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Année Haydn lyrique : Il Mondo della Luna à Luxembourg

mardi 31 mars 2009 par Richard Letawe
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© Laurent Guizard

Pour fêter l’année Haydn, le Grand Théâtre de Luxembourg montait l’un de ses meilleurs opéras, Il Mondo della Luna, dans une coproduction avec Angers Nantes Opéra et l’Opéra de Rennes.

Le Grand Théâtre de Luxembourg est une salle moderne, qui sert à la fois au théâtre, à la danse et à l’opéra. L’auditorium est assez austère, le public se sent loin de la scène, et le cadre n’est guère propice à des opéras intimistes. Cette production du Mondo della Luna semble souffrir un peu dans cette atmosphère sans charme, et la distribution, composée de voix assez jeunes et légère manque d’impact, le son ayant tendance à se perdre dans les cintres.

Pourtant, la mise en scène de Yoshi Oïda est intéressante, jouant sur le second degré et la distanciation, en présentant un théâtre dans le théâtre, avec les chanteurs qui s’habillent pour la représentation durant l’ouverture, est pleine de fantaisie, et raisonnablement drôle. Les costumes lunaires, loufoques, rutilants et gracieux à la fois, sont réussis, le décor est léger et ingénieux, et le spectacle, après un premier acte un rien placide, prend ensuite un bon rythme, grâce également à la présence sympathique et habile de deux comédiens et danseurs, qui jouent le rôle de valets de Buonafede.

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© Laurent Guizard

La distribution vocale est un peu pâle ce soir, avec des chanteurs que pour la plupart nous avons déjà entendus meilleurs en d’autres occasions. Delphine Galou d’abord, qui avait fait forte impression dans le Giustino de Legrenzi sur la même scène il y a peu, apparaît un peu précautionneuse en Ernesto, elle dont le timbre d’alto semble un peu clair pour ce rôle travesti. Rien de mauvais dans ce qu’elle propose, mais une prestation en retrait de sa part, ne comblant pas tout à fait les attentes qu’elle suscitait.

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© Laurent Guizard

Habitué des scènes de province françaises, Nigel Smith est un acteur convaincant et drôle dans le rôle du crédule Buonafede. Le timbre est toujours très attrayant, le chant stylé, mais il manque un peu de mordant et d’autorité, surtout dans le premier acte, où il est un pue terne dans sa confrontation avec ses deux filles. Celles-ci sont d’ailleurs elles aussi un peu absentes, avec Bénédicte Tauran bien chantante en Clarice, mais peu marquante, et Andrea Lang en Flaminia. Celle-ci remplaçait en fait Mélanie Boisvert à l’avant-dernière minute. On lui pardonnera donc sa ligne de chant un peu hachée et ses aigus périlleux, pour louer son courage et son aplomb dans les vocalises. Dans le rôle de la soubrette Lisetta, convoitée par Cecco, le valet d’Ernesto et par son patron Buonafede, on retiendra le nom de Louise Callinan, au chant corsé et à la belle présence scénique.

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© Laurent Guizard

Finalement, ce sont les deux ténors qui font la meilleure impression : Mathias Vidal est un Cecco truculent, et Simon Edwards en Eccletico, celui qui fait croire à Buonafede en le droguant qu’il l’emmène sur la lune. Le chant est plein de classe, impeccablement phrasé, juste et soutenu sur toute la tessiture. Lui manque seulement un peu d’éclat et de vaillance dans les aigus pour être tout à fait mémorable, mais sa prestation est largement à la hauteur de ce qu’on attendait de lui.

La production a déménagé à Luxembourg avec la formation qui en a assuré la création, l’Orchestre de Bretagne. Celui-ci est d’un niveau très moyen : la crudité des timbres, le manque de brio des solistes n’étant pas compensés par une cohésion assez faible. A sa tête, le brittanique Mark Tatlow dirige un Haydn bonhomme et sympathique, mais manquant de fantaisie et de tension.

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© Laurent Guizard

Le bilan de cette représentation est donc relativement mitigé, essentiellement pour des raisons musicales. Pas de quoi gâcher cependant le plaisir de revoir cette œuvre délicieuse sur scène.

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- Luxembourg
- Grand Théâtre
- 15 mars 2009
- Joseph Haydn (1732-1809), Il Mondo della Luna. Opéra bouffe en trois actes. Livret anonyme d’après Carlo Goldoni.
- Mise en scène, Yoshi Oïda ; Chorégraphie, Caroline Marcadé ; Décor, Tom Schenk ; Lumières, Françoise Michel
- Ernesto, Delphine Galou ; Eccletico, Simon Edwards ; Lisetta, Louise Callinan ; Buonafede, Nigel Smith ; Clarice, Bénédicte Tauran ; Flaminia, Andrea Lang ; Cecco, Mathias Vidal
- Comédiens-danseurs, Vincent Coppin, Samuel Vittoz
- Continuo, Muriel Bérard
- Orchestre de Bretagne
- Mark Tatlow, direction











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