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Andris Nelson et le City of Birmingham Symphony Orchestra : maîtrise et passion de la musique

mardi 18 octobre 2011 par Jean-Charles Jobart
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Andris Nelsons
© Marco Borggreve

Le concert offert aux Toulousains par le City of Birmingham Symphony Orchestra, sous la direction experte d’Andris Nelsons, fut un riche voyage musical d’Ouest en Est, de l’Allemagne de Wagner à la Russie de Tchaïkovski, d’une ouverture crépusculaire à l’aurore d’un final éblouissant.

Le City of Birmingham Symphony Orchestra, précédé par sa réputation, a en effet tout d’abord déçu dans l’Ouverture des Maîtres Chanteurs de Nuremberg. Malgré l’enthousiasme de son chef, l’orchestre manquait sur l’exposition de cohérence, notamment au sein des pupitres de cordes. Les lignes musicales semblaient hachées et pesantes, comme si le phrasé se perdait dans la puissance impressionnante de l’orchestre. Mais à mesure que l’on progressait dans la partition, l’orchestre progressait dans la musicalité. Il fallut donc un temps d’échauffement pour ne plus avoir des instrumentistes, mais un orchestre jouant une superbe réexposition et une coda majestueuse. Un peu tard pour convaincre…

Le Concerto pour violon et orchestre en la mineur de Dvorak est une rareté. Il est pourtant d’une richesse incontestable. Le premier mouvement, jouant sur l’alliance du violon solo et du contrechant des bois, offre des sonorités délicates, tranchant avec les brillances de l’orchestre au complet. Le soliste Christian Tetzlaff y fut stupéfiant : aucune agressivité rageuse et sèche dans son interprétation, ni aucun pathos excessif, mais toujours une juste mesure à la fois virile et sensible, sachant passer d’impressionnants aigus par-dessus l’orchestre, pousser le tragique jusqu’à la violence et la délicatesse jusqu’au murmure. L’orchestre, de même, était splendide, jusqu’à cette sublime coda où les cors, en un immense diminuendo, finirent en unisson avec le violon. Le mouvement lent qui s’en suivit fut d’une sensibilité toute slave, évoquant les airs traditionnels et nostalgiques de la Bohème et exploitant la chaleur des graves du violon solo. De même, le premier hautbois rayonna de son chant sensible. Le concerto se finit en une danse populaire où Christian Tetzlaff déploya une virtuosité étourdissante sur des lignes interminables. La vitalité de cette musique festive, l’énergie de l’orchestre et du soliste conquirent sans peine l’enthousiasme du public.

Mais celui-ci ignorait encore que le meilleur serait à venir. La Quatrième Symphonie de Tchaïkovski fut sidérante d’expressivité, de nuances et de contrastes. Musique cyclothymique, à l’image de son compositeur ? Assurément ! Le premier mouvement s’ouvre par une lugubre sonnerie des cuivres, symbolisant le fatum, cette force du destin qui entrave nos aspirations et nous interdit le bonheur. Après un passage aux cordes, au phrasé quelque peu hésitant, le basson déploie une ligne limpide et paisible, interprétée par le premier basson, Gretha Tuls, au son impeccable et au phrasé inspiré. L’orchestre entreprend alors une montée violente et un effondrement apocalyptique. Sur cette désolation, le fatum retentit à nouveau en maître. Les bois reprennent la suite du basson qui, prodigieux, fut encore plus beau que lors de l’exposition. Tous les bois furent remarquables dans ce passage qui offrit des beautés telles que le solo de la flûte sur un contrechamp du cor, tandis que les cordes tendaient sous eux un piano délicat. Très vite l’orchestre reprend sa montée et son effondrement alors que le fatum retentit, avant que tous forment ensemble une marche folle, tragique et violente. Nervosité, énergie, cohérence et inspiration : le City of Birmingham Symphony Orchestra excelle dans cette partition. Le mouvement lent, orné des beautés de la tristesse, s’ouvre avec un solo de hautbois à l’interprétation délicate mais quelque peu scolaire. A sa suite, les pupitres des violoncelles et des altos, sur le contre-champ de la flûte, firent admirablement vibrer leurs cordes sensibles. Le Scherzo fut l’occasion d’admirer l’unité, la nervosité et les nuances des pizzicati des cordes. Enfin, le final alterne l’explosion d’une danse étourdissant avec la tristesse d’un thème tourmenté, comme si la fête ne pouvait totalement distraire du caractère tragique de l’existence humaine. La nervosité des lignes et des réponses de l’orchestre stupéfie avant que le fatum ne retentisse une dernière fois. L’orchestre lâche alors de violents coups de guillotines tandis que les basses des cordes maintiennent une tenue rappelant la gravité du moment, avant une dernière explosion de l’orchestre. Tragique et sublime, l’interprétation sert totalement cette œuvre tourmentée et contrastée. Andris Nelson et le City of Birmingham Symphony Orchestra ont fait là la preuve de leur talent, alliant maîtrise et passion.

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- Toulouse
- Halle aux Grains
- 05 octobre 2011,
- Richard Wagner (1813-1883), Ouverture des Maîtres Chanteurs de Nuremberg
- Antonin Dvorak (1841-1904), Concerto pour violon et orchestre en la mineur Op.53
- Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), Symphonie n°4 en fa mineur Op.36
- Christian Tetzlaff, violon
- City of Birmingham Symphony Orchestra
- Andris Nelsons, direction











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