ClassiqueInfo.com




Ariane au parking

lundi 28 février 2011 par Olivier Lalorette
JPEG - 43 ko
Zerbinette / Brenda Rae
© Desmesure

Strauss disait pour défendre Stefan Zweig : « Je ne connais que deux types de personnes : celles qui ont du talent et celles qui n’en n’ont pas ». Ainsi il y a les mises en scène qui ont quelque chose à dire, et celles où on se dit qu’une version de concert aurait pu remplir la même mission.

Le prologue se déroule dans une galerie d’art. Que vient faire la tête de Casimir, comme unique œuvre exposée dans cette galerie ? Seul Roy Rallo, qui signe cette mise en scène, doit le savoir. Passé le prologue, cela devient encore plus ténébreux. Au sens propre d’abord : la scène sera plongée dans l’obscurité, jusqu’à la fin du spectacle. Seuls les maigres néons autour du siège d’Ariane permettent de distinguer les chanteurs sur la scène. Le lieu de l’action, un parking souterrain, en est la cause. Il parait dés lors superflu de préciser qu’il n’y a aucun jeu de lumière.

JPEG - 60 ko
Le Compositeur / Elza van den Heever
© Desmesure

L’obscurité relative de la scène, met en lumière l’absence totale de direction d’acteur. Le statisme devient absolu, et seule la musique de Strauss nous préserve de l’ennui.

Les chanteurs ne déméritent pourtant pas. A commencer par le compositeur d’Elza van den Heever, grimé en jeune premier de la classe, serré dans son costard, et dont la coupe de cheveux n’est pas sans plagier celle d’une célèbre ancienne chanteuse de variété. La voix nous apparaît lumineuse et puissante. A tel point qu’elle nous semble définitivement à l’étroit dans le petit théâtre bordelais. Dans son duo avec Zerbinette, elle brise la glace, pour notre plus grand plaisir, et sera vivement applaudie.

Heidi Melton, déjà entendue à Bordeaux dans Tannhaüser, au tempérament peu extraverti, n’avait pas besoin que la mise en scène la cloue sur une chaise pendant tout l’opéra. Vocalement, c’est facile, ample et velouté : tout ce qu’il faut pour faire une belle Ariane.

JPEG - 89 ko
Ariane / Heidi Melton - Le Compositeur / Elza van den Heever - Brenda Rae / Zerbinette (de dos)
© Desmesure

Arnold Bezuyen fait bien pâle figure à côté d’une telle Ariane. Il faut dire que chanter Bacchus relève d’un certains courage, tant la partition est ardue. Le manque de volume, même dans une petite enceinte comme le Grand théâtre de Bordeaux, nous fait dire qu’il serait plus sage qu’il laisse le rôle à des ténors au format plus héroïque. La trop courte intervention de Thomas Dolié en Harlequin, ne laisse pas à sa voix le temps de nous montrer toutes ses beautés. Zerbinette, en la personne de Brenda Rae, est la bonne surprise de cette distribution. Une voix plus ronde que celle des titulaires habituelles du rôle mais qui contre toute attente, va se plier aux vocalises vertigineuses de son grand air. C’est également le seul personnage – même si le rôle s’y prête – à contrer le statisme général du plateau. Pour ne rien gâcher, son physique avantageux, crédibilise un peu plus son personnage.

JPEG - 95.9 ko
L’Echo / Eve Christophe-Fontana - Naïade / Melody Louledjian - Dryade / Katharina Magiera
© Desmesure

Mais le grand vainqueur de la soirée, c’est Kwamé Ryan. S’il est difficilement envisageable de monter Salomé, Elektra, ou même le Chevalier à la rose, dans une fosse et une scène aussi petites – aurons nous droit à plus de répertoire wagnérien et straussien à Bordeaux, avec la construction du nouvel auditorium ? –, Ariane à Naxos est au contraire l’œuvre idéale pour ce théâtre. Kwamé Ryan le sait bien, et nous livre toutes les beautés de cette partition, des grands climax wagnériens, jusqu’aux passages les plus mozartiens.

Un spectacle chaleureusement applaudi par le public bordelais, qui fait écho au succès de Tannhaüser. Le grand répertoire germanique semble manquer aux bordelais. Espérons que la direction de l’ONBA en tienne compte.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Bordeaux
- Grand Théâtre
- 25 février 2011
- Richard Strauss (1864-1949), Ariadne auf Naxos
- Mise en scène, Roy Rallo ; Décors, Marsha Ginsberg ; Costumes, Doey Lüthi ; Lumières, Christopher Akerlind
- Le Majordome, Martin C. Turba ; Ariane, Heidi Melton ; Le Compositeur, Elza van den Heever ; Le Maître de Musique, Olivier Zwarg ; Le Maître à danser, Olivier Dumait ; Scaramouche, François Piolino ; Ténor/Bacchus, Arnold Bezuyen ; Zerbinette, Brenda Rae ; Harlequin, Thomas Dolié ; Brighella, Xin Wang ; Truffaldin, Andrey Zemskov ; Naïade, Mélody Louledjian ; L’Echo, Eve Christophe ; Dryade, Leslie Davies ; Le Laquais, Pascal Wintzner ; Le Perruquier, David Ortéga ; L’Officier, Olivier Bekretaoui
- Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine
- Kwamé Ryan, direction






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 842637

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License