ClassiqueInfo.com




Anne-Sophie Mutter en son royaume

lundi 3 mars 2008 par Bertrand Balmitgère
JPEG - 35.4 ko
©Harald Hoffmann/DG

Le Festpielhaus de Baden-Baden, une des plus grandes salles d’Europe, est réputé pour sa beauté et en particulier pour son monumental lustre étincelant, mais ce soir du 29 février 2008, la lumière venait d’ailleurs… de la scène où une artiste d’exception brillait de mille feux et rappelait à tous, si cela était encore nécessaire, l’immensité de son talent. Nous parlons bien sûr de la violoniste Anne-Sophie Mutter.

C’est toujours un moment particulier pour Mutter de revenir jouer à Baden, car elle est originaire de la région. Aussi, le fait-elle le plus souvent possible. Chaque concert de la soliste badoise au Festpielhaus est un événement, tant l’attente et la demande sont fortes. Et le moins que nous puissions dire, c’est que le rendez vous fut une réussite totale, à la hauteur des espérances du public. Mutter est chez elle dans cette enceinte feutrée où tout ce que Baden compte de dignitaires et de personnalités était venu se presser. Cela se sent, la scène lui appartient. Nous avons littéralement assisté à la rencontre d’un public et de son artiste.

Beethoven est sûrement la plus belle histoire artistique d’Anne-Sophie Mutter, il suffit pour s’en convaincre de se remémorer ses performances au disque dans ce répertoire. Nous citerons par exemple les deux excellents enregistrements du concerto pour violon avec herbert von Karajan puis kurt Masur (tout deux chez DG) ou bien encore l’intégrale des sonates pour violon et piano avec Lambert Orkis (DG également). Autant de réussites qui témoignent d’une rare proximité entre une soliste et un compositeur.

JPEG - 7.7 ko
©Lilian Birnbaum/DG

Ces trios et cette sérénade faisaient donc figure de programme idéal. Mutter s’y plongea avec une aisance déconcertante, faisant corps avec son instrument (l’un de ses deux Stradivarius, le Emiliani de 1703 et le Lord Dunraven de 1710 ). Un spectacle très impressionnant pour ne pas dire intimidant de perfection. Mutter a fait encore montre d’une technique violonistique exceptionnelle, notamment dans ses coups d’archet assez uniques qui permettent ainsi d’entrevoir toutes les subtilités d’articulations. Des effets staccato, legato qui donnent des effets sur l’interprétation de l’œuvre. Sans parler de la vélocité des doigts, pour le coup bluffante. Sans oublier la profondeur du son dégagé par son instrument, chaleur, vibrato très expressif qui se reconnaît dès les premières notes. En somme, une démonstration dont seul Anne-Sophie Mutter en a le secret.

Si nous insistons si peu sur les deux partenaires d’Anne Sophie Mutter qu’étaient Lynn Harrell et Yuri Bashmet, c’est que ces deux derniers semblaient « noyés » sous l’omniprésence de Mutter. Cela se comprend aisément, car ce soir là, ils en étaient réduits au rôle de faire valoir pour la violoniste. Constat sévère mais réaliste, d’ailleurs cela ne semblait guère les déranger. Pour résumer leur performance du soir, nous dirons simplement qu’ils ont fait leur métier. Ils n’ont pas cherché à forcer leur talent, cela nous apparaissait volontaire même, comme pour mieux laisser Mutter exprimer son art, ne rien lui retirer, ne cassant pas le fragile équilibre du trio : à Mutter la vedette, à Bashmet et Harrell les places d’honneurs. Le tout donnant lieu à une performance de tout premier ordre avec une Mutter qui était donc en état de grâce.

Après ce splendide concert une réflexion nous vient à l’esprit à propos d’Anne Sophie Mutter, en ce centenaire de la naissance d’Herbert Von Karajan. Plus le temps passe et plus l’on retrouve chez Mutter des traits communs avec son mentor. Ils ont en commun ce sens inégalé de la grandeur, l’art de se mettre en scène mais un amour commun de la précision, de la beauté, de la pureté du son aussi, tout cela au service de la musique.

Quand on regarde de près la scène internationale, peu d’artistes peuvent entrer dans cette catégorie (surtout pas ses jeunes consœurs Jansen ou Hahn), peu d’artistes ont l’aura universelle, le charisme de Mutter. Et à l’heure où cet immense talent, au zénith de sa carrière, pourrait être à la veille de sa retraite (la question est en suspend), il faut prendre conscience de la chance qu’il nous est donné de pouvoir encore profiter de sa présence sur scène, comme ce fut le cas ce soir là à Baden.
Nous conclurons par un merci, oui Merci Mme Mutter, pour cette formidable prestation, et pour tout ce bonheur musical que vous avez su si bien transmettre à tant de mélomanes.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Baden-Baden
- Festspielhaus
- 29 février 2008
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Trio pour violon, alto et violoncelle en ut mineur Op.9 n°3 ; Sérénade pour violon, alto et violoncelle en Ré majeur Op.8 ; Trio pour violon, alto et violoncelle en Mi bémol majeur Op.3
- Anne-Sophie Mutter, violon
- Yuri Bashmet, alto
- Lynn Harrell, violoncelle






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 810897

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique de chambre   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License