ClassiqueInfo.com




Anatomie, autonomie d’un orchestre

mardi 25 janvier 2011 par Vincent Haegele
JPEG - 75.6 ko
NDR Radiophilharmonie
© Klaus Westermann

S’il est un orchestre qui parvient aujourd’hui à prouver qu’il est possible de jouer et de bien jouer en toute autonomie, c’est bien celui de la NDR de Hanovre, en tournée en France et de passage à Amiens à l’occasion d’un programme tout en éclectisme et en efficacité. Car le moins que l’on puisse dire, c’est que la prestation bien transparente de son chef actuel, le jeune Eivind Gullberg Jensen, n’effraie en aucun cas des musiciens dont l’engagement est en tous points total. D’où également un résultat forcément intéressant et inhabituel en matière de son et de puissance orchestrale. Néanmoins, l’exercice trouve toujours ses limites et la Symphonie n°5 de Sibelius est un monument qui ne saurait se passer d’une solide direction.

Relativisons toutefois notre point de vue qui pourrait paraître excessif : la Radiophilharmonie de la NDR ne joue ni en roue libre, ni de façon routinière. Pour connaître cette phalange régulièrement présente au disque, on sait de quels atouts elle dispose : des cuivres d’une grande majesté et des pupitres de cordes de la plus belle eau. Les cordes sont par ailleurs à la fête dans ce programme d’une certaine originalité, mêlant le répertoire symphonique du Nord aux chevaux de bataille du concerto français du XIXe siècle. Ne serait-ce que pour l’articulation Svendsen – Fauré – Saint-Saëns – Sibelius, un quatuor peu fréquent, on ne peut que se féliciter de cette fraîcheur.

La fraîcheur et la verdeur du Carnaval à Paris de Johann Svendsen, l’une des pages symphoniques encore fréquemment jouées de ce compositeur pourtant méconnu en nos régions, transparaissent bien dès les mesures d’introduction : la connotation berliozienne de la partition est rendue à travers une combinaison de cuivres aigus, de percussions aigres et de jets de cordes désordonnés mais malgré tout très cadrés. L’affaire suit son cours très sereinement, dans des tempi sans accélération brusque, très contrôlés. C’est à ce moment que l’on se rend compte que le chef a en définitive très peu de choses à dire dans Svendsen et que sa battue peu ferme risque de poser problème à un moment ou un autre.

L’exercice d’observation de la relation distante entre l’orchestre et son chef trouve un temps de pause avec l’Elégie pour violoncelle et orchestre de Fauré, immédiatement suivie du Premier concerto pour violoncelle de Saint-Saëns, avec pour soliste, le violoncelliste français Henri Demarquette. Ce dernier a des choses à dire, lui, mais pas toujours le recul et le sang-froid pour les ordonner : son Elégie est passionnée certes, mais trop bouillonnante et sans véritable ligne conductrice de bout en bout. Pour ce dernier élément, le Concerto est nettement plus satisfaisant, car bénéficiant réellement de cette ligne qui faisait défaut. On pourra reprocher à Henri Demarquette de ne pas toujours chercher à soigner le son de son instrument dans un répertoire très exigeant à ce niveau, mais force est de reconnaître que son Saint-Saëns, bien que trop rapide à certains moments, ne manque ni de classe, ni de panache. En bis, une admirable petite Marche de Prokofiev, trop peu souvent donnée ; cela change des sempiternels (et toujours ratés) extraits de Bach, merci à lui.

Comme attendu, Eivind Gullberg Jensen très peu présent dans les deux morceaux concertants, ne semble pas revenir dans Sibelius. On ne saura cependant pas lui reprocher de survoler la partition, loin de là : les tempi sont globalement bons, notamment dans le premier mouvement, un véritable tour de force pour tous les orchestres de la planète. L’essentiel du travail de direction est cependant assuré, sans surprise, à la fois par les chefs de pupitre des premiers violons et violoncelles, ainsi que par le timbalier de la NDR, magistral et jamais envahissant. Les cuivres sont quant à eux, terrifiants. Bien sûr, ce premier mouvement n’est pas sans défauts, loin de là, à en juger par les premières mesures qui confinent au brouillon, notamment chez les flûtes. C’est souvent à ce seul détail que l’on juge les talents d’un chef : savoir commencer une symphonie telle que la Cinquième. L’achever n’est pas moins difficile, mais une fois la machine lancée, l’exercice peut sembler nettement moins compliqué. Enfin, il est encore difficile de trouver un basson soliste capable de passer en quelques mesures de lugubre à patetico ; et il ne semble pas que le chef ait suffisamment pesé (et posé ?) la question.

Les deux mouvements suivants, d’une poésie certaine, ne permettent pas de donner un avis définitif et tranché sur ce que peut devenir Eivind Gullberg Jensen dans les années à venir ; mais tant de superficialité et d’absence d’idées fortes peuvent se révéler difficiles à supporter si l’orchestre n’est pas à la hauteur. Par bonheur, l’orchestre de la NDR de Hanovre possède une véritable personnalité lui permettant d’agir en toute autonomie.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Amiens
- Maison de la Culture
- 15 janvier 2011
- Johann Svendsen (1840-1911), Carnaval à Paris
- Gabriel Fauré (1845-1924), Élégie pour violoncelle et orchestre Op.24
- Camille Saint-Saëns (1835-1921) Concerto pour violoncelle n°1 en la mineur Op.33
- Jean Sibelius (185-1957), Symphonie n°5 en Mi bémol majeur Op.82
- Henri Demarquette, violoncelle
- NDR Radiophilharmonie de Hanovre
- Eivind Gullberg Jensen, direction






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 810797

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique symphonique   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License