie, Béatrice Massin ; Maquillage et coiffure, Suzanne Pisteur
- Don Giovanni, Nicolas Rivenq ; Zerlina, Ingrid Perruche ; Il Commendatore, François Lis ; Donna Anna, Sandrine Piau ; Don Ottavio, Donat Havar ; Donna Elvira, Marie Camille Vaquié ; Leporello, Laurent Naouri ; Masetto, Christian Helmer
- Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
- La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
- Jean-Claude Malgoire, direction






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