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Annick Massis : Un récital d’hiver à Paris

mercredi 9 décembre 2009 par Pierre Philippe
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Annick Massis
© Corrado Maria Falsini

Annick Massis se fait rare en France et tout particulièrement à Paris. Aussi, un récital de la soprano est-il un événement, même si le programme reste sans surprise, identique à celui qu’elle avait donné le 24 mars 2008 à Moscou. On y trouve des airs très connus, mais qui montrent les différentes facettes de la voix d’Annick Massis. Malheureusement, la fête n’aura pas été totalement au rendez-vous à cause d’un refroidissement de celle qui a été accueillie triomphalement avant même de chanter…

Commençons par le sujet qui fâche : la direction d’orchestre. Dans un programme qui fait autant de place à l’orchestre, on aurait pu attendre une direction et un orchestre qui méritent cette exposition. Ce n’est malheureusement pas le cas ! L’ouverture du Barbier de Séville fait illusion, dirigée avec légèreté par le chef, la seule réserve résidant dans les percutions tonitruantes. L’accompagnement des airs se contente du minimum. Et on trouve à chaque fois les mêmes problèmes dans les parties orchestrales : une direction sans tension, et la prépondérance des vents et des percussions. On en vient du coup par exemple à ne pas entendre les subtilités de l’ouverture de Semiramide, où les pizzicati sont couverts par cette masse trop puissante.

Tout l’intérêt était donc concentré sur Annick Massis. Cette dernière était malheureusement malade, ce qui a entaché sa prestation. On entend ces problèmes dès la première note de l’air de Manon : cette note sort d’on ne sait où et on ne sait comment. Tout ce qu’on sait, c’est que ce n’est en aucun cas celle attendue. Mais il n’y a que cette première syllabe du « Allons » qui dérape. On retrouve par la suite la voix qu’on connaît à Annick Massis : belle et fluide, prenant petit à petit de l’ampleur. Le programme indique que Manon est sa prochaine prise de rôle : on entend bien qu’il lui manque la profondeur que pourra lui apporter une prestation scénique ! Si c’est vocalement très beau, il n’y a pas d’attention dramatique ni d’émotion.

Avec les Pêcheurs de Perles, on se trouve par contre en terrain connu ; elle connaît ce rôle depuis des années, une proximité très perceptible. La technique sûre et la voix bien maîtrisée nous font passer un très beau moment de musicalité et de beauté. Seule ombre au tableau, cette dernière note, tenue à l’extrême qui vient gâcher cet air pourtant tellement franc et limpide : la démonstration est impressionnante, mais totalement anti-théâtrale.

Annick Massis a déclaré vouloir rechanter dans Roméo et Juliette. A l’écouter, on sent qu’elle aime ce rôle de Juliette, dont au lieu de nous proposer l’éternelle valse du premier acte, elle chante « l’air du poison ». Et pourtant, cet air est beaucoup moins dans la voix de la soprano, demandant beaucoup plus de puissance et de drame. On entend donc quelques passages montrant l’absence de grave, mais l’investissement est tel qu’on reste impressionné par la prestation : ce qu’elle n’a pas en voix, elle le compense en théâtre.

C’est ainsi que se clôt la première partie, consacrée aux airs français. Le style est parfaitement maîtrisé et la diction impeccable. Ce répertoire convient parfaitement à cette voix. La deuxième partie nous emmène vers un autre pan du répertoire d’Annick Massis : le bel canto italien. Si à priori la voix peut y manquer d’un peu de rondeur, le style est là aussi parfaitement acquis et on en oublie ce petit manque de graves ou ce médium trop léger.

Pour La Sonnambula, le problème d’attaque est encore plus important que dans Manon. On entend à quel point le médium est instable et susceptible de se dérober. L’énervement de la chanteuse et sa tension sont d’ailleurs visibles. Malgré tout, la partie lente de cette scène finale est très bien conduite et se trouve saluée par des applaudissements réconfortants. La cabalette qui suit montre qu’Annick Massis ne veut pas laisser le public sur un sentiment mitigé : elle prend des risques, lance des aigus et des ornements d’une grande virtuosité et tout passe admirablement bien. Son registre aigu semble hors de la zone à problème. En revanche, pourquoi avoir encore tenu cette dernière note ? Est-ce comme pour le danger pris dans la cabalette : pour se racheter de son attaque faussée ?

En fin de programme, le grand air de Semiramide nous montre toujours les mêmes soucis dans le médium. Sauf qu’il est ici plus sollicité que précédemment… s’il n’y a pas de franche rupture, certains passages ne sont pas nets et on voit encore une fois à quel point la soprano se bat pour que la voix ne se brise pas. La partie rapide nous la montre comme pour chaque partie virtuose dans une très bonne forme, prenant des risques dans les ornementations. Et au final, il est impressionnant qu’elle arrive à nous proposer un tel feu d’artifice, alors que sa voix n’est pas en grande forme et que sa confiance en elle ne doit pas non plus être au plus haut.

Malgré sa maladie, la soprano continue à mener ce récital de main de maître, ce que le public comprend bien, se montrant toujours très compréhensif. Les applaudissements sont toujours très fournis, et un vrai triomphe est offert à la fin à Annick Massis, qui en paraît très touchée. Elle offre donc un unique bis, mais dans la lignée du programme : la fin de la scène de la folie de Lucia di Lammermoor. Et comme toujours dans ces parties virtuoses, elle fait mouche, et reçoit encore un triomphe, saluant notes piquées, trilles et aigus sûrs, le tout accompagné par un engagement théâtrale rare dans un récital.

La soirée aurait peu être exceptionnelle, elle ne sera que bonne. L’orchestre n’aura jamais été à la hauteur de la soliste qui, même si celle-ci est n’est pas au sommet de sa forme, reste impressionnante et d’une grande musicalité, voulant manifestement se faire pardonner cette méforme en ne s’économisant pas. Et même si le public était conquis d’avance, l’ovation finale montre à quel point rigueur ne lui a pas été tenue des accrocs causés par son indisposition. Un vrai plaisir de retrouver Annick Massis donc, même si les circonstances auraient peu être meilleures.

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