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Année Haydn lyrique : Orfeo à Tourcoing

dimanche 5 avril 2009 par Richard Letawe
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Haydn était à l’honneur dans nos contrées nordistes ce week end avec au Grand Théâtre de Luxembourg Il Mondo della Luna et à l’Atelier Lyrique de Tourcoing une nouvelle production de L’Anima del Filosofo ossia Orfeo ed Euridice.

Orfeo est le dernier opéra de Haydn, composé pour le King’s Theatre de Londres, il fut interdit par le roi Georges III, qui avait réservé le monopole de la représentation d’opéra en italien à un théâtre concurrent. La première répétition fut même interrompue par les autorités, pour ne plus jamais reprendre, avant qu’on crée enfin l’œuvre en 1950 et 1951, à Vienne pour un enregistrement, puis à Florence sur scène, avec la participation de Maria Callas en Euridice.

Le livret de cette nouvelle mouture musicale du mythe d’Orphée est l’œuvre de l’italien Carlo Francesco Badini, poète sous contrat au King’s Theatre. Celui-ci rédige un texte sensiblement différent de la version la plus célèbre à l’époque, celle de Calzabigi, sur laquelle Gluck composa. Le texte de Baldini est l’œuvre d’un poète qui est très influencé par l’esprit des Lumières, par l’espérance en un progrès constants et par la croyance en les vertus de la philosophie. Ainsi, Orfeo est ici un artiste et un penseur, qui au premier acte sauve Euridice des griffes du malfaisant Arideo [1] par le charme de son chant mais aussi par la force de son raisonnement. Elève du philosophe Créonte, il ne parvient pas à dominer ses pulsions lorsqu’il va sauver sa belle au cœur du royaume des morts, et la regarde donc avant d’en être sorti. Errant sur un rivage, notre héros qui n’a pas pu suivre la voie de la sagesse, est forcé par des Bacchantes à avaler un élixir d’amour, qui se révèle être un poison mortel, et est emporté par les flots.

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D’une qualité poétique et symbolique indéniable, le livret souffre cependant d’un véritable manque de théâtralité, et surtout d’un moralisme assez pesant, incarné par le personnage de Créonte, qui débite le plus souvent des sermons indigestes à base de tempérance, de gravité et de prudence.

La metteuse en scène Anita Baldi arrive à faire un spectacle assez intéressant avec ce livret difficile, proposant une série de scènes à la beauté un peu froide et statique, mais plutôt convaincante. Le décor est occupé par un très grand cercle mural, dans lequel sont projetées des images d’astronomie le plus souvent. La scénographe a quelques idées particulièrement pertinentes : représenter la cour de Créonte en une communauté scientifique que dirige Créonte, ou bien encore de placer Euridice dans un asile de fous plutôt que chez les morts, la perte de la raison semblant plus terrible dans cette œuvre que la mort. Quant à la surprise que font au public les sbires d’Arideo lors de leur assaut sur le palais de Créonte, vociférant dans les couloirs du théâtre, faisant claquer les portes, elle glace proprement le sang, car en plus de la surprise, la menace reste invisible. A part deux ou trois détails malheureux : faire chanter Orfeo trop souvent juché sur les tabes, faire remettre par Euridice le serpent qui l’a mordue dans son bocal, cette mise en scène qui a su pénétrer l’esprit de l’œuvre et de son époque, est une belle réussite.

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Musicalement, Orfeo n’est pas le chef d’œuvre de Haydn, qui commet quelques airs un peu fades, mais qui compose quand même quelques pages inspirées, notamment pour les chœurs, dont toutes les interventions sont magnifiques, et pour les airs d’Eurdice, qui sont très touchants, ceux d’Orfeo étant nettement plus froids et académiques. Pour servir les parties chorales, l’Atelier des Voix, un chœur d’insertion professionnelle issu d’un partenariat entre l’association Domaine musiques et l’Atelier Lyrique de Tourcoing. Ces jeunes chanteurs ont été fort bien préparés, sur le plan scénique comme sur le plan musical, et font preuve d’une intéressante individualisation des voix, en même temps que d’une bonne cohésion.

Deux des quatre solistes de ce soir participaient à la Tosca de la fin d’année dernière. Hjördis Thébaut en Euridice est un peu moins en voix que dans Puccini. On perçoit chez elle quelques dureté, et un léger manque de finesse dans les aigus en première partie, mais elle est juste, expressive et émouvante dans son dernier air.

En Créonte, Pierre-Yves Pruvot a un rôle beaucoup moins fort que celui du baron Scarpia. Il fait donc ce qu’il peut pour habiter au mieux le personnage et soutenir l’intérêt, mais semble quand même un peu s’ennuyer avec ses longues tirades moralisatrices. Cependant dans son second air, une tirade guerrière bien troussée, pour mobiliser ses forces face à Arideo, il retrouve ses qualités de mordant et de présence.

Joseph Cornwell connaît un premier acte très difficile, la voix manquant de soutien, les aigus défaillant souvent, avant de se rattraper en partie par la suite, faisant valoir un fort joli timbre, et des phrasés délicats. Ses talents limités d’acteur n’en font pas un Orfeo très mémorable. Enfin, dans le rôle de Genio, qui offre à Orfeo la philosphie, remède à ses malheurs, Isabelle Poulenard est l’auteure d’un éblouissant numéro technique, que ne ternissent pas deux notes aigües fort discordantes.

Dans la fosse, une Grande Ecurie comme d’habitude un peu verte de sonorité, pas toujours très disciplinée, mais enthousiaste et engagée, est dirigée d’un geste ferme et équilibré, par son mentor Jean-Claude Malgoire.

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- Tourcoing
- Théâtre Municipal
- 17 mars 2009
- Joseph Haydn (1732-1809), L’Anima del filosofo ossia Orfeo ed Euridice. Dramma per musica, sur un livret de Carlo Francesco Badini
- Mise en scène, Alita Baldi ; Assistant à la mise en scène, Aristide Legrand ; Décors et costumes, William Orlandi, Assistant aux décors, Aurelio Colombo ; Lumières, Roberto Venturi ; Maquillage, coiffures, Elisabeth Delesaille
- Hjördis Thébault, Euridice ; Joseph Cornwell, Orfeo ; Pierre Yves Pruvot, Orfeo, Plutone ; Isabelle Poulenard, Genio ; Aristide Legrand, Arideo (rôle muet)
- L’Atelier des Voix. Chef de chœur, Benoît Haller
- La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
- Jean-Claude Malgoire, direction

[1] Rôle muet, prétendant à la main d’Euridice, qui lui a été promise par son père Créonte.











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