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Apothéose de Pierre Boulez

mercredi 12 mai 2010 par Philippe Houbert
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Pierre Boulez
DR

Le cycle « Multimédia et temps réel » proposé par la Cité de la Musique s’est achevé avec une double exécution de Répons de Pierre Boulez.

Œuvre majeure dans sa production des années quatre-vingt, Répons se situe au croisement des deux institutions voulues par le compositeur qui vient de fêter, fin mars, ses 85 ans : l’Ircam pour la partie recherches et prospective, l’Ensemble InterContemporain pour la constitution d’un répertoire et la création d’œuvres nouvelles.

La confrontation de matériaux orchestraux et électroacoustique n’était pas nouvelle pour Boulez lorsqu’il s’attaqua à Répons. Poésie pour pouvoir en 1958, puis la première version d’ …explosante-fixe… en 1971, exploraient déjà cet alliage. De même, la spatialisation orchestrale avait déjà été abordée dans Figures-Double-Prisme en 1963 et dans Rituel en 1974. Enfin, la place donnée aux percussions résonnantes était marquante depuis Eclats en 1965. Mais, certaines des œuvres citées n’ayant pas satisfait leur auteur, c’est bien comme une synthèse des démarches conduites dans différents domaines, et l’aboutissement de recherches anciennes, que peut être considéré Répons.

Le titre fait référence, selon Boulez lui-même, à « son inclination envers des procédés dérivés de la musique médiévale ». Ce concept de répons concerne les pratiques d’alternance entre des jeux individuels solistes et collectifs (en l’occurrence, orchestraux).

Six solistes (deux pianos, harpe, cymbalum, vibraphone, glockenspiel/xylophone) entourent le public. Dans la salle des concerts de la Cité de la musique, ces musiciens se situaient au niveau balcon, harpe et cymbalum se faisant face, un piano et une percussion de chaque côté.
Leurs sons sont captés par des micros et transformés en temps réel par un système informatique. Au centre de la salle, soit au parterre, l’orchestre de vingt-quatre musiciens, sous la direction du chef. Le public était disposé partout ailleurs, soit entre l’orchestre et les solistes.
Cette disposition particulière a évidemment de grosses répercussions sur la technique d’écriture. Si l’orchestre est dirigé de façon traditionnelle, avec des tempi contrôlés, les solistes, eux, se trouvant trop loin du chef, et même derrière lui, ne peuvent atteindre une même précision et évoluent à partir d’une gestuelle globale et dans des tempi relatifs.
Cette juxtaposition de métriques rigoureuses et libres constitue l’une des grandes caractéristiques de Répons.

Le système informatique agit en temps réel, modifiant les timbres et les textures des instruments solistes, les réinjectant en les spatialisant dans six haut-parleurs entourant également le public. Aucun haut-parleur n’est affecté à un instrument spécifique. Les sons solistes voyagent suivant des itinéraires très déterminés.

C’est dans une véritable cathédrale sonore que Boulez nous fait entrer. Cathédrale de 45 minutes en huit sections s’enchaînant sans interruption.
A une introduction orchestrale énergique, présentant les matériaux qui seront réutilisés plus tard (éléments de tension rythmique associés à des figures de trilles créant une détente), succède la sensuelle entrée des solistes sur six accords arpégés. Section où la machine reprend les arpèges, les transformant au point où Boulez évoque l’image d’une bougie reflétée par divers miroirs, le même objet apparaissant avec des échos déformés.

Il faut également retenir la quatrième section, mouvement perpétuel très virtuose, inspirée des gamelans balinais, la sixième, presque exclusivement dédiée aux cordes, où les trilles surchargent l’atmosphère sonore, et la coda dans laquelle les solistes retrouvent la configuration de départ, avec cette fin très mahlérienne (coda du premier mouvement de la symphonie n°9) où le matériau musical part en lambeaux, ne laissant que quelques traces, moment d’intense envoûtement qui cloue le public dans le silence.

Ce chef d’œuvre sans équivalent dans l’histoire de la musique mérite d’être écouté plusieurs fois et nous ne saurions trop remercier la Cité de la musique et l’EIC d’avoir offert au public la possibilité d’entendre Répons deux fois, pour ce qui nous concerne, une première fois au parterre derrière l’orchestre, une seconde fois au balcon surplombant l’orchestre avec la harpe en arrière.

Merveilleuse expérience rendue d’autant plus précieuse qu’elle fut portée par un EIC qui se joue des difficultés de la partition avec une aisance confondante. Bilan enthousiaste auquel il convient d’associer les six solistes et la formidable chef qu’est Susanna Mälkki.

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- Paris
- Cité de la musique
- 15 avril 2010
- Pierre Boulez (né en 1925), Répons (1981-1984) : deux éxécutions
- Andrew Gerzso, réalisation informatique musicale Ircam ; Gilbert Nouno, régie informatique Ircam
- Hideki Nagano, piano
- Dimitri Vassilakis, piano
- Frédérique Cambreling, harpe
- Michel Cerutti, cymbalum
- Samuel Favre, vibraphone
- Gilles Durot, xylophone et glockenspiel
- Ensemble InterContemporain,
- Susanna Mälkki, direction






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