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Atelier lyrique de Tourcoing : Cosi fan tutte

jeudi 1er avril 2010 par Richard Letawe
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© Danielle Pierre

Grosse affluence ce vendredi soir au Théâtre municipal de Tourcoing pour la première de la reprise de Cosi fan tutte dans la production réglée par Pierre Constant, avec comme d’habitude une réjouissante proportion de jeunes.

On reprend dans ce Cosi fan tutte les mêmes principes qui ont fait le succès des Noces de Figaro : un décor unique, vaste, sobre et pratique, un petit nombre d’accessoires évocateurs, de beaux costumes d’époque, et une direction d’acteurs réglée au cordeau, qui suit le livret à la lettre, plus encore que dans les Noces, ou plutôt, qui donne à chaque phrase, à chaque situation du livret une traduction scénique respectueuse, mais aussi inventive et intelligente. L’humour et l’insolence du texte de Da Ponte, la tendresse de la musique de Mozart éclatent dan ce cadre propice avec une force renouvelée, et la sensualité du sujet est rendue de façon fine et suggestive. Le choix des lieux que vont parcourir les protagonistes est toujours bien pensé : un bain turc pour le lancement du pari, la chambre d’une des sœurs, des scènes d’extérieur suggérées par une légère couche de sable, une tempête qui se déclenche lors du finale de l’acte I. Rien n’est laissé au hasard, tout semble parfaitement à sa place, et malgré la modestie des moyens mis en œuvre, on se sent immergé dans le XVIIIème siècle. Ce spectacle est drôle, charmeur, passionnant de bout en bout, et laisse une magnifique impression de jeunesse et d’enthousiasme.

C’est évidemment Jean-Claude Malgoire qui assure la direction musicale de la soirée, à la tête d’un orchestre dont nous avons souvent dit les limites, mais qui manifeste toujours une bonne volonté et une bonne humeur communicatives. Le chef a le don de renouveler notre écoute des œuvres les plus connues en trouvant toujours des phrasés originaux, des rythmes qui surprennent, et maintenant toujours l’action sous tension. Le résultat est parfois un peu brouillon, la fougue se payant de certains décalages et d’un orchestre qui peine parfois à suivre, mais c’est toujours une lecture passionnante, car elle laisse une plaisante impression de spontanéité et ne ressemble à nulle autre.

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© Danielle Pierre

La moitié de la distribution de ce Cosi est tirée de celle des Noces, reprenant Cherubino, Figaro et le Comte. Habituel point fort à Tourcoing, le plateau est pourtant légèrement décevant, d’abord parce que ses membres ont des voix qui ne se marient pas toujours très bien, et arrivent rarement à chanter vraiment ensemble, dans un style commun. On connaît l’importance capitale des duos, trios, quatuors, dans Cosi fan tutte, or ils sont souvent légèrement dépareillés par de menus décalages, par des accents et des phrasés légèrement différents, par des respirations qui divergent. C’est le cas entre les deux sœurs- c’est d’ailleurs le cas pour tous ceux qui chantent avec Fiordiligi, dont le style vocal est étrange-, mais c’est aussi le cas entre Ferrando et Guglielmo, dont l’entente musicale ne paraît pas au sommet.

Individuellement, quelques prestations sont frustrantes, dont celle de Nicolas Rivencq, Comte Almaviva plein de prestance, mais qui est un Don Alfonso plutôt éteint du point de vue du chant, avec la voix grise et fatiguée. Nous n’avions pas été convaincu par le Chérubin de Lina Markeby, sa Dorabella est intéressante, mais problématique. Voilà une chanteuse attachante, bonne actrice, qui a une véritable conception de son rôle, et ne cherche pas à imiter ce que d’autres ont fait avant elle. Ses phrasés sont inventifs, elle mène le récitatifs avec beaucoup d’imagination et une excellente diction. Cependant, la voix n’est pas encore mûre, il manque de la stabilité à la ligne de chant, et une plus grande égalité des registres : on entend des détimbrages et des engorgements dans le médium, et les aigus sont souvent mal assurés. Au moins possède-t-elle la senssibilité et le style mozartien, ce qui n’est vraiment pas le cas de la Fiordiligi de Rachel Nicholls, au chant forcé et strident, à la voix métallique et tonitruante, qui déséquilibre systématiquement les ensembles.

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© Danielle Pierre

Dans cette distribution, on a le plaisir de retrouver Joan Martin Royo, excellent Figaro, tout aussi à l’aise en Guglielmo, auquel il prête une voix décidément très belle, au timbre riche, rond et chaud, et au style impeccable. Loin de ne traiter que l’aspect bouffon de son personnage, il lui donne de surcroît une épaisseur, une inquiétude devant la gravité de la comédie qu’il est en train de jouer, qui ne sont pas courantes. Robert Getchell est un Ferrando honorable, mais plus effacé, à l’émission très nasale. Le chant est juste, respectueux du style, avec une jolie et poétique sérénade, mais prudent, notamment dans un « Tradito… schernito » peu engagé.

Enfin, nous gardons pour la bonne bouche la Despina d’Anne Catherine Gillet, qui connaît tous les secrets du rôle, et parvient à être une comédienne hilarante, piquante et follement énergique, tout en conservant une qualité de chant superlative, avec cette belle voix puissante, au vibrato léger, conduite avec une rare élégance.

Dernière étape de cette trilogie Da Ponte : Don Giovanni les 16, 18 et 20 mai prochains.

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- Tourcoing
- Théâtre municipal
- 26 mars 2010
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Cosi fan tutte. Dramma giocoso en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte
- Mise en scène , Pierre Constant ; Assistant, Grégory Voillemet ; Décors, Roberto Platé ; Lumières, Jacques Rouveyrollis ; Costumes, Jacques Schmidt et Emmanuel Peduzzi ; Maquillage et coiffure, Suzanne Pisteur
- Don Alfonso, Nicolas Rivenq ; Despina, Anne-Catherine Gillet ; Fiordiligi, Rachel Nicholls ; Guglielmo, Joan Martin Royo ; Dorabella, Lina Markeby ; Ferrando, Robert Getchell - Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
- La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
- Jean-Claude Malgoire, direction






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