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Antonini et Fink, pour une symphonie baroque

vendredi 12 juin 2009 par Carlos Tinoco
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Bernarda Fink
© Ferdinand Neumüller

Qu’est-ce que l’art sacré ? Le très beau concert donné par le Giardino Armonico, dirigé par Giovanni Antonini, et Bernarda Fink pourrait être une réponse à cette interrogation. Si la piété n’est qu’angélisme et pureté, alors nous avons assisté à une profanation. Perpétrée par les compositeurs, avant d’être relayée par Antonini. Mais, en cette suite d’œuvres dédiées à Marie, il était tentant de faire le parallèle avec les Madones d’un Raphaël : sont-elles moins saintes parce que désirables ? Au mécréant que nous sommes, l’ivresse musicale de cette soirée n’a pas paru sacrilège.

Une remarque préliminaire, pour relever l’intelligence du programme, qui enchâssait, beaucoup plus qu’il ne juxtaposait, des œuvres tournant autour des lamentations de Marie, en une sorte de symphonie baroque qui aurait pu s’intituler : une savoureuse Déploration du Christ. Les partitions choisies, de Caldara, Marini, Monteverdi, Vivaldi, Conti, Pisendel, Weiss et Ferrandini avaient aussi pour point commun d’être des expressions de la Contre-Réforme italienne, et de ses ramifications jusque dans certaines villes d’Allemagne. On le sait, sur le plan de l’art, la Contre-Réforme a fait la part belle à l’expression des passions, en réaction à l’austérité protestante.

En écoutant le Giardino Armonico s’emparer de ces œuvres, et en comparant avec le style interprétatif des ensembles issus de la tradition germanique (notamment Musica Antiqua Köln dans le cas du Pianto di Maria de Ferrandini), on est frappé par la persistance de certaines oppositions de perspectives. La rondeur et la souplesse des phrasés du côté d’Antonini, l’inflexibilité et la tension chez Goëbel. Chez ce dernier, le grondement des basses fait de la déploration un prolongement de l’ascension du Golgotha. Antonini à la Cité de la Musique a mis au premier plan le chant des violons où déjà s’élève Marie. Le « Sventurati miei sospiri », pris à un tempo très vif, contenait même une part d’allégresse. La vision peut surprendre, mais elle est musicalement envoûtante et très défendable.

Ce fut le cas dans tout le programme. Car les ornements, constamment entrelacés à un contrepoint rigoureux, témoignent du côté kaléidoscopique de ces compositions. Sans jamais introduire de phrasés provocateurs, et sans non plus manquer d’en exposer l’architecture savante, Antonini et les siens en ont privilégié la sensualité ; aérienne, subtile, qui nous donna un Caldara, un Conti et un Pisendel exquis. Une mention particulière pour la basse continue toute en délicatesse, emmenée par le magnifique luth de Luca Pianca (quand en plus il joue seul dans un Prélude et Fugue de Weiss, c’est un moment de grâce).

Quant à Bernarda Fink, l’autre attraction de la soirée ? Si l’on excepte un Pianto della Madonna de Monteverdi (sur l’air du Lamento d’Arianna) où elle nous confirma qu’elle n’est pas une alto, et où la justesse stylistique semblait compenser les limites vocales (des graves au placement incertain, peut-être aussi parce que la voix n’était pas encore chaude), elle fit merveille dès qu’elle fut dans son registre. Outre une ligne de chant superbe dans le Ferrandini, son échange avec le chalumeau d’Antonini (qui est soliste comme il est chef : avec virtuosité et élégance), fut un nectar. A pleurer ainsi avec la vierge, nous aurions pu passer la nuit.

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- Paris
- Cité de la Musique
- 04 juin 2009
- Antonio Caldara (1670-1736), Sinfonia en la mineur
- Biagio Marini (1594-1663), Passacaglio
- Claudio Monteverdi (1567-1643), Pianto della Madonna
- Antonio Vivaldi (1678-1741), Concerto madrigalesco Sonata « Al Santo Sepolcro » ; Sinfonia RV 169
- Francesco Conti (1682-1760), « Sento gia mancar la vita » ; Aria extrait de « Il Martirio di San Lorenzo »
- Johann Georg Pisendel (1687-1755), Sonate en do mineur
- Sigmund Leopold Weiss, Prelude et fugue en mi bémol majeur pour luth
- Giovanni Battista Ferrandini (1710-1791), Il Pianto di Maria da cantarsi davanti al sepolcro
- Bernarda Fink, mezzo-soprano
- Il Giardino Armonico
- Giovanni Antonini, direction






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