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Namur

Anne Queffélec joue Mozart

Société Philharmonique
samedi 24 novembre 2007 par Richard Letawe

Malgré des moyens limités, la Société Philharmonique de Namur propose chaque année une saison réduite en nombre de dates, mais variée, et présentant toujours de belles affiches. La qualité de ces saisons a permis de fidéliser le public, qui suit la programmation avec confiance, et assure à la Philharmonique un taux de remplissage que beaucoup d’autres institutions pourraient lui envier. Ce soir, le Théâtre Royal était encore une fois très bien rempli pour entendre la pianiste Anne Queffélec jouer des sonates de Mozart.

Avant de jouer, elle prend le micro, pour donner une explication sur le programme et sur sa conception des œuvres. Claire et didactique, émaillant son récit d’éléments biographiques, Anne Queffélec trouve là un beau moyen de captiver à l’avance son public, et également peut être, d’évacuer un peu le trac. Elle joue un Mozart grave et décidé, qui ne s’autorise aucun sourire, ni aucune concession à la facilité ou à la galanterie. Les phrasés sont directs, les notes ont du poids et de la substance, et le son est puissant et coloré.

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Anne Queffélec
DR

Le programme est superbe, reprenant les plus belles et les plus profondes sonates de Mozart, et commence par deux œuvres datant de son voyage à Paris : les KV 332 en Fa majeur, et KV 331 en La majeur. De la KV 332, Anne Queffélec donne deux premiers mouvements idéaux, avec un Allegro initial dont elle souligne magnifiquement les pauses interrogatives et les relances du discours, faisant preuve d’un sens théâtral sobre et efficace. Elle donne une partie centrale très amère et très sombre, et l’Adagio aux sentiments nobles et profonds est très retenu, presque décanté. Dans le dernier mouvement, la gravité de la soliste est un peu forcée : elle sollicite trop le texte et prend la pose, le discours est heurté, et les phrasés manquent de fluidité. La sonate KV 331 commence par un long Andante, dont le thème est tiré d’un chant populaire allemand. La pianiste y est sombre et sensible, rendant bien le caractère de cette méditation sage et introvertie, très nostalgique, animée seulement dans les dernières variations. L’élégant menuet est tendu, presque farouche, et ne procure aucun répit expressif avant le célèbre finale. Anne Queffélec y est explosive, soulignant impatiemment les syncopes de ce rondo alla turca, qu’on a rarement entendu aussi implacable, presque barbare.

Après la pause, et une nouvelle allocution, dans laquelle elle nous parle des amours entre Mozart et Teresa Von Tratner, Anne Queffélec termine le concert avec le grand diptyque en ut mineur : Fantaisie KV 475 et Sonate KV 457. Ces œuvres que Mozart dédia à son amante sont les plus expressives et les plus personnelles de son catalogue pour clavier. Enchaînant la fantaisie et la sonate sans interruption, la pianiste en donne une version sombre et déchirée, énergique et tendue, à l’engagement dramatique intense mais contrôlé, et à l’articulation nette et précise. Elle joue avec peu de pédale, asséchant un peu sa sonorité pour un rendu plus âpre et plus puissant. Tempétueuse dans la Fantaisie et dans le premier mouvement de la sonate, elle donne un Adagio pur et apaisé, avant un dernier mouvement très extériorisé, au tempo rapide, dans lequel elle se joue somptueusement des passages virtuoses. Anne Queffélec est parfois jugée comme une musicienne légère et un peu superficielle. A l’écoute de ce concert, nous ne pouvons que conseiller à certains d’ouvrir les oreilles, car les interprétations de ce soir ont du souffle, de la carrure et du style, sont éminemment personnelles, et sont la marque d’une grande mozartienne.

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- Namur
- Théâtre Royal
- 18 avril 2007
- Wolgang Amadeus Mozart (1756-1791), Sonates pour piano en Fa majeur KV332, en La majeur KV331 ; Fantaisie en ut mineur KV475 ; Sonate en ut mineur KV457
- Anne Queffélec, direction











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