ClassiqueInfo.com



Ambronay 2011 : Vêpres de Porpora

vendredi 30 septembre 2011 par Laurent Marty

Ambronay n’est pas qu’un festival de musique ancienne. C’est également un magnifique lieu historique, un village un peu perdu, une ambiance, familiale, détendue. Celle d’un festival local né de la bonne volonté d’une poignée de bénévoles qui, trente ans plus tard, sont toujours là et ont parfois même transmis le flambeau à leurs enfants. Au gré des rencontres, on échange ainsi des souvenirs avec quelques vétérans, qui vous racontent comment c’était « avant », Ambronay ; tandis que d’autres, anciens enfants du village, reviennent chaque année pour le plaisir d’y croiser artistes et invités. Certes, l’organisation s’est professionnalisée, mais le sérieux voisine toujours avec cette chaleur sympathique et accueillante.

Une ambiance que l’on retrouve jusque dans les concerts, avec un public attentif et courtois. Avouons cependant, que le concert du vendredi soir n’était pas à la hauteur des espérances. La musique religieuse de Porpora commence à être mieux connue aujourd’hui, avant tout grâce au disque, et l’on sait gré à Martin Gester de la défendre au concert. Pourtant, les pages présentées ici ne dépassaient pas dans l’ensemble le niveau d’une musique utilitaire, loin de l’intérêt de sa musique d’opéra. Si, à Venise, Porpora a été le pendant à l’Ospedaletto de Vivaldi à l’Ospedale, la simple comparaison de son Nisi Dominus avec celui du prêtre roux est écrasante pour le napolitain.

Musique conventionnelle, banale même, sans l’ombre d’une modulation ou d’un accord inattendus, qui semble n’avoir d’autre fonction que de faire briller les voix, au détriment d’une orchestration pauvre en trouvaille. Le charme opère un instant, puis on s’ennuie franchement devant un tel boulevard de formules attendues.

JPEG - 68.4 ko
Martin Gester
DR

On comprend la volonté de Martin Gester de graver un disque qui documente l’œuvre d’un compositeur auquel il semble attaché, mais il était périlleux de le faire en public. Car au peu d’intérêt et de variété de l’œuvre, peu propice au concert, s’ajoutait la longueur des reprises nécessaires à l’édition de l’enregistrement. Pas convaincu une première fois, on l’était encore moins à la quatrième, et les rectifications incessantes finissaient par devenir lassantes.

D’autant que la direction rigide et souvent imprécise de Martin Gester, en refusant tout élan lyrique à cette musique, l’enferme encore plus dans sa banalité, et ses tempos pressés n’étaient guère adaptés à l’acoustique longue de l’abbatiale. Bien des moments sombraient ainsi dans la confusion et l’ensemble Le Parlement de musique, malgré les qualités de son premier violon solo et du violoncelle, ne semblait pas ce soir-là au mieux de son homogénéité.

Plus étonnant, l’incapacité du chef à respirer avec les chanteurs a valu de bien curieux moments ; la soprano a ainsi semblé plus d’une fois bien proche de l’asphyxie, incapable de trouver le temps d’une reprise de souffle sans l’abri du moindre rubato.

D’un trio de solistes déséquilibré - soprano approximative et contralto dénuée de puissance - se dégageait surtout le timbre charnu et lumineux de Michiko Takahashi, malheureusement sous-employée. On retiendra avant tout de ce concert la beauté et la clarté des timbres de la Maîtrise de Bretagne, exclusivement féminine. La sincérité et l’implication de ces très jeunes filles rayonnantes, leur implication physique, leur bonheur de chanter, une concentration presque palpable, tout cela était, à la vérité, fort émouvant. Et même un peu cruel pour les insuffisances des solistes « professionnelles ».

Une petite déception mais vous pourrez juger vous-même avec la parution future du disque chez Ambronay Editions.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Ambronay
- Abbatiale Notre-Dame
- 16 septembre 2011
- Nicola Porpora (1686-1768), Vêpres de l’Assomption
- Marilia Vargas et Michiko Takahashi, soprano
- Delphine Galou, alto
- Maîtrise de Bretagne (direction Jean-Michel Noël)
- Le Parlement de Musique
- Martin Gester, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 804238

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique vocale et chorale   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License